Notes de Prod. : Eros

    en DVD le 08 Mars 2006

Entretien avec le producteur Stéphane Tchal Gadjieff

Comment est né le projet d'Eros ?
Il faut bien comprendre qu'au départ ce sont le désir et l'exigence de Michelangelo Antonioni, sa force insensée, qui se sont imposés à nous. Nous nous sommes mis à son service pour tenter de concrétiser ce rêve fou, mais le désir vient de lui. Son envie de continuer à tourner ne l'a jamais quitté et Par Dela Les Nuages avait vraiment remis en route son énergie. Alors on a commencé à réfléchir à partir du thème de l'érotisme et du sexe, qui est d'ailleurs l'obsession de toute sa vie et de tout son cinéma.

Antonioni est un cinéaste qui a compté pour Steven Soderbergh et Wong Kar Wai ?
Nous savions qu'un des films clef de Soderbergh, c'est Le Desert Rouge. Dans son bureau il y a une grande affiche du film d'Antonioni, et une autre pièce remplis de photogrammes que Soderbergh a mis en scène dans de très belles compositions ! Son film se termine sur une référence à Deux Telegrammes un synopsis inédit d'Antonioni publié dans Ce bowling sur le Tibre.

Comment s'est passé concrètement le tournage de l'épisode réalisé par Michelangelo Antonioni ?
Son énergie psychique, vitale, mentale conditionne, elle, son énergie physique… Il ne fait aucune concession vis-à-vis de lui-même ni personne. Eros est vraiment son film. Et d'ailleurs, chez Antonioni, il n'y a pratiquement pas de montage, il a déjà le montage en tête. Par moments, on essayait de lui faire tourner des gros plans pour passer d'un plan à l'autre, et il refusait catégoriquement : « No. Niente » Il a six niveaux de « non »… Il le dit avec beaucoup de force, sans aucune équivoque, et il est impossible d'aller contre.

Et comment Soderbergh et Wong Kar Wai ont-ils réagi à l'idée de ce thème commun ?
On résume le sujet par une formule, en anglais : « The identity of this planet is sexual ». La principale énergie porteuse de vie des espèces de cette planète est sexuelle. Tout en restant un hommage à Antonioni, le film de Steven Soderbergh est un exercice d'ironie, une formidable satire intellectuelle de l'Amérique et de ses préoccupations ; en filmant deux personnes dans une pièce, il réussit le tour de force d'y faire entrer toute l'Amérique. Le film d'Antonioni est totalement sensuel, la beauté de la nature, le corps de la femme, celui de Steven Soderbergh est un exercice est un exercice plus intellectuel, et celui de Wong Kar Wai est plus obsessionnel. On y retrouve toutes les préoccupations de son œuvre : l'amour impossible, des relations qui dès le départ ne peuvent aboutir, trouver leur plénitude. C'est en cela que Wong Kar Wai rejoint Antonioni.