C'est à Bart Pierce et
Tom Sullivan que l'on doit les remarquables effets spéciaux d'EVIL DEAD. Les deux hommes ont travaillé en studio pendant quatre mois, puis ont suivi de près toutes les étapes du tournage du film.
L'originalité et le caractère horrifique de leurs effets resteront dans les annales. C'est en partie grâce à la qualité de ces effets qu'EVIL DEAD nous plonge dans l'horreur avec une suite de chocs insoutenables, d'idées démentielles, de tableaux de cauchemar… Des membres tranchés continuent à bouger, une mort-vivante s'arrache une main à coups de dents, un cadavre décapité étrangle une victime tandis que de la plaie béante de son cou s'échappent des jets de sangs et que la tête, posée à quelques mètres de là, se tourne et éclate de rire en admirant le spectacle…
Entre la vie et la mort : les effets optiques
Bart Pierce s'est chargé des effets spéciaux optiques. Sur la base de solides connaissances techniques, il a laissé s'exprimer son intuition et son esprit d'improvisation et a proposé à
Sam Raimi des idées au départ folles, mais qui ont donné lieu à des résultats stupéfiants. Il a été l'un des premiers à utiliser les techniques d'animation image par image, réservées jusqu'alors aux films pour enfants. C'est avec ce procédé qu'a notamment été réalisée la séquence finale du film, où des cadavres vivants explosent puis se décomposent en s'arrachant le visage de leurs griffes. Cette scène, qui a demandé trois mois complets de travail en studio, reste l'une des plus marquantes de l'histoire des effets spéciaux.
Bart Pierce a également employé une technique rarement utilisée à l'époque dans le cinéma d'épouvante : il a intégré des " matte shots ", des plans de trucage, à des prises de vues classiques. L'incrustation des plans de trucage dans ceux tournés au naturel avec les acteurs était réalisée ensuite grâce à un trucage optique en laboratoire. C'est avec cette technique qu'a été réalisée la scène où la jeune femme est poursuivie, puis rattrappe et jette à terre par les arbres d'une forêt. Les branches rampent, s'élèvent puis s'enroulent autour de son cou, des brindilles lacèrent ses vêtements et des lianes agrippent ses pieds.
Des litres et des litres de sang…
Bart Pierce a imaginé des sacs de sang " faits main ". Il recouvrait un gobelet de polystyrène avec du film plastique étirable, et l'équipait d'un dispositif fait d'une agrafe reliée à du fil de poche, et fixée par un élastique et une ficelle. En tirant la ficelle, l'agrafe perçait le gobelet et le sang s'écoulait.
Sam Raimi a mis au point une recette personnelle pour le sang : du sirop Karo (un sirop de mélasse), du colorant alimentaire rouge et de l'eau, auxquels étaient ajoutés du café lyophilisé mixé pour la texture et l'épaisseur.
Donner corps à l'épouvante : les maquillages spéciaux
Tom Sullivan est le responsable des nombreux effets spéciaux de maquillage d'EVIL DEAD. Il a connu
Sam Raimi et le producteur
Robert Tapert lorsqu'ils étaient tous trois étudiants à la Michigan State University. Après l'université, il a fabriqué des jouets et des masques de Halloween, c'est ainsi qu'il s'est familiarisé à la manipulation de matériaux comme le plastique ou le latex. Ses modèles réduits et moules saisissants de vérité ont subjugué Raimi et Tapert, qui l'avaient engagé au départ pour s'occuper des affiches publicitaires.
Excellent peintre,
Tom Sullivan possède une profonde connaissance de l'anatomie humaine et a su aussi bien créer que déchirer ou morceler un corps humain avec un pinceau. EVIL DEAD est à cet égard hyperréaliste… Connaissant bien les points faibles du corps humain, c'est lui qui a suggéré à Raimi la scène où l'une des créatures démoniaques enfonce son crayon dans le talon d'une fille. Cette scène, une des moins sanglantes du film, fait cependant hurler tous les spectateurs : le talon est l'une des parties les plus sensibles de notre corps…
Pour de telles séquences,
Tom Sullivan a commencé par dessiner un croquis, puis a peint un tableau. Enfin, il a recréé avec du plâtre ou du latex ce qu'il avait suggéré avec un pinceau, opérant ainsi une transition parfaite de la peinture au maquillage horrifique.
Des moulages en plâtre des visages des acteurs et actrices ont été réalisés en appliquant directement le plâtre sur la peau, sans utiliser d'alginate, une substance protectrice qui empêche le plâtre de coller à l'épiderme. L'actrice
Betsy Baker, qui joue Linda, a eu des mêches de cheveux prises dans le plâtre. Sullivan a dû les dégager avec un cutter…
Des lentilles de contact ont été utilisées pour les acteurs " possédés ". Certaines ne pouvaient être portées par les acteurs que 15 minutes d'affilée.
