Notes de Prod. : Frères

4 QUESTIONS à... XAVIER DE CHOUDENS, réalisateur

Quel était votre point de départ ?

Je voulais parler de l’absence. Partir de deux frères qui ne se sont pas vus pendant 16 ans et ne se sont jamais vraiment connus pour essayer de les rapprocher. Je me suis demandé s’il était possible qu’un jeune homme puisse avoir eu un frère à un moment donné et ne plus s’en souvenir du tout. De là est venue l’idée de la prison comme raison de la séparation et d’un grand frère qui prendrait le risque de rompre sa “semi-liberté”, non pas pour se faire la belle, mais pour recréer de toutes pièces un lien familial disparu.
J’ai le sentiment que cette histoire est vraiment venue à moi puis s’est transformée au fil du temps. J’avais besoin de la faire mûrir. En quatre ans, nous avons fait de nombreuses réécritures et, les années passant, j’ai grandi avec le scénario. Il me semble que ce temps a été bénéfique pour le film, qui aurait été tout autre si je l’avais fait plus tôt.

Est-ce l’attente qui vous a obligé à reconsidérer le scénario ?

C’est aussi la réalité économique. Avec mon co-scénariste, Olivier Dague, nous avons dû éliminer des personnages, supprimer des scènes, réajuster le scénario. Ce qui nous a beaucoup aidé pour recentrer l’histoire autour des deux frères et de leur père. Le manque de moyens nous a obligés à aller vers une structure et un récit beaucoup plus ténus avec un souci d’épure maximum de la forme.

Le style est tributaire de cette réalité économique…

C’est un film fait à l’arraché avec une équipe extrêmement réduite, 18 jours de tournage et quatre régions différentes (le Nord, Paris, la Franche-Comté, la Picardie).
Pour des raisons économiques, nous avions prévu de tourner en DV. Ce n’est qu’ au tout dernier moment, avec mon producteur, que nous avons pris le “risque” de tourner en Super 16, sachant que je ne disposerais alors que de trois ou quatre prises par scène. Ce choix était crucial. J'ai pu ainsi traiter le thème de la douleur et de l'absence à travers l'image comme je l'avais fait auparavant pour les dialogues et par la suite durant le travail du montage son. J'ai porté une attention permanente à la lumière, à la couleur mais également à l'espace afin de créer un cadre fonctionnel permettant de s'engouffrer au mieux dans la psyché de mes personnages. Ce résultat aurait été beaucoup plus compliqué avec un tournage et un rendu en DV.

Comment avez-vous travaillé le cadre? Vos protagonistes sont soit enfermés, soit sur le point de tomber de l’image, il sont “bord cadre” le plus souvent.

Tous les personnages sont un peu “border line”. C’est ce qui se passe dans leur tête qui me permet d'établir le cadrage. Même si je me suis efforcé d’arriver sur le plateau en sachant ce que je voulais, la place de la caméra ou le choix d’un plan sont pour moi plutôt de l’ordre de l’instinct. D’autant que nous étions dans une économie si réduite, que nous avions souvent très peu de temps pour trouver le bon axe.
Avec Gordon Spooner, le chef opérateur, nous avions choisi, dès le départ, de tourner caméra à l'épaule. Cela nous permettait d'être au plus près de nos personnages, mais également de suivre au mieux la soudaine décision de Serge et le caractère improvisé de son cheminement. En ce sens, nous n'avons pas hésité à garder les flous, les bougés, à accentuer l'effet chaotique du parcours de Serge et Vincent... parcours qui était aussi, avouons-le, un peu le notre lors de ce tournage!

4 QUESTIONS à… SERGE RIABOUKINE (Serge)

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le personnage de Serge ?

Son silence. J’aimais bien l’idée de faire passer des choses dans peu de dialogues, et d’interpréter un dangereux… pas dangereux! Le fait de sortir de prison m’intéressait aussi beaucoup. J’avais déjà été enfermé dans un film ou deux, mais je ne m’étais jamais évadé!

4 QUESTIONS à… MATHIEU GENET (Vincent)

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le personnage de Vincent ?

Il y a d’abord eu la rencontre avec Xavier De Choudens environ deux ans avant le tournage. C’était très simple et immédiat. Ensuite, il y a le thème de la fraternité que je trouve très beau à explorer. C’est un rapport mystérieux et multiple, une chose donnée -ce qu’on appelle les liens de sang- et qui pourtant n’empêche pas, comme au départ du film, que deux frères soient deux étrangers l’un pour l’autre. Le personnage de Vincent n’est fait que de manques. Pour y remédier, il s’est construit des murailles et s’est blindé, si bien qu’il ne parle pratiquement pas.