Que savons-nous vraiment des produits que nous achetons au supermarché ?
Dans
Food, inc. le réalisateur
Robert Kenner, le journaliste d’investigation
Eric Schlosser (auteur de « Fast
Food Nation ») et le journaliste scientifique Michael Pollan (auteur de « The Omnivores’s dilemna» - Le Dilemme de l’omnivore) lèvent le voile sur l’industrie agro-alimentaire. Une industrie qui a souvent fait passer ses profits avant la santé des consommateurs, la survie d’exploitants agricoles, la sécurité des travailleurs et notre environnement à tous.
Dans nos assiettes, des blancs de poulet plus appétissants que jamais ; au restaurant, des côtelettes de porc parfaites ; dans nos bacs à légumes, des tomates aussi belles au dixième qu’au premier jour… Mais aussi de plus en plus d’obèses, particulièrement parmi les enfants ; une véritable épidémie de diabète chez les adultes ; de nouvelles souches de la bactérie Escherichia coli ultra virulentes, colportées par la viande de vaches que l’on gave de maïs (environ 73.000 personnes sont infectés aux Etats-Unis chaque année…).
Derrière tous ces problèmes de santé publique, on retrouve les choix productivistes d’une poignée d’entreprises qui contrôlent l’approvisionnement de centaines de millions de personnes. Ces entreprises déploient des trésors d’imagination et de marketing pour maintenir en vie le mythe selon lequel ce que l’on mange vient directement de la ferme.
Une ferme avec une gentille vache cornue (appelons-la Marguerite), de l’herbe grasse et des barrières joliment peintes en blanc ! Mais les ingrédients de base proviennent en réalité d’exploitations agricoles aux méthodes industrielles, et sont transformés dans de gigantesques usines. Le soja a été génétiquement modifié pour résister à des doses massives d’insecticide, et les tomates, pour être transportées et conservées des mois sans perdre leur belle robe rouge. Les animaux quant à eux sont « calibrés » pour devenir plus gros, plus vite et pour s’adapter sans perte de temps ni d’argent aux abattoirs géants où ils finissent leur vie. Nous ne sommes plus très loin du poisson carré…
Le plus surprenant est que tout ceci se produit sous les yeux des instances de régulation américaines, l’USDA (United States Department of Agriculture, équivalent du ministère de l’agriculture) et la FDA (
Food and Drug Administration, mélange de nos Agence du Médicament et Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments). C’est moins étonnant lorsqu’on découvre avec
Food, inc. le jeu de chaises musicales auquel se livrent les décideurs de ces instances, tantôt employés par des administrations fédérales, tantôt salariés des entreprises qu’ils sont censés contrôler.
Les victimes de ce système dysfonctionnel sont évidemment les consommateurs. Sur le terrain, les agriculteurs sont jusqu’à présent restés silencieux, de peur d’éventuelles représailles ou de poursuites judiciaires. Monsanto – fabriquant, en son temps, de l’agent orange utilisé au Vietnam et du DDT – a gagné, en l’espace de dix ans et à la faveur de lois américaines qui permettent de breveter des semences, le contrôle de 90% des graines de soja du pays.
Interdiction est faite aux agriculteurs de conserver ou de réutiliser ces graines. Ils doivent, chaque saison, en racheter de nouvelles auprès de la compagnie, qui emploie d’ailleurs un bataillon de 75 personnes chargé de vérifier que le copyright sur le vivant est bien respecté. Monsanto dépense ainsi des millions de dollars chaque année pour enquêter, intimider et poursuivre les fermiers récalcitrants. Ou simplement ceux qui ont eu la malchance de voir leurs champs colonisés par les semences OGM de ce géant de l’agro-chimie.
Beaucoup d’entre eux ne sont malheureusement pas financièrement en mesure de se battre contre la compagnie.
Food, inc. dresse également le portrait de nombreuses personnes qui refusent de rester les bras croisés. Certaines d’entre elles sont des chefs d’entreprise visionnaires, comme Gary Hirshberg de Stonyfield Farm’s et Joel Salatin de Polyface Farm’s, qui trouvent le moyen de travailler à l’extérieur ou à l’intérieur du système pour améliorer la qualité de la nourriture. D’autres sont des hommes et des femmes qui ont choisi de témoigner : Carole Morison, éleveuse de poulets, Moe Parr, ouvrier agricole, et Barbara Kowalcyk qui milite pour l’amélioration de la sécurité alimentaire, après le décès de son fils de 2 ans, suite à une infection E. coli.
Leur histoire, à la fois touchante et héroïque, montre le niveau d’humanité et d’engagement qu’il est nécessaire d’avoir pour combattre ces entreprises qui contrôlent l’industrie agro-alimentaire. Le réalisateur a aussi tenté d’interviewer les représentants de Monsanto, ou des transformateurs de viande Tyson, Perdue et Smithfield. Tous ont refusé.
Food, inc. révèle ce que les géants de l’industrie agroalimentaire ne veulent pas que l’on voie, que l’on analyse, que l’on questionne. Il nous rappelle aussi que chacun de nous a encore le pouvoir de faire changer les choses trois fois par jour : au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner.
Robert Kenner, réalisateur de
Food, inc.