Notes de Prod. : Everything is fine

Mot du réalisateur

Déjà, de faire un premier film, de briser la glace, de se frotter à un monde d’idoles, d’histoire, de jugement, financier, d’art pur, technique, est selon moi, une grande intention. Un pas en avant dans l’inconfort, mais dans la nécessité. C’est fait et j’en suis libre, libre de me coucher tranquille ou libre de me tourner vers une nouvelle œuvre.

Plus pragmatiquement, vu que le monde est somme toute rationnel, j’avais d’autres intentions que celle de mon accomplissement personnel.

La première de ces intentions était due à l’absence de film réaliste sur fond d’adolescence au Québec. Ici, les ados, on les fait surjouer et on les fait souvent interpréter par des gens approchant la trentaine. Comment ne pas s’en offusquer quand dans nos coups de cœur cinématographiques se trouvent Bully, Ratcatcher, Sweet Sixteen, Elephant, My Summer Of Love, Mysterious Skin, Gummo, Mean Creek, Thirteen.

Ma deuxième intention est plus personnelle. Pas qu’elle nécessitait ce projet, mais elle m’a donné une proximité avec le sujet du film : le suicide. Quatre de mes amis y sont passés de cette façon. Deux pendus, deux gazés dans une voiture. Et puis, de là, s’est ouvert pour moi un monde de responsabilité sociale. Un monde de vérité qui me rappelait la période la plus heureuse de ma vie : celle du documentaire (ici, je salue l’inspiration que m’a donnée le travail de Winterbottom). À force de rencontres, j’ai compris la responsabilité civile qui incombait au réalisateur de ce genre de sujet. En effet, combien de films montrant de manière trop poétique cette mort violente qu’est le suicide a entraîné une vague mortelle dans la vraie vie? Comme une star qui se trucide, un film complaisant amène la mort de vraies personnes.

J’ai donc vu comme un défi de montrer les choses de manière crue, sans couche de vernis. Pour ne pas moraliser, certes, mais pour ne pas tromper aussi. Pourquoi en parler alors, me direz-vous, s’il y a des risques, même si tout est pris en considération? Parce qu’il est anormal qu’un problème qui se règle d’abord et avant tout par la communication soit tabou ou tû dans toute société que ce soit.

Ma troisième et dernière intention était plus universelle. Comme mon sujet. Je voulais laisser un message positif, existentiellement spirituel. Je voulais faire un film lumineux en quelques endroits qui glorifierait la vie. Un peu comme Terrence Mallick avec La Ligne Rouge, je voulais que contraste la violence de mon sujet et la dépression inhérente au personnage principal avec la nature autour de lui. Comme pour rappeler que la seule vraie raison de l’existence (être heureux) pouvait trouver sa source en tout temps en dehors de notre prison mentale. Ainsi, autant que je le pouvais, je voulais du soleil, du vent dans les feuilles, la paisibilité de l’eau d’un lac, un portrait naïf fait par un enfant en background, etc. Je voulais rappeler qu’il est dommage de mourir ou d’être malade jusqu’à l’extrême limite pour apercevoir ces belles choses. Comme le soldat couché dans l’herbe, qui est à deux doigts de mourir sous le feu nourri de l’ennemi et qui s’émerveille avec nostalgie du brin d’herbe devant lui, sur lequel perle une goutte de rosée.

Ma finale est une apologie d’ailleurs de l’extrême banalité du quotidien, d’une vie sans autre ambition que d’être vécue pleinement dans toutes ses interstices.

Bref, j’aurais pu m’étaler sur d’autres intentions très secondaires, comme celle d’honorer ma passion de la photographie à travers la texture très laiteuse du film, ma volonté intellectuelle de créer un film folk, artisanal, avec des fautes volontairement assumées. Celle de faire un premier film le plus mature et sobre possible, sans me renier, mais sans me faire rattacher trop directement avec mon autre métier de publicitaire.

Mon intention ultime pourrait s’avérer être une réponse à mon distributeur qui me disait après le premier visionnement : c’est à partir d’ici qu’on sépare les enfants des grands. À partir de là, je n’ai voulu que raconter une histoire, j’ai jeté pleins de belles images et de scènes, j’ai essayé d’être le plus grand possible, et simple. J’espère -et vous en jugerez de toute façon- que j’y suis parvenu.
 

Box-office au 12 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 2 299 entrées
  • Cumul IDF : 3 321 entrées

  • 1ère semaine France : 3 479 entrées
  • Cumul France : 21 244 entrées