Notes de Prod. : Fish Tank

    en DVD le 03 Février 2010

Notes de production

Cinéaste oscarisée, Andrea Arnold a eu l'idée de Fish Tank en tombant sur une image qui l'a frappée.

"Tous mes films partent d'une image," confie-t-elle. "Il s'agit en général d'une image forte dont je ne connais pas l'origine. Je n'en comprends pas le sens au départ, mais je veux en savoir plus et je commence à m'y intéresser pour mieux en cerner la signification. C'est toujours comme cela que je me mets à écrire le scénario."

D'emblée, Andrea Arnold souhaitait faire essentiellement appel à des comédiens non professionnels. C'est ainsi que Katie Jarvis, 17 ans, qui n'avait jamais joué dans un film auparavant, incarne Mia.
"Je voulais quelqu'un d'authentique pour le rôle de Mia," ajoute la réalisatrice. "Il me fallait quelqu'un qui me donne vraiment du fil à retordre. Il me fallait une fille qui n'aurait pas besoin de jouer, mais qui pourrait simplement être elle-même."
Après plusieurs semaines de casting, Katie a été repérée sur le quai d'une gare. "Au départ, on a eu recours à des méthodes plus traditionnelles, d'autant que Mia est censée être passionnée de danse," explique la cinéaste. "On a rencontré des filles que nous ont envoyées des agences et des clubs de danse. Et puis, on a étendu nos recherches à la région de l'Essex et on a sillonné les maisons de jeunes, les marchés, les centres commerciaux – tous les endroits où se retrouvent les ados. On a déniché Katie à la station de Tilbury Town, où elle se disputait avec son petit copain. Quand on l'a abordée, elle n'a pas cru qu'il s'agissait vraiment d'un tournage et elle n'a pas voulu nous donner son numéro de téléphone. Elle déborde d'énergie, mais elle a aussi une part de fragilité et d'innocence qui nous convenait. Elle est originaire de la région où nous avons tourné le film, et nous a semblé tout à fait authentique."

"Il n'y avait pas beaucoup de monde à la première audition, et donc je n'étais pas trop anxieuse," reconnaît Katie Jarvis. "Mais à la deuxième audition, il y avait plein de filles et c'était un peu plus flippant. Je n'avais jamais fait de danse, ou quoi que ce soit d'approchant, et je me disais que je n'avais pas la moindre chance. On m'a rappelée le jour de mon anniversaire pour me dire que j'avais décroché le rôle ! Je n'en revenais pas et j'étais super contente !"

Bien qu'elle n'ait jamais fait de danse, et que cela soit déterminant pour le rôle, Andrea Arnold était convaincue qu'elle correspondait parfaitement au personnage.

"Elle n'avait jamais tenu le moindre rôle et n'avait jamais fait de danse," explique la cinéaste. "En réalité, elle ne savait pas danser du tout et n'aimait même pas ça. La première fois que je lui ai demandé de faire quelques pas de danse, elle n'a pas osé. Du coup, on a quitté la pièce et on a laissé la caméra tourner pour qu'elle puisse danser toute seule. En visionnant la cassette, je me suis rendu compte que bien qu'elle ne sache pas danser du tout, elle était vraiment elle-même quand elle dansait. Il n'y avait chez elle aucune esbroufe, aucune prétention. Elle était capable d'être totalement elle-même, même quand elle faisait quelque chose qu'elle n'aimait pas. Je me suis dit que cela valait la peine de prendre le risque. Je n'étais pas certaine que cela fonctionnerait, d'autant que Katie n'avait aucune expérience de comédienne, mais quoi qu'il en soit, j'étais sûre qu'elle serait elle-même et c'est ce qui comptait le plus à mes yeux."

"L'apprentissage de la danse a été très dur parce qu'il fallait que je répète les mouvements inlassablement," souligne Katie. "Cela m'a épuisée, mais cela m'a aussi donné la pêche."

"Elle a été vraiment courageuse," reprend Andrea Arnold. "Elle avait tant de choses à découvrir. Elle est constamment présente à l'image et c'était un peu difficile pour elle. Je pense qu'elle a mûri au cours du tournage et qu'elle a un peu changé. Elle s'en est sortie admirablement. Je crois qu'elle veut continuer à faire ce métier. A présent, elle a même un agent."

"J'ai beaucoup appris en tournant ce film," reconnaît Katie. "Alors qu'avant je ne faisais rien de mon temps, le tournage m'a appris que je pouvais faire des choses si je le voulais. C'était dur, mais aussi amusant et gratifiant. Désormais, je veux que cette expérience me soit le plus bénéfique possible. Elle m'a prouvé qu'on n'a pas besoin de passer par un cours d'art dramatique pour faire ce métier, même si je pense que mon cas est une exception et que personne d'autre que moi ne sera repéré sur un quai de gare !"

