Quelle a été l’origine du film ?
L’envie de raconter une histoire sentimentale au cœur d’un film de genre. Je tenais aussi à ce que l’intrigue se déroule dans un pays étranger afin de ne pas me retrouver coincé par les conventions du film de genre «à la française». Je me suis inspiré de l’arrestation d’un groupe de voleurs de bagages à Roissy en novembre 2004. J’ai alors imaginé qu’un de ces voleurs se retrouve au cœur d’une conspiration. Par un hasard incroyable, des bagagistes ont de nouveau été arrêtés à Roissy à peine un mois après la fin du mixage du film ! La réalité rattrape la fiction, comme souvent.
Les deux dimensions, l’histoire sentimentale et le récit d’espionnage se mêlent très intimement...
Ce film est d’abord une histoire d’amour sur fond d’espionnage. Je l’ai écrit dans ce sens, pour raconter à travers les personnages. Le plus difficile, c’est de garder ce point de vue jusqu’au bout tout en respectant certaines conventions propres au genre. Dans tout film de genre, il y a des «scènes à faire» et j’ai essayé de respecter ce cahier des charges. J’aime les récits d’espionnage parce qu’ils concernent toujours la manipulation, les faiblesses humaines, la fragilité qu’il y a en chacun de nous.
Votre film est aussi un récit d’initiation, sur un jeune homme qui se retrouve embarqué dans une histoire trop grande pour lui...
Vincent est au début une sorte d’ermite, un type brillant, mais complètement refermé sur lui-même. À travers cette expérience du danger, il change complètement de vie, mais il remet aussi en question sa vision du monde, plutôt individualiste. Il a tout pour réussir mais il est pessimiste et pense que le monde va à sa perte, qu’il n’y a rien à faire. Il n’a pas d’idéal. Progressivement, la nature des événements auxquels il est exposé, la cruauté du dispositif qu’il met en place, commencent à l’affecter. Effectivement
Espion(s) peut être vu comme un récit d’initiation, celui de Vincent mais aussi celui de Claire...
Quels modèles aviez-vous à l’esprit avant de commencer à tourner ?
Ils étaient nombreux. Malgré un budget confortable,
Espion(s) ne peut en rien rivaliser avec les très grosses productions comme
La Mort Dans La Peau. Nous avons tourné la scène du métro en une journée par exemple, à une caméra. Il fallait styliser au maximum la mise en scène. Disons que j’ai essayé de jouer en permanence sur deux registres : celui psychologique du cinéma français classique, et celui plus direct, plus émotionnel du cinéma anglo- saxon.
Avez-vous effectué des recherches avant d’entreprendre l’écriture du scénario ?
J’ai lu plusieurs ouvrages sur la Syrie, j’ai aussi fait des recherches sur l’hypothèse d’un explosif liquide utilisé à des fins terroristes. C’était en mars 2006. L’été suivant on interdisait l’embarquement de produits liquides sur les vols à cause d’une alerte majeure en Grande-Bretagne : plusieurs individus avaient tenté d’embarquer de l’explosif liquide dans des vols long courrier. Le souci de ce genre d’explosifs liquides c’est qu’ils peuvent devenir avec le temps indécelables, c’est-à-dire incolore et inodore. Le nitrométhane n’est heureusement pas aussi volatil que ce que l’on voit dans le film, mais il est probable que, très bientôt, on arrive à le raffiner pour qu’il ait la rapidité de la nitroglycérine.