« Fais-moi plaisir ! » est concentré sur 24 heures...
Oui, 24 heures pendant lesquelles un homme a trois occasions avec trois femmes différentes de passer un moment agréable, mais à chaque fois cela lui glisse entre les doigts. Pour moi, cette histoire me permettait de jouer avec des ingrédients que j’aime beaucoup au cinéma : le désir, le charme, le suspense, la maladresse, la fantaisie, le burlesque, les sentiments, et aussi un peu de cruauté. Le film est construit comme une fable dont la morale pourrait être « qui croyait prendre est pris », une morale qui s’adresse à chacun des deux personnages du couple : Ariane, la copine de Jean-Jacques l’incite à aller coucher avec une autre femme pour sauver leur couple. Elle préfère savoir qu’il la trompe avec une inconnue plutôt qu’il fantasme sur elle et éventuellement la trompe dans son dos.
Elle veut aborder son couple d’une façon consciente et moderne. Jean-Jacques, de son côté, a peu d’hésitation et succombe à la tentation mais n’arrivera jamais à ses fins.
Il plane comme un léger climat d’érotisme dans votre film...
Il est vrai que le désir du personnage principal est continuellement stimulé par le pouvoir de séduction, souvent innocent, des femmes qui se succèdent au cours du récit et de ses péripéties. Mais il n’y a pas de sexe dans le film, que des préliminaires : une série d’excitations et de frustrations que j’espère aussi cocasses que drôles.
Cette exploration de la frontière entre le badin et le grave, le conséquent et l’inconséquent, était déjà en germe dans vos précédents films...
Oui, si le parcours nocturne de Jean-Jacques navigue entre le charme, la légèreté et le désir, la fin renvoie à une question plus grave. On en revient à l’histoire du couple et aux sentiments amoureux. La sexualité est liée à la notion de plaisir, mais elle a aussi chez beaucoup de personnes, malgré elles, quelque chose d’un peu sacré. J’ai l’impression que l’on est souvent partagé entre un désir de libertinage et un autre de fidélité, de pureté, d’absolu. Il y a là une question sans réponse qu’il me plaisait de faire résonner à la fin. J’avais envie, que cette comédie destinée au divertissement, emmène l’air de rien l’esprit du spectateur dans les profondes contradictions du désir et du coeur.
L’appartement de Jean-Jacques et Ariane, constitué de la réunion de deux appartements situés dans deux immeubles différents, et dans lequel on peut entrer par deux entrées distinctes est un peu la métaphore du couple, de la frontière impalpable entre ce qui sépare et ce qui réunit les amoureux, ce qui est grave et ce qui ne l’est pas... Comment la cloison pourrait être à la fois infranchissable et ne pas exister...
C’est vrai, le couple est comme cet appartement : la réunion de deux entités qui restent malgré tout des entités séparées. J’avais envie de ce décor ludique qui puisse laisser penser plein de choses sans être dans le discours ou la signification, mais plutôt dans la résonance et la correspondance.
Avec ce film j’ai l’impression que vous portez une plus grande attention à l’élégance du cadre et des décors, au charme des couleurs et des costumes...
Lors de cette nuit, Jean-Jacques tombe dans un univers assez incroyable, plein de jolies femmes désirables, et dont le charme passe beaucoup par les différents décors, les ambiances. Il fait comme un voyage merveilleux et féerique avant de retrouver sa compagne. Il y a un petit côté Alice au pays des merveilles - ou Jean-Jacques au pays des délices !
Avec le souci de toujours rester ancré dans la réalité par des détails très réalistes, voire triviaux comme une braguette qui se coince dans un rideau...
Personnellement, je ne me soucie guère d’être réaliste. Quand je suis au cinéma, je n’ai aucun problème à croire aux sentiments des extra-terrestres ou des vampires. Le film se déroule à une époque qui ressemble à la nôtre et je m’en inspire bien évidemment. Mais je ne veux pas que cela bride mes envies ! Un film pour moi ce n’est pas la vie. Et je crois que pour un grand nombre des gens qui aiment le cinéma, le cinéma c’est un peu plus que la vie ! Quant au coup de la braguette, même si c’est trivial, c’est bien plus qu’un détail. C’est même une des choses qui m’a le plus motivé pour faire ce film. J’adore ce genre de gag au cinéma ! C’est le burlesque qui au départ m’a donné envie de faire des films. Et puis la trivialité a cela de passionnant qu’elle touche notre être le plus directement et intimement. Elle n’a rien à voir avec la vulgarité, qui est pour moi synonyme de laideur. Etre délicatement trivial, voilà mon ambition.
