Quand avez-vous ressenti le désir de faire un film en tant que réalisateur ?
Pef : Le désir de réaliser un film est venu très tard, il y a cinq ans, parce que moi, depuis l'enfance, je voulais juste être comédien, c'était mon seul rêve. Et c’était bien assez ! J'aimais me faire remarquer tout le temps, je voulais tout le temps faire rire. Et quand je voyais à la télé De Funès et
Pierre Richard, je me disais : "Voilà, c'est ça, je veux faire comédien comme métier.” Evidemment, personne n'y croyait trop, et mes parents m'ont dit : "Le bac d'abord, après on verra.” Donc, je passe mon bac, puis je repasse mon bac, ensuite un an chez “Mac Do” à Marseille pour avoir des pépettes, et à 20 ans je monte à Paris faire un stage de théâtre dont le professeur s'appelle
Isabelle Nanty. C'est ma plus belle rencontre ! Du coup j'y suis resté trois ans.
Elle était dure et a rééduqué le cancre et déconneur que j'étais. Je me suis mis à bosser, à bosser beaucoup de scènes, et à force, à diriger les copains. Et c'est devenu ma seconde passion : diriger les autres.
C'est ainsi que j'ai mis en scène le premier spectacle des futurs “Robins des Bois”, d'Eric et
Ramzy, de Kad et Olivier, puis de Patrick Bosso, et de mon maître
Isabelle Nanty.
Pour l'écriture, je me suis retrouvé à être obligé d'écrire avec les “Robins des Bois” pour la télé du jour au lendemain, alors que j'avais seulement écrit la pièce "Robins des Bois" avec
Marina Foïs, et puis, de fil en aiguille…
Je ne m'estimais pas auteur puisqu'on travaillait toujours à plusieurs, et un jour, sur le tournage de "La tour Montparnasse infernale",
Christian Fechner est passé me voir parce que je mettais en scène Eric et
Ramzy dans le film, et il m'a dit : "Tu devrais écrire ton propre film, pour mettre ton univers dans un film !" Alors, j'ai pondu une page que j'ai fait lire à
Isabelle Nanty et elle m'a dit : "On fonce. Tu as un style bien à toi, on écrit ensemble."
Isabelle Nanty est souvent citée comme étant une prof extraordinaire…
Pef : Oui, elle savait toujours nous tirer les émotions du nez, elle ne comptait pas les heures, et nous préparait au Conservatoire en cachette dans des parcs, elle emportait des duvets pour qu'on n’ait pas froid, et des “fraises tagada” bien sûr. Toute la classe, on était amoureux d'elle. Elle nous trouvait du boulot. Grâce à elle, au “Théâtre Renaud Barrault” (le “Rond-Point”), je faisais la caisse en semaine, et le standard le dimanche. Pour la scène, elle a des idées magnifiques. C'est mon metteur en scène de théâtre préféré avec
Patrice Chéreau.
Comment est arrivée l'aventure “Robins des Bois” ?
Pef : A l'école d'art dramatique, on avait le droit de monter des spectacles. S'ils étaient primés, on les rejouait l'année d'après pendant une semaine. C’était génial, il y avait les agents qui venaient, on avait l'impression d'être acteur pendant une semaine. Et donc j'avais joué dans une pièce de non-sens de Roland Topor qui s'appelait “Le Bébé de Monsieur Laurent”. Il y avait parmi les acteurs
Marina Foïs,
Pascal Vincent,
Maurice Barthélémy et
Elise Larnicol. On a tousfait la troisième année ensemble. Et puis la pièce s'est jouée à Paris et en tournée. On s'est découvert une passion commune pour l'absurde, du coup, Maurice et moi, on est devenu gagmen pour l'équipe. On a monté tous les deux une pièce de Dubillard, qui est un auteur de l'absurde aussi. Après, on a fait une pièce des Marx Brothers, toujours dans un univers décalé. Et ça nous réussissait, on était passionné par ça. Surtout par les gags.
Un jour, on a voulu réunir toute l'équipe au complet, et j'ai proposé que
Jean-paul Rouve intègre la troupe. ça allait changer son destin.
