Notes de Prod. : Et puis, les touristes...

    en DVD le Mai 2010

Interview du réalisateur, Robert Thalheim

Que signifie pour vous l’invitation à Cannes ?
C’est évidemment formidable d’être là. Je ne suis jamais allé à Cannes et je suis surtout très heureux de penser que les gens s’arrêteront certainement sur le film et que nous pourrons poursuivre avec le public les discussions que nous avons eues pendant tout le développement du thème.C’est une belle récompense pour le long chemin que les producteurs Britta Knöller et Hans-christian Schmid ont parcouru à mes côtés.

Comment avez-vous eu l’idée du titre ?
Le titre «Am Ende kommen Touristen» (Et Puis, Les Touristes...) m’a tout de suite plu parce qu’il a une dimension générale, mais renvoie aussi très bien au dilemme que je traite dans mon film.D’un côté,il y a quelque chose d’incongru à voir tous ces bus de touristes s’arrêter sur le lieu des crimes nazis et les gens se faire photographier devant le portail «Arbeit macht frei» («Le travail rend libre»). D’un autre, il est quand même important que l’on visite ce lieu et qu’il ne tombe pas dans l’oubli et pour cela, il faut une certaine infrastructure muséale.

Le film comporte t-il des éléments autobiographiques ?
Comme mon protagoniste Sven, j’ai moi aussi fait mon service civil dans le centre international de jeunes d’Oswiecim. Pour moi, c’était l’occasion d’aller à l’étranger quand j’ai eu fini l’école. La Pologne, pourtant voisine de l’Allemagne, était au début des années 90 plus exotique que l’Asie pour un jeune de la banlieue berlinoise. Avec mes parents, j’avais déjà beaucoup voyagé dans le monde, j’avais aussi fait un échange scolaire et séjourné aux Etats-Unis, mais tout ce qui était à l’est d’Alexanderplatz me paraissait étranger et beaucoup plus loin.Les 18 mois que j’ai passés en Pologne m’ont beaucoup marqué.Je m’y suis fait de nouveaux amis,je me suis plongé dans la culture polonaise et j’ai commencé à m’intéresser au cinéma de Roman Polanski, Krzysztof Kieslowski et Andrzej Wajda. Pour moi, la Pologne était un nouveau monde et j’ai parfois du mal à expliquer que je me suis ouvert au pays depuis Auschwitz.Mais c’est justement cette contradiction qui m’a séduit, raconter à cet endroit une fiction qui,concrètement,ne contient rien d’autobiographique.

L’histoire du survivant de l’Holocauste qui est resté à Auschwitz est-elle véridique ?
A l’époque où j’ai travaillé à Auschwitz, cinq anciens prisonniers politiques polonais habitaient encore en ville avec lesquels j’ai eu en partie des rapports très personnels. Beaucoup s’occupaient du musée et parlaient aux jeunes de ce qu’ils avaient vécu. Ils sont restés là ou sont revenus pour fonder le musée et l’entretenir. A un moment donné, le musée est devenu une partie de leur vie,ils ont fondé une famille ici et ne sont plus repartis. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un seul ancien prisonnier, Kazimierz Smolen, qui vit dans la vieille kommandantur de l’ancien camp. Peu de visiteurs ont la possibilité de parler avec des personnes ayant vraiment vécu dans ce camp.

Comment avez-vous procédé pour la distribution des rôles ?
Avec l’aide de Simone Bär à Berlin et Magda Szwarcbart à Varsovie, nous avons cherché très longtemps, surtout pour les trois rôles principaux. Pour moi,c’était important de trouver un visage inconnu pour Sven, un visage que le spectateur n’associe pas immédiatement à d’autres rôles. Alexander Fehling est arrivé avec deux heures de retard au premier casting et pourtant,après avoir passé un an à chercher, nous avons été rapidement sûrs d’avoir trouvé Sven. Alex est vraiment un acteur incroyablement précis et ambitieux. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir toujours poussé à aller plus loin et de ne pas avoir accepté de faire ce qui lui paraissait trop artificiel ou trop étudié. Ryszard est un acteur de la vieille école, sa filmographie est comme la chronologie du cinéma polonais. J’ai été impressionné par la patience et l’ouverture d’esprit avec lesquelles il nous a abordés, nous les jeunes.Il est très ami avec certains des anciens prisonniers et ça l’a aussi beaucoup aidé pour son rôle.

