Notes de Prod. : Ensemble, c'est tout

    en DVD le 28 Novembre 2007

Entretien avec Claude Berri

Angie David : Comment avez-vous découvert le roman d’Anna Gavalda et quand avez-vous eu l’envie de l’adapter au cinéma ?
Claude Berri : C’est toujours une question de hasard. Emmanuel Pierrat, mon avocat, m’a dit un jour de lire le livre. Vu les 600 pages, j’ai d’abord hésité. A ce moment-là, le livre n’était pas encore un best-seller, mais il commençait à avoir du succès. Alors, j’ai lu le livre. Je l’ai aimé et j’ai senti que beaucoup de gens allaient s’y intéresser. Avant que je ne me décide à réserver les droits du livre, Emmanuel Pierrat a demandé à l’éditeur de ne pas les vendre tant que je n’aurais pas pris une décision. Puis, j’ai fini la lecture et j’ai encore hésité, vu la densité du roman. Le succès grandissant du livre m’a ensuite confirmé dans cette intuition. Alors, avant même d’être sûr que le livre pouvait être adapté, j’ai pris les droits. Pendant l’été qui a suivi, tout en pensant que je ne réaliserais pas le film, j’ai démarré l’adaptation, qui serait de toute façon utile à l’autre metteur en scène. J’ai commencé à écrire le scénario. Et plus j’avançais, plus je riais, je m’amusais beaucoup en écrivant les scènes. A la fin du scénario, je me suis dit qu’il n’était pas question que ce soit quelqu’un d’autre qui fasse le film. Quand l’écriture du scénario a été complètement terminée, le livre était devenu un énorme succès.
Le livre avait de plus en plus de succès à mesure que vous écriviez le scénario.
Claude Berri : Au début, quand j’ai rencontré Anna Gavalda, je lui ai demandé si elle accepterait qu’on travaille ensemble. Elle m’a dit oui. Nous nous sommes vus deux ou trois fois. Mais comme tout ce que je lui proposais lui plaisait, après elle m’a laissé faire. J’ai fait le scénario tout seul.
Qu’est-ce qui vous a touché dans cette histoire et qui permet de penser qu’elle est proche de celles que l’on retrouve dans tous vos films, y compris autobiographiques ?
Claude Berri : Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée du film, mais une fois fini, plusieurs personnes m’ont dit ; « c’est vraiment un film de Claude Berri ». Ce n’est pourtant pas une histoire que j’ai pu connaître ou vivre. L’histoire me touchait, bien sûr, mais pas comme dans mes films personnels ou autobiographiques.
Audrey Tautou est, quand on la voit dans le film, le personnage de Camille. Comment avez-vous eu cette intuition ?
Claude Berri : Je n’avais même pas commencé à écrire le scénario que je voulais Charlotte Gainsbourg dans le rôle, parce que j’avais envie de retourner avec elle. Comme je disais, la vie est faite de hasards. Quelque temps plus tard, j’allais à New York et Audrey Tautou, que je ne connaissais pas, était assise à côté de moi dans l’avion. Nous avons fait connaissance, sans parler du livre. Elle savait déjà que ce serait Charlotte. Pourtant, deux ou trois semaines plus tard, elle a confié à son agent que si Charlotte ne pouvait pas faire le film, elle aimerait jouer le rôle de Camille. Comme c’est une fille très généreuse, il n’était pas question pour elle de prendre la place de Charlotte. C’est vrai que quand je l’ai rencontrée, j’ai pensé à elle. Mais je m’étais déjà engagé. J’ai d’ailleurs commencé le tournage avec Charlotte, une journée dans la Gare de Lyon. Puis, là encore, les hasards de la vie, Charlotte a eu un accident de snow-board. J’ai évidemment repensé à Audrey, mais elle venait de tourner deux films, dont le Da Vinci Code, et son agent m’avait annoncé qu’elle ne souhaitait pas tourner pendant un an. On s’est quand même rencontré à la brasserie Wepler et là, le courant est tout de suite passé entre nous. Elle a également compris que j’avais vraiment besoin d’elle puisque tout était prêt, l’équipe était engagée. Si je n’avais pas l’accord d’Audrey, c’était une catastrophe pour le film. On était un mardi et elle m’a dit qu’elle me donnerait une réponse le vendredi. Effectivement, le vendredi, elle me donnait son accord. Une parenthèse. Ce soir-là, au Wepler, elle a téléphoné à Stephen Frears que je connais depuis 40 ans, qui a habité chez mes parents. Elle lui dit qu’elle est avec moi et propose qu’on se retrouvepour prendre un verre ensemble. On est allé voir Stephen, et Audrey, qui l’aime beaucoup, a vu les liens qui nous attachaient, Stephen et moi. Ça a dû jouer. Et le vendredi, elle m’a dit oui.
Le choix de Guillaume Canet et Laurent Stocker est aussi très intéressant parce qu’ils sont à la fois différents et complémentaires. Etiez-vous certains qu’ils iraient si bien ensemble ?
Claude Berri : Quand j’ai vu Guillaume, il m’a immédiatement plu pour le rôle. Lui-même avait très envie que nous fassions un film ensemble. Il connaissait certains de mes films. Je n’ai pas fait d’essai avec lui, je lui ai immédiatement dit oui. C’était au début de la préparation du film. Pour Philibert, c’était beaucoup plus difficile. Autant le personnage de Franck est populaire, autant celui de Philibert est un aristocrate. J’ai fait beaucoup d’essais avec mon directeur de casting, Gérard Moulevrier. Un jour, il m’a présenté Laurent Stocker. Les essais de Laurent m’ont plu et j’ai décidé de faire le film avec lui.
Françoise Bertin est extrêmement belle et touchante dans le rôle de Paulette. La scène où vous la filmez nue ressemble à un dessin de Rodin. Ce personnage était important pour vous ?
Claude Berri : Au départ, je voulais Tsilla Chelton, mais le rôle était trop important et les assurances ne voulaient pas couvrir une actrice de son âge. Quand j’ai fait les essais avec Françoise Bertin, je savais qu’elle serait formidable. Elle correspondait au personnage et il est très difficile de trouver une comédienne pour jouer ce type de rôle. C’est extraordinaire qu’elle ait accepté, sans aucun problème, de se montrer nue. On a pu la filmer nue.
