Vera Farmiga interprète Kate, épouse, mère et alcoolique réformée qui vient tout juste de perdre son troisième enfant au dernier trimestre de sa grossesse.
Vera Farmiga : « Ce drame a laissé un vide béant dans son ventre et dans son cœur. Mais Kate s’accroche quand même pour sauver son couple et sa famille. Sa décision d’adopter
Esther est profondément al- truiste : elle veut donner tout son amour, soudain privé d’objet, à une enfant qui en a besoin. Elle espère aussi par ce geste guérir et ressouder sa famille. » « J’ai passé un certain temps sur des sites où des femmes temoignaient sur la perte d’un enfant à naître et la manière dont elles l’affrontaient.
Ces témoignages, très éclairants, m’ont fait comprendre que retrouver le goût de la vie après une telle épreuve tient de l’exploit. » John est interprété par un ami de longue date de
Vera Farmiga,
Peter Sarsgaard.
Peter Sarsgaard : « John entend être un pacificateur. Il essaie fréquemment de remettre les choses en perspective pour compenser la tendance de Kate à dramatiser et fantasmer. Loin d’être un mari modèle, il n’est pas exempt de défauts et a commis pas mal d’incartades. Il cherche avant tout à se protéger en minimisant les problèmes, voire en les niant. Ce qui lui interdit de prendre au sérieux les avertissements de sa femme concernant
Esther. »
Jaume Collet-serra fut comblé par le travail des deux acteurs : « Peter était mon favori pour ce rôle. L’accord fut parfait entre Vera et lui. Lorsque vous avez des acteurs de cette qualité, l’essentiel est acquis. Il ne vous reste qu’à les filmer le plus simplement possible.
« L’approche est toute différente avec les jeunes acteurs. On exige d’eux une qualité enfantine, une grande innocence, mais aussi une préparation rigoureuse pour jouer toute la « partition émotionnelle » de la scène. Il y a un équilibre à trouver entre spontanéité et préparation. Les trois enfants jouent un rôle es- sentiel dans ce film, et je suis heureux de voir qu’ils affichent des personnalités très contrastées. »
Susan Downey : «
Esther se présente sous les dehors d’une petite fille douce, angélique, qui a eu un passé difficile et qui est toute contente de trouver une nouvelle famille. Elle dévoile, dans un deuxième temps, un autre visage, et des intentions maléfiques. Et, dans un troisième temps, vous découvrez les raisons de son comportement. Il fallait une actrice capable de jouer toutes les facettes du per- sonnage, ainsi que d’adopter un accent spécifique. »
Isabelle Fuhrman (
Esther) : « Le script m’a tenue en haleine, page après page. J’ai eu envie de relever les défis de ce rôle et me suis présentée à l’audition dans une tenue un peu désuète, avec des rubans autour du cou et des poignets, en essayant de me mettre totalement dans la peau d’
Esther. »
Jaume Collet-serra : « Le sujet exigeait une actrice jeune, mais déjà très solide. Isabelle, à 11 ans, faisait déjà preuve d’une belle assurance. Elle s’est tout de suite approprié le personnage. »
Isabelle Fuhrman : «
Esther est très changeante – joyeuse et douce une minute, co- lérique et agressive la suivante. Elle se croit rejetée par le monde entier, elle se prend pour une victime. J’ai essayé de traduire ces divers aspects, de la timidité à la folie. Je serais ravie que les gens ressentent à la fois de l’amour et de la haine pour cette fille. Ce serait le signe que j’ai fait du bon travail. » Silver fut impressionné par l’intelligence de la jeune comé- dienne : « Isabelle nous a conquis durant le casting, et je me félicite que nous l’ayons choisie. Elle est fantastique dans ce rôle. » Et
Susan Downey d’ajouter : « Isabelle a exprimé toutes les nuances du personnage, avec une grande sophistication, mais aussi une capacité à jouer la plus pure innocence et à vous faire prendre
Esther pour une petite sainte. Par la suite, à mesure qu’
Esther évolue, Isabelle a su trouver en elle la violence et la dangerosité du personnage et aller au bout des scènes les plus dures. »
Esther étant censée être d’origine russe,
Isabelle Fuhrman dut travailler son accent entre les scènes, tout en apprenant la langue des signes dont elle se servirait dans ses échanges avec la sourde- muette Max. Cette dernière est incarnée par
Aryana Engineer, qui souffre elle-même de ce handicap. « Elle a apporté quelque chose de très précieux à notre film, avec sa candeur et sa joie de vivre », déclare Collet-Serra. «
Esther parle aussi de la nécessité de protéger l’innocence juvénile, et il fallait que cette pureté soit présente dans le jeu d’Aryana. »
Jimmy Bennett interprète Daniel, seul membre de la famille Coleman à ne pas se réjouir de l’arrivée de l’orpheline.
