Notes de Prod. : Entre ses mains

    en DVD le 05 Avril 2006

Entretien avec Isabelle Carré

Quelles ont été vos premières réactions à la lecture du scénario ?
J'ai tout de suite été happée par cette histoire. Le scénario m'a beaucoup impressionnée, m'a fait peur aussi. Je me suis dit que l'expérience de ce film allait être dure, mais j'avais vraiment envie de plonger.

C'est le personnage de cette femme amoureuse qui vous a décidé ?
Ce qui m'intéressait, c'était d'avoir à jouer le déni de Claire face à la réalité. Elle se masque une partie de la personnalité de l'homme qui l'attire. Je suis fascinée par ça, quand on se voile la face, on fait une sorte de machine arrière mentale en effaçant les informations qui nous déplaisent, ou ne correspondent pas à ce qu'on a envie d'entendre, de percevoir ou de ressentir. J'avais vraiment envie d'explorer ce sentiment-là. Ce film questionne notre perception de la réalité. Veut-on voir la vérité ? Comment être plus lucide dans nos vies par rapport à nous-même et par rapport aux gens qui nous entourent ? Et les apparences. Qu'est-ce que l'on perçoit chez les gens au-delà d'une apparence qui peut être lisse, normale ? Qui sont-ils vraiment au fond d'eux-mêmes ? Comment faire le lien entre ce qu'ils dégagent et ce qu'ils ont dans la tête, comme pensées, comme fantasmes ?

Comment avez-vous abordé votre personnage qui se révèle peu à peu dans le cours du récit ?
J'avais envie de creuser ce personnage opaque à force d'être “transparente” comme elle dit. Claire a l'impression d'être derrière une vitre. C'est un sentiment que je comprends bien, ce côté à ne pas être vraiment dans la réalité de l'instant. Elle est toujours un peu flottante. Elle avoue s'être taillé les poignets, à l'adolescence, pour se sentir exister. Pourtant, elle exerce avec compétence un métier très concret, mais il y a toute une partie de sa vie qui n'est pas remplie. Elle aspire à quelque chose de beaucoup plus romanesque, dans le sens tragique, que cette vie mesurée. Sa douceur apparente dissimule une violence, une part sombre.

Comment ressentez-vous la complexité de ce personnage ?
C'est surtout pour son ambivalence que j'avais envie de jouer ce personnage. D'une part, il y a l'humanité, l'empathie qu'elle éprouve pour cet homme, et aussi cette part de trouble, cette envie d'extrême, ce désir de ressentir quelque chose de beaucoup plus violent. J'avais très envie de jouer ce personnage d'abord effacé, puis qui efface. Et qui réécrit son histoire.

Comment se sont passées vos relations de travail avec Benoît Poelvoorde ?
J'étais très heureuse de le connaître, de le rencontrer pour les raisons dont je vous parlais, à savoir qu'il est vraiment à part. Laurent dit dans le film être “un personnage contrasté”, Benoît pourrait dire la même chose de lui-même. C'est la première fois qu'il allait dans ce registre, même s'il l'avait abordé avec un autre regard dans C'Est Arrivée Prés De Chez Vous. On a senti que c'était vraiment quelque chose de très coûteux pour lui, il lui fallait vraiment laisser de côté la distance et l'humour qui sont ses expressions premières dans la vie et au cinéma. Benoît m'a touchée par son humanité, sa tendresse, sa fragilité, sa fébrilité et la façon dont il se sert de son émotivité dans son jeu, en assumant sa sensibilité extrême.

Quelles sont les qualités d'Anne Fontaine ?
J'aime l'audace de ses sujets et la précision de sa direction, elle sait le degré précis d'intensité qu'elle souhaite obtenir des acteurs. Elle est complètement possédée par son sujet et elle nous accompagne en installant une vraie complicité. Il est primordial pour elle qu'on s'y retrouve, qu'on soit nourri, et qu'on partage ensemble cette expérience. Elle est prête à échanger, à beaucoup donner d'elle-même et de son temps pour aller jusqu'au bout de ce qu'elle souhaite. De ce coté, elle ressemble à Claire, elle a cette même curiosité, cette même audace et cette même empathie pour les personnages complexes.

Entretien avec la réalisatrice Anne Fontaine

Vous avez librement adapté le roman de Dominique Barberis, “Les Kangourous”.
Qu'est-ce qui vous intéressait dans cette histoire ?

J'ai découvert le manuscrit dans le cartable de mon fils ! Prune Berge, responsable chez Gallimard du département cinéma, avait confié ce texte à mon intention à une petite fille qui fréquentait la même école que lui. L'insolite de ma rencontre avec ce document a attiré ma curiosité. J'ai été immédiatement intéressée par l'héroïne, une femme à la fois effrayée et fascinée par le même homme. Dans le livre, l'homme est abstrait, il n'existe pas vraiment. J'ai rencontré l'auteur pour lui demander si elle acceptait que je la “trahisse”. Dominique Barberis m'a fait confiance. Ce qui m'intéressait, c'était de traiter, à partir d'une banale rencontre amoureuse, le glissement insensible du quotidien jusqu'à la folie et au tragique. Je tenais à ce que leur première rencontre se déroule dans le climat le plus naturel, le moins romanesque, afin de n'éveiller aucun soupçon chez le spectateur.

Quatre question à BENOîT POELVOORDE

Quelles ont été vos premières réactions à la lecture de ce scénario ?
Nous sommes amis avec Anne Fontaine depuis plusieurs années. Elle connaissait mes réticences sur ce genre de sujet. En effet, il y avait dans son scénario tout ce qui me rebutait de prime abord : un personnage dépressif, des scènes de séduction que je n'avais jamais osé aborder à l'écran… Alors, sachant que j'allais refuser, Anne m'a tout d'abord envoyé le scénario, non pas pour me proposer un rôle, mais simplement pour demander mon avis, et lui conseiller des noms pour d'éventuels interprètes. Enfin, c'est ce que j'ai cru, j'aurais dû être plus malin car malgré notre amitié, elle ne m'avait jamais demandé auparavant de lire ses scénarios !
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 72 328 entrées
  • Cumul IDF : 145 812 entrées

  • 1ère semaine France : 191 616 entrées
  • Cumul France : 472 280 entrées