
Jessica est en contact avec presque tous les personnages du film ; elle est le fil rouge de l'histoire et sert de guide dans un monde, celui du luxe et des stars, qu'elle découvre, sans doute en même temps que le spectateur. Et elle s'y lance avec fougue. Elle part à l'assaut des gens de la même façon qu'elle est «montée à Paris» : en exploratrice. Sa force, c'est la fraîcheur et la naïveté de ses vingt ans. Elle n'a pas encore d'a priori et aborde la vie avec une certaine innocence. En lisant le scénario, j'avais tout de suite trouvé que c'était un beau personnage, très sympathique et positif. Je voulais que l'on garde le même sentiment lumineux en regardant le film. Donc, faire attention à ce que sa naïveté ne soit pas vite interprétée comme un côté nunuche, sinon on se détacherait d'elle. Il y avait une justesse à trouver. Le regard de Danièle devient à ce moment-là déterminant. Elle m'a laissé beaucoup de liberté mais sa direction est très précise ; elle va rectifier un détail et le personnage naît de cette collaboration entre nous deux.
Jessica arrive directement de Mâcon à Paris, la «ville lumière». Tout l'émerveille, surtout dans cette avenue Montaigne où elle vient travailler et où elle est en contact avec des gens qui semblent tous très importants et riches. Sa grand-mère lui a toujours parlé de Paris comme un rêve, un écrin doré, et elle vit ces instants comme une chance. On sait pourtant que sa vie n'est pas facile, même si, lorsqu'elle doit s'expliquer, elle dit que «c'est une longue histoire»... On sait quand même qu'elle vient d'être virée de son école d'infirmières, que son copain l'a larguée, qu'elle a été élevée par sa grand-mère quand ses parents ont disparu... Quand elle arrive à Paris, elle n'a ni travail, ni domicile. Mais cela a moins d'importance que le rêve qu'elle est en train d'accomplir. C'est peut-être l'amour de sa grand-mère (
Suzanne Flon) qui permet à Jessica de ne pas s'effondrer. On sent, dès l'ouverture du film, la complicité de ces deux personnages. À partir de là, elle s'élance avec confiance dans la vie. C'est une aventurière. Elle ressemble un peu à ce que j'étais en débarquant à Paris. À vingt ans, on a une volonté incroyable, peut être parce qu'on se rend pas bien compte du danger. On a soif d'apprendre. Jessica n'a pas encore ce visage fermé, ce masque, que les Parisiens se forgent pour se protéger du stress de leur vie. Jessica est toute fraîche, disponible. Moi aussi, j'étais comme ça, et j'ai puisé dans ma mémoire émotive afin de retrouver cet état de confiance et presque d'insouciance. Moi, dans la rue, les gens malheureux, les fous, venaient spontanément vers moi pour me parler parce qu'ils me sentaient à l'écoute. Je crois que c'est ce qui se passe pour Jessica dans le film. Sa personnalité incite à la confidence. Avec elle, chacun est amené à se dévoiler. C'est ce qui est beau dans
FAUTEUILS D'ORCHESTRE : c'est un film où l'on est amené à comprendre des gens qu'a priori on croirait très loin de nous. Il y a une vraie émotion qui naît pour les uns et les autres. J'avais beaucoup aimé
La BÛche, que Danièle et Christopher avaient déjà écrit ensemble.
FAUTEUILS D'ORCHESTRE est de la même veine : c'est un film humaniste.