C’est compliqué pour un écrivain d’accepter la vision qu’un réalisateur peut avoir de son livre. Mais j’avais décidé de faire confiance à
Gilles Paquet-brenner dès le départ. Il y avait quelque chose de passionnant et de passionné chez lui lorsqu’il m’avait expliqué «sa» vision de «ma» Sarah. Et puis il y a eu Serge Joncour, l’ami fidèle, le romancier de talent, et je savais que cette nouvelle Sarah allait renaître à travers son regard.
J’ai lu le scénario. Je l’ai aimé. Il faut dire que pour nous romanciers, c’est toujours un peu sec, un scénario, pas de descriptions, pas de nuances. Il faut y ajouter le jeu des acteurs. Je ne savais pas faire ça. Mais j’ai constaté que Serge et Gilles avaient respecté mon livre, n’avaient rien changé de façon brutale.
Ensuite, l’aventure du tournage. La rencontre inoubliable avec
Mélusine Mayance, Sarah. Je la revois encore, venant vers moi, son étoile jaune sur la poitrine, son petit visage pointu, ses grands yeux clairs. Ma Sarah ! Moment intense et presque irréel. Puis, plus tard,
Kristin Scott Thomas, en Julia Jarmond. Je fais de la figuration dans une scène avec elle, là aussi, instants féeriques et à jamais gravés dans ma mémoire. Puis, le jour où je visionne le film pour la première fois, avec Serge. Je suis inquiète. J’ai peur d’être déçue. J’ai peur de ne pas reconnaître «ma» Sarah. Les dix premières minutes m’échappent. J’ai du mal à me défaire de mon livre. Je me fais violence. Et là, je tombe dans le film. Et je tombe amoureuse du film. Et à la fin, devant la dernière scène, une incroyable vague d’émotion me submerge, et je pleure. Oui, je pleure. Le film est sobre, comme mon livre. Il n’y a pas de pathos, pas de mièvrerie.
Kristin Scott Thomas campe à merveille cette journaliste américaine qui veut connaître la vérité à tout prix.
Michel Duchaussoy qui joue Edouard Tézac est extraordinaire de justesse, de pudeur.
Gisèle Casadesus - Mamé - m’enchante.
Niels Arestrup - Jules Dufaure - me séduit par sa rude tendresse.
Aidan Quinn et son regard intense me bouleversent. Tous les acteurs ont leur place dans ce film,
Frédéric Pierrot,
Dominique Frot,
Natasha Mashkevich...
Et dans mon coeur d’auteur, car ils deviennent à l’écran mes personnages.
Gilles Paquet-brenner a réussi à transmettre l’émotion que j’ai cherchée à partager avec mes lecteurs en écrivant ce livre. Le portrait d’une femme qui ouvre une boîte de Pandore. L’image déchirante d’une petite fille à la vie brisée. Un homme qui ne savait rien de sa mère. Le tabou laissé soixante ans plus tard par un des événements les plus sombres de notre histoire.