Andrea Arnold n'a pas immédiatement songé à Michael Fassbender pour Connor : "Au début, je voulais faire appel à des non professionnels pour l'ensemble des rôles et j'avais repéré un type qui travaille dans le jardin public à côté de chez moi et qui s'occupe des poubelles," dit-elle. "Il incarnait parfaitement Connor. Je me demande ce qu'il devait se dire lorsque je le dévisageais à chaque fois que je le croisais."

"Et puis, je me suis dit que ce serait intéressant de travailler avec un acteur professionnel et de le confronter à la fraîcheur de Katie," poursuit-elle. "Cela pourrait faire écho à leur relation dans le film et, du coup, fonctionner à l'image."

Alors que Fassbender avait été salué pour sa prestation dans Hunger, Andrea Arnold n'avait pas vu ce film. "J'ai découvert Michael dans un extrait de Wedding Belles d'Irvine Welsh. Je n'avais pas vu Hunger, et je n'en avais même pas entendu parler, bien que je l'aie découvert par la suite. J'avais trouvé qu'il avait du charisme dans Wedding Belles et c'était une qualité importante chez Connor. J'ai donc pris ma décision sans même le rencontrer et en me fiant uniquement à cet extrait de film : il me semblait parfait pour le rôle et je fais toujours confiance à mon instinct. Je n'aime pas remettre en question mon intuition lorsque quelqu'un me semble correspondre à ce que je recherche."

Fassbender a donné son accord sans même lire le scénario puisque la réalisatrice ne le remet pas aux comédiens à l'avance. On ne leur a donné le script que quelques jours avant le tournage. "C'est toujours inquiétant de ne pas avoir le scénario entre les mains et en règle générale, je ne m'embarque pas dans ce type d'aventure," explique l'acteur. "Mais j'avais vu Red Road. J'avais beaucoup d'estime pour Andrea et j'avais envie de travailler avec elle. Elle a une manière très intéressante de raconter les histoires qui n'est jamais manichéenne. Elle s'intéresse à des êtres humains imparfaits, qui tentent simplement de s'en sortir."

"C'était courageux de sa part car je ne lui ai pas donné le scénario à l'avance et que, du coup, il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre," renchérit la réalisatrice. "Je voulais tourner dans la continuité pour que chacun découvre l'histoire au fur et à mesure du tournage. C'était particulièrement important pour Katie parce que je voulais qu'elle ait le sentiment de savoir où elle se trouvait en permanence. Je tenais aussi à ce que personne n'en rajoute. Comme aucun acteur ne savait ce qui allait se passer par la suite, chacun d'entre eux devait se contenter de travailler la scène du moment, sans tenter d'en savoir plus. Un peu comme dans la vie. On ne sait jamais ce qui va nous arriver dans une heure ou le lendemain. Je voulais que chaque instant recèle cette innocence."

"Michael s'est parfaitement adapté à cette méthode et a pris les choses avec sérénité," ajoute-t-elle. "On n'a pas répété et on n'a pas beaucoup discuté, on a simplement travaillé en prenant les choses comme elles venaient."

"C'était une méthode radicale," souligne Fassbender. "En général, je préfère avoir le temps de m'imprégner du scénario et puis prendre de la distance avec ce que j'ai lu au moment du tournage. Pour Fish Tank, j'ai essayé d'être aussi détaché et détendu que possible. C'était mon principal mot d'ordre. Andrea est très vive et spontanée et utilise ce qui se passe sur le plateau pour l'intégrer au film comme s'il s'agissait d'une matière vivante. Du coup, elle crée un climat de travail très agréable pour les comédiens."

Fassbender a apprécié sa collaboration avec Katie. "Elle est très expressive et c'est une partenaire appréciable parce qu'elle n'a pas à jouer la comédie. Sous la direction d'Andrea, elle est impressionnante : elle joue avec ses tripes en se fiant à son intuition." De son côté, Katie a su nouer une vraie complicité avec Fassbender : "Il me donnait des conseils et m'a beaucoup aidée," souligne-t-elle. "Certaines scènes entre nous m'ont fait une drôle d'impression, mais comme je le connaissais dans la vie, cela m'a facilité la tâche."

