Notes de Prod. : Five

Note du Réalisateur

Propos extraits de KIAROSTAMI, Electa 2003

Abbas Kiarostami : « La découverte de la caméra digitale a éliminé en moi toute forme d’autocensure. C’est comme la photo : quand je vois quelque chose qui m’intéresse ou me frappe, je peux la photographier, l’enregistrer. Je peux la transformer en une photo en mouvement. C’est quelque chose qui n’a rien à voir avec le cinéma narratif ou la fiction. C’est une invitation à observer des choses qui, en soi, ne sont pas particulièrement dignes d’être regardées. C’est un moyen de s’arrêter et de se concentrer.

Quand j’ai fait Ten, j’ai expliqué à ceux qui me le demandaient qu’il s’agissait d’un film réduit à deux cadrages tournés avec un seul objectif.
A la question sur ce que j’aurais fait par la suite, j’ai répondu en plaisantant : Je me limiterai à un seul point de vue…
Je plaisantais parce qu’avec Ten je croyais être vraiment arrivé à une impasse.
Puis, je me suis retrouvé dans une maison au Nord de l’Iran, au bord de la mer Caspienne, pour écrire un scénario. J’avais la caméra DV avec moi et j’ai tourné une première vidéo sur un bout de bois poussé vers la rive par les vagues.
Au fur et à mesure que les journées passaient, je me suis rendu compte que dans ces 500 mètres de plage face à la maison, il se passait plein d’événements à l’apparence anodine. Mais si on se met à les observer patiemment, c’est un monde entier qui se révèle à nous. Ainsi des idées sont nées, petit à petit.
C’est un travail qui approche la poésie, la peinture.
Cela permet de se libérer de l’obligation de la narration et de l’esclavage de la mise en scène.
L’auteur disparaît, il n’y a plus de mise en scène.

Avant de tourner le plan avec les chiens sur la plage, j’avais toujours pensé aux chiens en relation avec des êtres humains, jamais en relation avec d’autres chien. J’étais persuadé qu’ils bougeaient la queue seulement pour faire plaisir aux hommes. Pour la première fois, en tournant cette vidéo, j’ai assisté à un rapport affectif entre les chiens, sans qu’ils sachent que je les observais. Pour moi, c’est un film d’amour, le premier qu’il m’ait été donné de tourner. Je n’ai jamais observé aussi bien les équilibres à l’intérieur d’un groupe de chiens. Mais je ne peux pas dire avoir fait ce film et avoir mis en scène cette histoire. C’est comme si j’avais récité un poème qui était déjà écrit. Tout existe déjà, il est là pour être vu et compris. Je l’ai simplement observé. »