C’est la troisième fois que vous travaillez avec Frédérique Bel ...
Il allait de soi que ce serait elle qui jouerait ma compagne. Depuis « Changement d’adresse », les gens trouvent que l’on va tellement bien ensemble ! Alors autant continuer !
Frédérique Bel a une personnalité très particulière. Elle a un potentiel à la fois comique et émouvant. Son jeu est fait de grande sincérité et de grande candeur. Elle sait faire lire sur son visage tout ce que le personnage ressent. Et comme elle a des milliers d’idées, on ne peut pas s’ennuyer en la regardant. C’est une énorme travailleuse. Elle a vraiment une idée à chaque mot et elle rend tout vivant. Du coup, son jeu est très chatoyant et inventif.
Et le choix de Judith Godrèche pour jouer Elisabeth, la fille du Président ?
Dans un registre différent de celui de
Frédérique Bel, Judith a un potentiel comique que je trouve extraordinaire. J’ai toujours rêvé de travailler avec elle. Elle n’a peur de rien, elle a quelque chosedes actrices américaines, cette capacité à aller à fond dans une direction tout en restant très sincère. Elle peut donc jouer la femme débordant de désir sans jamais être vulgaire tout en restant très belle. Elle a amené son personnage au-delà même de mes attentes.
Et Déborah François, en soubrette ?
Je l’avais croisée un an plus tôt dans un festival et j’avais beaucoup aimé notre rencontre. J’avais été touché par sa simplicité. Je l’avais bien sûr vu dans « L’Enfant » et « La Tourneuse de pages ». Je la trouve craquante. Et en même temps très simple, très sobre. Je lui trouve un naturel plein de grâce et de modestie.
Et Jacques Weber en Président de la République ?
Il fallait un acteur crédible en Président de la République ! Même si dans la vie, beaucoup de présidents ne ressemblent pas à des présidents ! Comme dit Hitchcock, « Mieux vaut partir du cliché que d’y arriver... » Jacques a cette prestance, cette élégance, cette autorité naturelle et cette sympathie que je voulais pour incarner ce Président. Je voterai bien pour lui s’il se présente aux prochaines élections !
En écrivant, vous pensiez à vous mettre en scène ?
A chaque fin de film, je me dis qu’il faut que j’arrête de jouer mais... Si j’ai commencé à jouer dans mes courts métrages, c’était naïvement pour faire pareil que des cinéastes que j’admire : Woody Allen, Jacques Tati, Jerry Lewis, Sacha Guitry, Buster Keaton... J’aimais dans leur film l’ironie et la complicité que leur présence produit avec le spectateur. Et puis, j’ai observé que lorsqu’un metteur en scène joue dans son propre film, on oublie plus facilement les précédents rôles des acteurs connus qui l’entourent. Cela rend le film plus personnel.
Avec « Fais-moi plaisir ! » , vous n’êtes plus seulement dans un comique verbal mais gestuel...
J’en avais envie depuis longtemps. Outre le gag de la braguette qui doit durer plus d’un quart d’heure, je me suis beaucoup amusé à retrouver ce comique gestuel avec les gags de la potiche ou de l’électrocution... C’est le genre de choses que je rêvais de faire car j’en suis moi-même gourmand en tant que spectateur.
Dans vos films précédents, on pouvait penser à l’univers d’un Truffaut ou d’un Rohmer... Ici, les références seraient plus à chercher du côté de la comédie américaine, notamment « The Party » de Blake Edwards...
Blake Edwards fait vraiment partie des réalisateurs de mon adolescence, surtout avec « The Party ». Le film est non seulement envoûtant, drôle, beau, élégant, mais aussi profond, surtout grâce à l’interprétation de Peter Sellers. Il joue un homme qui essaie de tout bien faire et qui fait tout mal, sauf dans le regard d’une tendre jeune femme. Quand on est adolescent, ou même adulte, et que l’on se sent un peu dépassé par le monde qui nous entoure, c’est très réconfortant de savoir qu’il existe peut être une personne qui pose un regard tendre sur nous.
(Propos recueillis par Claire Vassé)