Notes de Prod. : Fleur du désert

    en DVD le 07 Septembre 2010

L'avis de la réalisatrice sur Fleur du Désert

Tout a commencé avec un petit sac de plastique blanc.

Peter Hermann, que je n’avais croisé que quelques fois, me l’a tendu au bout de la table. « Appelle-moi et dis-moi si tu trouves trois bonnes raisons de ne pas en faire un film ». Dans le sac se trouvait un livre : « Fleur du désert ». Je ne connaissais pas ce livre « Des millions de gens l’ont lu » fut sa seule réponse.

Le livre m’a instantanément captivée. Je n’avais jamais vu autant de contradictions et de personnages différents incarner une seule et même personne, une seule et même histoire : Waris Dirie, petite fille du désert – top model à New York – femme de ménage analphabète dans un fast food – porte parole à l’ONU. Si l’histoire n’avait pas été vraie, j’aurais pu croire à une version moderne de Cendrillon. Plus que tout d’ailleurs, Fleur du désert est un cri contre l’injustice subie par les femmes.

« Ok, qui êtes-vous pour vouloir filmer mon histoire ? » nous a demandé Waris Dirie le jour de notre première rencontre. Quelques heures plus tard, elle s’engouffrait dans un taxi et nous demandait « Alors, on commence quand ? Maintenant ? ».


Un peu plus tard, j’ai réalisé que nous avions tous nos raisons. Pendant le casting du rôle de Waris à Londres, une femme du Mali, de 40 ans, est arrivée. Je l’ai regardée, étonnée, et d’un ton chaleureux elle m’a dit elle-même ce que je n’osais moi-même lui dire : « Je ne suis pas votre Waris, je sais, je suis trop vieille et je ne sais pas jouer. Mais je travaille dans une usine à Glasgow et j’ai posé une journée de congé pour venir vous dire à quel point il est important pour l’Afrique que vous fassiez ce fi lm. ». J’étais subjuguée, presque honteuse de ne pas avoir fait ce film avant. Elle m’a pris la main, l’a embrassée en riant et m’a dit « N’ayez pas peur ! ».

Durant mon premier voyage de repérage au Kenya, j’ai rencontré trois femmes somaliennes, entièrement voilées, qui avaient fui la guerre civile et qui s’appelaient toutes les trois Amina. Elles m’ont tout appris sur la mutilation génitale féminine et m’ont raconté leur propre expérience, similaire en bien des points à celle de Waris. Puis soudain, l’une d’entre elles a dit : « Il y a cet Américain, son nom est Obama, il veut être votre prochain président. Il est l’un des nôtres». Quelque part, nous étions tous du même monde.

Plus tard à Djibouti, j’ai réalisé que Fleur du Désert serait le premier film sur la culture somalienne et ses origines islamiques. Nous avons filmé des nomades qui n’avaient jamais vu de caméra. Amateurs et acteurs pros ont travaillé parfaitement ensemble. Mais l’aventure était permanente ! Pour certaines scènes, j’étais obligée de changer subitement d’acteur, parce que certains disparaissaient sans prévenir, comme celui qui devait jouer le père de Waris. Je l’ai retrouvé, plus tard, en train de prier. Il se fichait de savoir que 80 personnes l’attendaient sur le plateau ! Nous avons utilisé le marché de Djibouti comme décor de Mogadiscio. Des centaines de policiers avaient bloqué les accès pour le tournage, mais tout à coup, ils ont tous disparu en même temps. Volatilisés. Tous ! Un chaos pas possible s’est installé, les membres du tournage se sont fait attaquer par des jets de pierre, bref, c’était la panique : les policiers étaient juste partis déjeuner ! Ils avaient entendu dire que nous avions réservé un restaurant avec un buffet à volonté et ils voulaient être les premiers servis... À Londres, j’ai envoyé Liya Kebede dans les rues. Nous la filmions en caméra cachée. Elle s’est immiscée dans la peau d’une SDF et a aussitôt reçu le traitement qui leur est réservé d’habitude. Seuls deux somaliens qui habitaient à Londres lui ont proposé de l’aide ou de l’argent pour s’en sortir.

Je sentais que parce que l’histoire de Waris ressemblait tellement à un conte de fée, il fallait la rendre aussi réaliste et honnête que possible.

Jamie Leonard, le chef décorateur anglais a reconstitué les paysages anglais dans une vieille usine de pneus en Allemagne.

Et quand Sally Hawkins et le reste de ce casting très anglais ont commencé à donner libre cours à leur talent, tout le monde a oublié dans la minute que nous étions près de Cologne ! Tout à coup, nous étions en plein milieu de Londres et nous étions nous même des voyageurs entre Djibouti, l’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis. Peu importait quel passeport nous avions, nous étions tous les messagers d’une seule et même histoire, celle de Waris qui avait courageusement pris sa vie en main.

Waris Dirie, Fleur du désert : Sa vie, ses succès, sa fondation

Waris Dirie est née en 1965 dans la région de Gallacio, dans le désert somalien, près de la frontière éthiopienne. Elle est fi lle de noma- des, éleveurs de chèvres. Elle est excisée à l’âge de 3 ans.
La mutilation génitale féminine (MGF), est essentiellement pratiquée chez les musulmans et chez les chrétiens en Afrique, dans les pays arabes et en Asie, mais aussi par les familles immigrées en Europe, aux USA, au Canada et en Australie.

Warris Dirie nous parle de Fleur du Désert

Le film est-il une adaptation fidèle de votre roman, de votre vie ou bien certaines parties ont été romancées ?

Le film est fidèle mais est forcément une réduction de mon livre, sinon il aurait duré au moins 10 heures ! Quand on lit le livre, on se rend compte que certains passages ont nécessairement été adaptés.