Jimmy Bennett : « Daniel avait acquis une certaine autorité aux yeux de ses co- pains, mais l’arrivée de cette petite sœur remet tout en question. Personne ne fait plus attention à lui au sein de la famille, et il se sent d’un coup très seul, puisqu’il ne sait même pas échanger avec Max. »
Cch Pounder interprète sœur Abigail, une nonne de l’orphelinat qui facilite l’adoption d’
Esther.
David Leslie Johnson : « Je suis un grand admirateur de
Cch Pounder et, bizarrement, c’est sa voix que j’entendais résonner dans ma tête lorsque je travaillais sur ce personnage. Finalement, j’ai décidé d’écrire le rôle pour elle, en espérant qu’il lui reviendrait. » Et Collet-Serra de se féliciter du choix : «
Cch Pounder a deux scènes très fortes dans le film, qu’elle joue de façon spectaculaire. »
Susan Downey : « Jaume a un sens visuel rare. Il a obtenu de ses acteurs des « moments de vérité » d’un grand réalisme, il a respecté tous les codes du genre, tout en donnant au film la classe et l’élegance susceptibles de contrebalancer la dureté et la noirceur de l’histoire. »
La poisse s’acharne sur elle.
La production n’avait pas anticipé la tempête de neige qui s’abattrait sur Toronto juste avant le tournage... « La température est devenue glaciale ; le film, pensé comme un film automnal, est devenu... hivernal, et encore plus oppressant », dit
Joel Silver. Et
Jaume Collet-serra d’observer : « L’isolement de Kate n’en est que plus dramatique, son combat plus âpre. Une météo automnale aurait engendré une atmosphère plus mélancolique. » Pour renforcer cette impression d’enfermement, Collet-Serra souhaitait pouvoir déplacer librement sa caméra de chambre en chambre et d’étage en étage, ce qui amena la production à filmer dans une vraie maison à trois niveaux. Au lieu de tourner dans des chambres légèrement plus vastes que dans la réalité, comme il est de règle pour faciliter le travail des techniciens, les décorateurs respectèrent les normes architecturales classiques et créèrent un espace ouvert dont les murs, angles et recoins répondaient à des fins dramatiques précises : « Nous voulions communique l’idée qu’
Esther pouvait être là, à tout moment, cachée derrière un pan de mur ou tapie dans un recoin, à l’insu des autres. » Le directeur photo,
Jeff Cutter, œuvra dans le même esprit.
Jaume Collet-serra : « Il a créé des zones lumineuses très focalisées. Vous n’êtes ainsi jamais sûr qu’
Esther ne se trouve pas quelque part dans la pièce, à l’écoute de la famille. Jeff a un vrai sens narratif, et son style naturaliste correspondait à ma vision. Je voulais un film d’atmosphère, pas un de ces films d’horreur où les plans sont systématiquement éclairés à contrejour. » «
Tom Meyer a fait un travail fantastique sur le décor. Nous voulions un habitat moderne, plutôt sévère et froid, mais avec la touche de chaleur et de confort qu’apporte le bois. Les costumes d’
Antoinette Messam ont largement contribué à définir le carac- tère d’
Esther.
Le personnage s’affiche déjà dans sa silhouette, ses robes traditionnelles de style russe, ses rubans étrangement désuets. » « Je serais heureux de pouvoir faire chaque film avec un musi- cien de la qualité de
John Ottman. John a utilisé pour le thème d’
Esther la chanson « Glory of Love », qu’elle chante et siffle à travers le film. Ce thème accroît encore la tension. Pour Kate, qui est professeur de piano, John a eu l’idée de créer certains thèmes en rapport avec sa personnalité et sa relation à la famille. Ces thèmes évoluent au fil de l’intrigue, sont soumis à certaines distorsions, et participent ainsi au déroulement de l’histoire. John a su très habilement exploiter le côté thriller, le climat émotionnel et la dimension psychologique du film. »
Tu ne vas pas me dénoncer, hein ?
«
Esther est un film qu’on a envie de revoir plusieurs fois pour capter tous les petits détails qu’on aura laissé passer. Je suis fier de ce film et de tous ceux qui y ont contribué », déclare Leo DiCaprio. «
Esther joue sur une peur profonde, et très ré- pandue : l’angoisse de laisser entrer chez soi une personne qui va bouleverser votre vie », explique
Susan Downey. « Mais
Esther n’aurait pas cette influence dévastatrice si John, Kate et même la petite Max ne dissimulaient certains secrets. Le plus grand secret de tous étant, bien sûr, celui que cache la petite orpheline ! » Et
Joel Silver de conclure : «
Esther est un film sophistiqué, ter- rifiant, dérangeant. Ce n’est pas seulement une histoire d’enfant maléfique. Il s’y passe quelque chose d’insidieux, qui trouble le spectateur et l’amène à se poser des questions. Nous serons bien sûr ravis que les gens en parlent après coup, qu’ils échangent leurs impressions. Mais surtout qu’ils ne révèlent pas le secret à ceux qui n’ont pas encore vu le film ! »