Entre ses mains

Entre ses mains

Un film de , avec et d'apres le roman de Dominique Barbéris
Genres : Drame, Comedie Dramatique - Durée : 1H30 mn
Sortie en salles le 21 Septembre 2005 - en VOD/DVD le 05 Avril 2006
Presse
Spectateurs

Entretien avec la réalisatrice Anne Fontaine

Vous avez librement adapté le roman de Dominique Barberis, “Les Kangourous”.
Qu'est-ce qui vous intéressait dans cette histoire ?

J'ai découvert le manuscrit dans le cartable de mon fils ! Prune Berge, responsable chez Gallimard du département cinéma, avait confié ce texte à mon intention à une petite fille qui fréquentait la même école que lui. L'insolite de ma rencontre avec ce document a attiré ma curiosité. J'ai été immédiatement intéressée par l'héroïne, une femme à la fois effrayée et fascinée par le même homme. Dans le livre, l'homme est abstrait, il n'existe pas vraiment. J'ai rencontré l'auteur pour lui demander si elle acceptait que je la “trahisse”. Dominique Barberis m'a fait confiance. Ce qui m'intéressait, c'était de traiter, à partir d'une banale rencontre amoureuse, le glissement insensible du quotidien jusqu'à la folie et au tragique. Je tenais à ce que leur première rencontre se déroule dans le climat le plus naturel, le moins romanesque, afin de n'éveiller aucun soupçon chez le spectateur.

Votre film est un thriller intime.
Un thriller intime, oui, parce que je souhaitais créer une tension dramatique et tenir un climat de suspens uniquement sur des sensations, des émotions, avec une épée de Damoclès menaçant en permanence l'amour qui s'installe entre les deux personnages. Mais les codes du thriller ne m'intéressaient pas pour cette histoire. Je voulais que le specta¬teur entre directement en intimité avec Claire et Laurent, en traitant le presque rien, le non spectaculaire…

Il y a dans ce sujet un vrai défi de confronter le romantisme à l'horreur.
Le romantisme est induit par l'idée d'absolu. Pour chacun des deux personnages, l'autre est unique, un être d'élection, différent de tous ceux qu'ils ont pu rencontrer. Le paradoxe vient du fait que chacun voit en l'autre son salut et sa perte : Claire sait ce dont Laurent est capable, mais elle croit pouvoir le sauver ; Laurent sait ce que Claire imagine, mais il est prêt à se sacrifier pour lui donner raison. Je ne vois pas de contradiction entre le romantisme et l'horreur : la quête d'absolu débouche très souvent sur le monstrueux.

C'est la première fois que vous traitez du couple dans un film.
Oui, c'est ce que je me suis dit, je peux affronter le couple aujourd'hui, traiter de ce qui se passe entre un homme et une femme sans qu'un troisième personnage vienne de manière oblique détruire ou déstabiliser le jeu. Évidemment, c'est un drôle de couple ! La nature si particulière de ce couple m'a obligée à me concentrer presque exclusivement sur leur histoire. J'ai pensé qu'une installation naturaliste, la réalité de leur vie familiale ou sociale, risqueraient de diluer la singularité de leur itinéraire.

Vous avez réuni un couple d'acteurs idéal pour cette histoire, et vous les entraînez dans des émotions qu'ils n'avaient jamais abordées auparavant.
J'ai immédiatement pensé à , pour son talent bien sûr, et aussi parce qu'elle peut représenter cette “fille d'à côté” que tout le monde connaît, dont on ne se méfie absolument pas. Isabelle a une fraîcheur, une clarté, elle m'a semblé parfaite pour le rôle car elle ne diffuse aucune sexualité agressive, aucune ambiguïté. Son exactitude dans le jeu est sidérante. Sa ténacité force l'admiration. Elle s'investit à fond dans la préparation de son personnage, et ensuite elle fait en sorte que ce travail ne se voit pas. Pour moi, Isabelle est comme une petite soeur, je ressens un lien familial très fort.

Vous avez choisi de tourner à Lille pendant les fêtes de Noël.
Une ville de province où tout le monde observe tout le monde est une caisse de résonance plus forte à la présence menaçante d'un tueur. Avec l'idée aussi que ce grand dérapage serait plus violent en période des fêtes de famille à Noël.

Quels étaient vos partis pris de mise en scène ?
Je souhaitais une mise en scène plus brute, moins apprêtée ou théâtralisée que dans mes précédents films, avec un engagement plus physique. J'ai demandé à mon chef opérateur, Denis Lenoir, de travailler avec une caméra à l'épaule discrète, pour créer à la longue cette sensation de vacillement et de dérapage

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Quelles ont été vos premières réactions à la lecture de ce scénario ?
Nous sommes amis avec depuis plusieurs années. Elle connaissait mes réticences sur ce genre de sujet. En effet, il y avait dans son scénario tout ce qui me rebutait de prime abord : un personnage dépressif, des scènes de séduction que je n'avais jamais osé aborder à l'écran… Alors, sachant que j'allais refuser, Anne m'a tout d'abord envoyé le scénario, non pas pour me proposer un rôle, mais simplement pour demander mon avis, et lui conseiller des noms pour d'éventuels interprètes. Enfin, c'est ce que j'ai cru, j'aurais dû être plus malin car malgré notre amitié, elle ne m'avait jamais demandé auparavant de lire ses scénarios !

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Quelles ont été vos premières réactions à la lecture du scénario ?
J'ai tout de suite été happée par cette histoire. Le scénario m'a beaucoup impressionnée, m'a fait peur aussi. Je me suis dit que l'expérience de ce film allait être dure, mais j'avais vraiment envie de plonger.

C'est le personnage de cette femme amoureuse qui vous a décidé ?
Ce qui m'intéressait, c'était d'avoir à jouer le déni de Claire face à la réalité. Elle se masque une partie de la personnalité de l'homme qui l'attire. Je suis fascinée par ça, quand on se voile la face, on fait une sorte de machine arrière mentale en effaçant les informations qui nous déplaisent, ou ne correspondent pas à ce qu'on a envie d'entendre, de percevoir ou de ressentir. J'avais vraiment envie d'explorer ce sentiment-là. Ce film questionne notre perception de la réalité. Veut-on voir la vérité ? Comment être plus lucide dans nos vies par rapport à nous-même et par rapport aux gens qui nous entourent ? Et les apparences. Qu'est-ce que l'on perçoit chez les gens au-delà d'une apparence qui peut être lisse, normale ? Qui sont-ils vraiment au fond d'eux-mêmes ? Comment faire le lien entre ce qu'ils dégagent et ce qu'ils ont dans la tête, comme pensées, comme fantasmes ?
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