Ellen Sandweiss, qui joue Cheryl, raconte :
" Pour rendre ces yeux monstrueux sans pupilles, il fallait porter de grandes lentilles de plastique épais. Nous avons tous eu de l'urticaire, des rougeurs, parce que les produits de maquillage et le latex étaient toxiques. Sans parler du liquide qui servait pour faire le brouillard, que nous respirions toute la nuit… "
L'AUTRE CAUCHEMAR : LE TOURNAGE
Le tournage, dont la durée avait été prévue à l'origine pour 6 semaines, s'est finalement déroulé sur 12 semaines, avec une équipe de 37 personnes, acteurs et techniciens. Il a commencé en novembre 1979 et s'est achevé en janvier 1980.
Le titre original du film était THE BOOK OF THE DEAD. C'est le producteur
Irvin Shapiro qui l'a modifié, de peur
"qu'une référence trop littéraire ne fasse fuir le jeune public". Au départ, le film devait être tourné dans le Michigan pendant l'été, mais plusieurs facteurs, notamment financiers, repoussèrent le tournage. L'équipe se rendit alors dans le Tennessee en espérant y trouver une météo plus clémente, mais ironiquement, le Michigan connut cette année-là son hiver le plus doux et le Tennessee le plus rigoureux…. Les extérieurs ont été tournés dans les bois de Morristown, près de Knoxville, dans le Tennessee, et aussi à Detroit et dans divers endroits de l'Etat du Michigan pour certaines scènes.
Pour que le film soit le plus impressionnant possible,
Sam Raimi et le producteur
Robert G. Tapert ont pris un soin particulier à étudier les décors et l'aspect technique. Le talent du chef opérateur
Tim Philo a permis de "transformer" certains lieux banals tels les marais du Michigan, qui deviennent effrayants dans le film, comme empreints d'une terreur cosmique. Si le scénario était très élaboré au départ, puisque la presque totalité des scènes importantes ont été préalablement dessinées sous forme de storyboard, certains collaborateurs du film, dont
Tom Sullivan pour les scènes chocs, ont contribué à sa réussite en proposant des idées personnelles.
Ma cabane en enfer
La cabane choisie pour le tournage n'était pas disponible lorsque l'équipe est arrivée pour filmer.
Sam Raimi en a trouvé une autre, toute proche, dans une petite vallée, à 800 m d'une toute petite route de campagne boueuse. Mais la nouvelle cabane était loin d'être en état, et le département décoration, aidé de toute l'équipe technique, a dû la remettre en état : elle n'avait pas de fenêtres, pas de chauffage ni d'électricité. Il a fallu lui construire un porche, et désinfecter l'intérieur, habité visiblement par des bêtes sauvages venues des bois alentour. Il a fallu également construire la cave, c'est-à-dire fabriquer une porte et un escalier qui menait à un trou d'une profondeur de 1,80 m creusé sous la construction.
Les vues dans la cave ont été tournées six mois après la fin des prises de vues principales. Le décor se situait sur les terres de la ferme de la famille Tapert. C'est là que
Sam Raimi avait tourné " Within the Woods ", le film de 30 mn qui lui avait servi de démonstration pour rassembler le financement nécessaire à la création d'EVIL DEAD.
Compagnons de terreur
Ellen Sandweiss, qui a choisi depuis de faire carrière dans un autre domaine que le cinéma, se souvient :
"J'allais au lycée avec Sam Raimi et Bruce Campbell, et aussi loin que je m'en souvienne, ils ont toujours fait des films 8 mm. Nous suivions tous des cours de théâtre, et ils m'ont fait jouer dans un grand nombre de leurs petits courts-métrages. Ce n'était donc pas une surprise quand ils m'ont demandé si je voulais faire partie de leur film.
C'était notre première expérience avec un long-métrage, et aucun de nous n'avait plus de 23 ans. Rob était probablement le plus agé. J'avais 21 ans, Sam 20, Bruce 21. Le tournage a été éprouvant physiquement, parce que avons tourné la plus grande partie du film de nuit. Nous menions une existence de vampires, dormant le jour et tournant la nuit. Cela a été très pénible. Nous tournions en hiver, dans une cabane sans chauffage.
L'équipe était si réduite et le budget si mince que le temps de préparation de chaque plan et le tournage lui-même exigeaient des heures et des heures d'attente. Mais tous étaient très volontaires. Sam était concentré, il nous faisait travailler très dur. Les choses peuvent facilement tourner mal quand on n'a pas d'argent, et qu'on ne peut se permettre un équipement de qualité, mais tous ont travaillé dur.
Sur le plan physique, ça a été difficile pour moi. J'ai dû courir dans les bois, j'ai été écorchée, piquée, j'ai pris des coups. Il a fallu deux nuits pour tourner cette scène dans les bois où je me fais attaquer par des arbres. Je faisais moi-même mes cascades. Lors du tournage de la scène où Ash me frappe en plein visage et que je tombe en arrière par la trappe de la cave, je suis effectivement tombée et je me suis cognée très fort le crâne !"