L’image d’Agnès Godard est intime et dense. Elle fait de l’appartement un personnage à part entière. Les comédiens semblent vivre ici depuis toujours, coupés de tout. L’appartement est-il un élément central dans cette histoire ?
Claude Berri : Je savais qu’il fallait un très grand appartement et qu’on était obligé de le faire en studio. Depuis très longtemps, je pensais à Agnès Godard. Depuis que j’avais vu le film de Noemy Lvovsky, La Vie ne me fait pas peur. J’avais été emballé par la façon dont elle filmait sur le plan esthétique, mais aussi sur le plan du découpage. Après avoir travaillé avec Bruno Nuytten et Eric Gautier, qui n’était pas libre à ce moment-là, sinon je l’aurais fait avec lui puisqu’il a travaillé sur mes derniers films, je voulais Agnès. Un mot aussi sur mon monteur, François Gédigier, qui monte tous mes films depuis longtemps. L’équipe rapprochée du film, je l’avais constituée dès le début.
Vous avez réussi à accentuer la profondeur de cette histoire apparemment joyeuse. Est-ce que vous pensez que c’est peut être lié à la dépression que vous avez traversée ?
Claude Berri : Avant de commencer le film, j’ai eu un accident vasculaire cérébral et j’ai fait une dépression. Je suis sorti de cette dépression au moment où je faisais le casting et les repérages.Je me sentais en mesure de faire le film. On a commencé à tourner et, dans la troisième semaine, j’ai senti que la dépression allait revenir. Nathalie Rheims m’a alors conseillé d’avoir quelqu’un à côté de moi, pour m’aider à gérer l’ensemble de l’équipe. J’ai eu la chance qu’un metteur en scène, qui a énormément de talent et que j’aime beaucoup, François Dupeyron, soit libre. Il m’a vraiment donné un coup de main. Tout était préparé, mais je n’avais peut-être pas la force de faire le film tout seul. Sur l’imprégnation de cette dépression dans le film, on m’a déjà dit la même chose sur Une femme de ménage. Quand j’ai tourné ce film, j’ai fait une première dépression, après la mort de mon fils. Jean-pierre Bacri s’est alors identifié à moi pour construire le personnage. Ce n’est pas du tout le même sujet, mais entre les deux films, l’âme est la même.
La famille et la difficulté à être heureux ensemble, la peur de la rupture, de la dispersion de la cellule familiale, sont au cœur de tous vos films. Cette part dans le roman touche-t-elle quelque chose de personnel ?
Claude Berri : Forcément, j’ai dû mettre dans le film quelque chose de personnel, sans m’en rendre compte. C’est toujours des choses qui vous dépassent et qui sont les plus profondes. Cela arrive malgré soi.
Une des différences avec vos autres films, c’est qu’il s’agit de personnages très jeunes, qui se cherchent, se demandent comment être heureux, ce qu’ils attendent de la vie. Généralement, vous vous intéressez à des personnages plus mûrs, qui se posent des problèmes d’adulte.
Claude Berri : C’était inscrit dans le roman. Les personnages sont bien sûr plus jeunes que moi. Je voulais respecter l’histoire.
Il y a une anecdote amusante sur les éléments que vous avez ajoutés dans le scénario, par rapport au roman, c’est les cours d’orthophonie. Le professeur avec lequel Philibert prend des cours de diction est celui qui vous a vous-même soigné ?
Claude Berri : Dans le livre, Philibert a des problèmes d’élocution. J’ai pu m’en servir. Comme à l’époque, parfois même encore maintenant, j’avais des difficultés à parler, je prenais des cours d’orthophonie. J’ai rajouté l’histoire de ce professeur qui au lieu de faire parler, fait chanter. Quand je n’arrivais pas à prononcer un mot, il me faisait chanter. Ce personnage n’existait pas dans le roman. Cette scène correspond, je crois, à mon désir de faire entrer le théâtre dans l’histoire. Je voulais que le théâtre soit au cœur du film. Dans le livre, c’est un passage très court où Philibert dit qu’il a rencontré une jeune fille et qu’elle lui a suggéré de prendre des cours de théâtre. Alors, j’ai développé l’idée du bégaiement et l’histoire d’amour avec la jeune fille.
Considérez-vous qu’entre Camille et Franck, il s’agisse d’une véritable histoire d’amour, digne des comédies romantiques américaines ?
Claude Berri : Au départ, le personnage que joue Guillaume est hostile à Camille. C’est plutôt Philibert qui est amoureux d’elle, mais il ne peut l’avouer. Petit à petit, peut-être comme dans les comédies américaines, entre les deux personnages qui au départ ne s’aiment pas, commence une histoire d’amour. Une histoire d’amour compliquée,jusqu’à la fin.
Aujourd’hui, Ensemble C'Est Tout, est devenu un film de Claude Berri. D’ailleurs, tous ceux qui l’ont vu considèrent qu’il fait entièrement partie de votre filmographie. Comment Anna Gavalda réagit-elle à cette réinterprétation, cette réappropriation ?
Claude Berri : Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle a vu le film et qu’elle l’a beaucoup aimé. Elle n’est jamais intervenue. Je crois qu’elle avait dit que si elle n’aimait pas le film et qu’on l’interrogeait, elle n’en aurait pas parlé. Là, au contraire, bien qu’elle soit très discrète, si on lui pose la question, je pense qu’elle dira qu’elle l’aime. Elle ne m’a pas parlé de ce que j’ai pu modifier. Je me rappelle, après la projection, que son éditeur était en larmes. Je crois que Anna a ressenti la même chose.
Après Une femme de ménage, c’est la deuxième fois que vous adaptez le roman d’un auteur contemporain. Considérez-vous que ces deux films sont proches dans votre œuvre ?
Claude Berri : Je ne sais pas, parce que dans celui-là, il y a une fin heureuse, alors que Une femme de ménage finissait sur une note triste.