Kierston Wearing interprète Joanne, la mère de Mia. "J'ai adoré Kierston dès l'instant où je l'ai vue et j'ai eu le sentiment que je la connaissais depuis toujours," signale la réalisatrice. "J'avais l'impression que je la connaissais vraiment. C'est une sensation très agréable et je lui ai offert le rôle en une seconde. Il se trouve qu'elle a grandi dans la région où nous avons tourné et c'est donc sans doute cette dimension qui m'a intéressée. Elle était d'une incroyable authenticité, depuis son accent jusqu'à sa personnalité tout entière."

"Au départ, je recherchais une non professionnelle pour Joanne également, quelqu'un qui avait mené la même vie qu'elle. Quelqu'un de plus dur que le personnage. Kierston n'est pas comme ça, mais c'est quelqu'un d'honnête et d'ouvert, et il y a chez elle une forme d'innocence qui m'a séduite. Elle ne correspondait pas à ce que je recherchais au départ, mais elle m'a quand même paru d'une grande justesse. C'est ce que j'aime dans mon métier : on démarre avec une idée bien précise en tête, et puis les choses changent et évoluent tous les jours. C'est quelque chose qu'il faut accepter. Quand une histoire vous tient à cœur, et que vous vous y accrochez, ce à quoi vous tenez le plus est toujours là même si tous les paramètres ont évolué et que vous avez perdu tous vos repères. Même quand on est désespéré, on peut toujours trouver une manière d'exprimer ce qu'on a à dire."

Kierston a apprécié cette méthode de travail. "J'ai adoré le style de mise en scène d'Andrea," explique-t-elle. "Ken Loach travaille de la même façon, et c'était donc formidable de retrouver ce type de fonctionnement. En un sens, je trouve que sa volonté de ne pas nous raconter l'intrigue à l'avance est efficace car on essaie alors de comprendre l'histoire par soi-même et c'est ce que j'ai fait pas à pas."

"J'ai adoré travailler avec Kierston," rapporte Fassbender. "Elle est très directe et quand j'ai fait sa connaissance, je me suis dit qu'elle ressemblait à Brigitte Bardot. C'est une femme très intéressante, d'une grande sensualité, très sexy, très ouverte, et c'est une merveilleuse partenaire. J'ai regardé It'S A Free World… pendant le tournage, et j'ai compris à quel point elle est douée et drôle."

"Michael a les pieds sur terre, il est adorable et très simple," ajoute la comédienne. "Il n'a jamais fait de différence entre les acteurs professionnels et les autres."

Fish Tank a été tourné en six semaines durant l'été 2008 dans la région de l'Essex, à l'est de Londres. La cinéaste explique ses motivations :

"Au départ, j'avais écrit Fish Tank pour l'Estuaire du Kent, que je connais bien, mais j'ai décidé d'aller faire un tour dans l'Essex parce que je savais qu'il y avait là des paysages comparables. J'ai quitté Londres par l'est et j'ai pris l'A13 : j'ai immédiatement adoré la région étonnante que traverse cette route, ses usines, ses grands espaces, ses paysages désolés et ses aires de stationnement où une usine Ford était implantée autrefois. J'aime beaucoup la Tamise dans cette région, où le fleuve s'élargit pour se jeter dans la mer. C'est là qu'Elizabeth s'est adressée aux soldats avant d'aller combattre les Espagnols. Tout cela m'a semblé parfait."

L'essentiel du tournage s'est déroulé dans une seule maison, où habitent Joanne et Mia. L'équipe y a tourné pendant plusieurs semaines.

"Je cherchais une maison dans ce coin, qui me fasse penser à une île, et le Mardyke correspondait à mes critères," reprend Andrea Arnold. "J'ai aussi beaucoup aimé les couleurs des matériaux de construction. La couleur était un important élément pour moi. J'ai aussi été séduite par le fait qu'il y ait un terrain à l'abandon derrière la maison. Un terrain envahi par la végétation et les fleurs sauvages, mais aussi par les oiseaux et les renards. Le ciel y est magnifique. Je voulais tourner là-bas, mais on n'a pas obtenu l'autorisation tout de suite, ce qui m'a vraiment déçue."

"Le tournage s'est très bien passé dans cette maison," conclut la cinéaste. "En général, les équipes de tournage sont très arrogantes et se comportent comme si les lieux qu'elles investissent leur appartenaient. Je m'attendais systématiquement à ce que les habitants se lassent de notre présence et nous disent d'aller nous faire foutre, mais rien de tel ne s'est produit."
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1er jour IDF : 6 315 entrées
  • 1ère semaine IDF : 32 927 entrées
  • Cumul IDF : 84 260 entrées

  • 1ère semaine France : 66 606 entrées
  • Cumul France : 189 222 entrées