On voulait monter une pièce jamais vue pour se faire remarquer : "Zorro", "Alice au pays de merveilles"... On a eu l'idée d'adapter “Robin des Bois” d'à peu près Alexandre Dumas. Ce fut ma première mise en scène, avec ma première idée, de ne pas jouer Robin des Bois mais de jouer à “Robin des Bois” : des adultes de dix ans d'âge.
C'est ancré en vous, cette part d'enfance, de façon irréductible…
Pef : Il y a un côté de moi qui n'a pas grandi, qui est resté naïf. J'ai toujours adoré changer la réalité, passer mon temps à faire des blagues à ma famille, mon père m'appelait "le farceur". Je n’ai guère évolué depuis. Un gamin a la liberté de faire ce qu'il veut. Sans doute cela me parait plus pur, plus innocent, plus authentique. Rien ne m'émeut plus qu'un enfant. Sur scène, j'essaye de me laisser aller dans ce sens, pour trouver une vérité ou des gags, et dépasser mes limites. En écriture, c'est pareil.
C'est une liberté qu'on perd à l'adolescence…
Pef : Sans doute, mais peut-être pas les comédiens. C'est aussi un côté de moi qui est resté très gamin et que du coup j'ai exploité dans mes spectacles. Parce que si tu veux être un bon clown, tu es obligé de connaître parfaitement ta nature, tes défauts…
Pierre Richard, maintenant que je le connais dans la vie, je comprends comment il a créé son personnage unique.
Et on en revient à la page que vous deviez écrire pour Christian Fechner…
Pef : Au tout début, ça s'appelait "Papa gagman", ça tenait en huit lignes, c'était un père qui se plie en quatre pour faire rire ses enfants à cause d'une chose grave qu'ils avaient vécue…. Je l'ai fait lire à
Isabelle Nanty, puis nous avons écrit douze pages d’ "Essaye-moi" qui n'a rien à voir d'ailleurs avec l'idée de départ.
Christian Fechner l'a donc lu, l'essayage lui plaisait, mais pas l'idée de ce héros qui est encore un gamin, qui n'a pas assez grandi, ni l'innocence de mon récit. Et Isabelle, toujours là, m’a dit : “Tu dois faire un film qui ressemble à ce que tu veux raconter, donc on se barre.”
Toujours la bonne fée Isabelle Nanty...
Pef : Oui, depuis 17 ans, elle me donne ce qu'il y a de plus important dans ce métier : la confiance en moi. De plus, elle s'est toujours battue pour que ça soit mon film et pas le sien.Elle a commencé par me pousser à acheter un ordinateur et il fallait que ça soit toujours moi qui tape, puis elle m'a dit qu'il fallait que je trouve mon univers à moi. Au départ, à chaque fois qu'on écrivait une histoire, elle me disait : "C'est vachement bien, mais ce n'est pas ton film." Et elle me recadrait tout le temps. Elle me disait : "Quelqu'un d'autre pourrait le faire, ce film-là, ce n'est pas le tien." Et un jour je lui ai sorti une autre page que j'avais écrite deux ans avant, avec encore moins de lignes, où il y avait le début du scénario. Il y avait juste deux enfants, une fusée, la belle étoile... Et là, elle m'a dit : "Ça, ça commence à être toi."
Après, c'est avec Isabelle qu'on a trouvé l'histoire de s'essayer. Moi, de toutes les façons, j'avais envie de parler d'amour, et d'une histoire qui m'est arrivée, et Isa a commencé à délirer sur le fait d'essayer une fille, ou d'essayer un mec, de l'essayer au petit-déj, de l'essayer au quotidien… Parce que, quand on rencontre une personne, le premier jour, tout le monde triche. Chacun a peur de la réaction de l'autre. Les gens, soit ils sont tels qu'ils sont, soit ils font croire qu'ils sont mieux, qu'ils sont plus généreux, d'où l'idée de s'essayer. Et je pense que le meilleur moyen de réussir l’essai, c’est de dévoiler sa vraie nature... enfin, si on souhaite un amour à long terme.