Comment s’est déroulé le tournage en Pologne ?
Pour moi, il était important de tourner sur les lieux d’origine ; c’est pourquoi nous sommes restés à Oswiecim pendant les 28 jours de tournage. En fait, je suis venu avec les acteurs principaux quatre semaines avant le début du tournage.Nous avons pris le temps de bien visiter l’ancien camp et la ville. J’ai trouvé fantastique que le centre de rencontres internationales d’Auschwitz dans lequel j’ai moi-même travaillé,nous soutienne autant qu’il le pouvait. A Oswiecim, nous avons répété les scènes les plus importantes avant le début du tournage et puis, nous avons tourné entre le 26 juillet et le 1er septembre 2006. La production polonaise Nordfilm Gdynia nous a aussi soutenus. Nous avons tourné dans un mélange d’allemand, de polonais et d’anglais – la moitié de l’équipe était quand même polonaise. Dans la ville, les gens ont réagi très positivement, ils étaient prêts à nous aider ou à jouer des rôles de figurants. Ils étaient très heureux que leur ville actuelle et leurs rapports avec le passé soient le thème du film. J’ai vraiment souhaité reprendre une grande partie de l’équipe avec laquelle j’avais déjà travaillé pour le film NETTO (Tout Ira Bien) et que j’apprécie : Stefan Kobe (monteur),Yoliswa Gärtig (photographie), Anton K.Feist (son et musique) et Michal Galinski (production design).

Quel était votre concept visuel concernant l’ancien camp de concentration ?
La question de savoir comment nous allions montrer cet endroit s’est posée dès le début. Comment peut-on intégrer au dialogue les images que beaucoup de spectateurs ont déjà en tête, sans simplement les reproduire. Moi, je voulais illustrer la perspective de quelqu’un qui ne vient pas comme visiteur pour quelques heures, mais qui vient pour vivre et travailler pendant quelque temps. J’aurais bien aussi tourné quelques scènes documentaires sur le site du mémorial, mais je comprends que la direction du musée interdise toutes les prises de vue. C’est pourquoi nous avons reconstruit certains endroits qui nous ont paru indispensables à l’histoire. C’est le cas par exemple de l’exposition de valises et du passage de Sven par une ancienne rue du camp à Auschwitz I. Sinon, nous avons choisi des vues originales de l’extérieur de l’ancien camp que l’on peut aussi voir quand on se promène dans la ville. Par exemple lorsque les jeunes vont se baigner à proximité du musée, lorsque Sven et Ania longent en vélo le long grillage de Birkenau ou traversent le village de Monowitz (Auschwitz III). Je suppose qu’à ces endroits, le spectateur rétablira de lui-même les images historiques ou qu’au moins, comme Sven, l’histoire de Krzeminski lui permettra d’imaginer les crimes du passé commis en cet endroit.

Quels sont maintenant vos plans ?
Grâce à une bourse de la fondation DEFA, je travaille à une tragicomédie sur des propriétaires de magasins indépendants menacés par la faillite. Avec Alexander Buresch, je développe également un thriller art-house et je lis beaucoup de scénarios dans l’espoir que l’un me touche tellement que j’ai envie de le filmer ...

Notes de production

Après avoir été récompensé pour son premier long-métrage NETTO (Tout Ira Bien), sortie prévue en France le 16 mai ; prix 2005 : «Dialogue en perspective» et «Max Ophüls Promotion Award»), Robert Thalheim prouve à nouveau son sens aigu de la caractérisation. Depuis la perspective d’un jeune Allemand, il décrit le quotidien d’une ville polonaise immortalisée par les crimes nazis et la difficulté à trouver des moyens adéquats de ne pas oublier.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 5 128 entrées
  • Cumul IDF : 8 523 entrées

  • 1ère semaine France : 10 032 entrées
  • Cumul France : 21 926 entrées