Notes de tournage

17 janvier 2006 - Ensemble C'Est Tout avec Audrey Tautou
Ensemble C'Est Tout, le nouveau film de Claude Berri dont le tournage doit débuter le 13 mars prochain se fera finalement sans Charlotte Gainsbourg. Prévue à l’origine pour incarner un des personnages principaux, l’actrice a fait une chute de ski en décembre dernier et se voit contrainte de porter un corset durant trois mois, l’éloignant des plateaux. Un coup dur pour l’héroïne de L’un Reste, L’autre Part qu’elle avait tourné en 2004 avec le même réalisateur. Ludivine Sagnier et Audrey Tautou auraient aussitôt été contactées mais c’est l’héroïne d’ Un Long Dimanche De Fiancailles qui a finalement accepté de reprendre le rôle tenu à l’origine par Charlotte Gainsbourg. Adapté du roman éponyme d’Anna Gavalda, Ensemble C’est Tout raconte le destin de quatre personnages qui se croisent puis finissent par se connaître et s’aimer. Audrey Tautou collaborera donc pour la première fois avec le réalisateur de Une Femme De Menage. Elle aura pour partenaire Laurent Stocker et Guillaume Canet dans cette comédie dramatique dont la date de sortie n’a pas encore été annoncée.

Notes de production

Après l’immense succès du roman d’Anna Gavalda, Ensemble C'Est Tout (Éditions Le Dilettante, 2004), Claude Berri découvre cette histoire à la fois intimiste et universelle sur la quête de soi à travers l’autre, sur le bonheur retrouvégrâce à l’amour et l’amitié. Réaliste et poétique, le livre est particulièrement cinématographique. Le sujet est contemporain, les personnages existent, le lieu est pratiquement unique, les dialogues sont tendres et drôles, l’intrigueest construite autour de quatre personnages principaux, l’histoire touche chacun de nous.
 

Box-office au 05 Février 2010

  • 1ère semaine IDF : 164 366 entrées
  • Cumul IDF : 497 741 entrées

  • 1ère semaine France : 657 191 entrées
  • Cumul France : 2 312 638 entrées