Notes de Prod. : Frozen River

    en DVD le 08 Juillet 2009

Entretien avec la réalisatrice

Quel est votre parcours ?
J’habite dans une petite ville, au nord de New York. J’ai 43 ans et j’ai passé mon enfance dans le Tennessee. Après un premier cycle à l’université Sarah Lawrence, j’ai entamé des études de droit à l’université Northeastern, mais au bout d’un mois je me suis rendu compte que ce n’était pas ma voie. Je suis pourtant allée jusqu’au bout de la formation parce que mon petit copain de l’époque (devenu entre-temps mon mari) était déjà avocat pénaliste et qu’en travaillant avec lui, j’ai pu rencontrer des gens et voir des endroits que je n’aurais jamais vus autrement. Après, j’ai intégré l’école de cinéma de Columbia University.

Comment êtes-vous devenue réalisatrice ?
Quand j’étais petite, ma mère, très marquée par les années 70, m’emmenait souvent voir des films d’art et essai - sans doute trop d’ailleurs. Mais comme on habitait à Memphis, dans le Tennessee, elle devait se dire que c’était la seule manière d’élargir mes horizons. J’ai ainsi découvert La Barbe à Papa de Peter Bogdanovich, Les Quatre Cents Coups de François Truffaut ou Du Silence Et Des Ombres de Robert Mulligan qui m’ont beaucoup marquée quand j’étais gamine.

Avez-vous réalisé d’autres films ?
Quand j’étais étudiante à l’école de cinéma, je travaillais de temps en temps pour mon mari : je devais lire des procès-verbaux de procès d’Assises, puis en faire des résumés. Cela permettait non seulement de payer le loyer, mais surtout de mieux cerner la question du point de vue, au fur et à mesure que je lisais les détails des meurtres à travers les récits des témoins. C’est grâce à cette expérience et aux ateliers d’écriture de Romulus Linney que
j’ai appris les rudiments du scénario. En réalisation, j’ai eu Paul Schrader et Bette Gordon comme profs. Ce qu’ils m’ont appris de plus important, c’est qu’on apprend la mise en scène en passant soi-même à la réalisation. Ils m’ont obligée à passer à l’action et à cesser de tout intellectualiser. Résultat : j’ai réalisé mon film de fin d’études, Althea Faught, court-métrage de 20 minutes sur une femme qui survit au siège de Vicksburg, dans le Mississippi,
pendant la Guerre de Sécession. Le film offre un point de vue sur ce qu’endurent les femmes en temps de guerre - et le point de vue de cette femme-là est pessimiste, mais je pense qu’on comprend ce qu’elle ressent à la fin du film. Ce court-métrage a obtenu plusieurs prix et a été vendu à la chaîne PBS.

Comment est né le projet de Frozen River et comment a-t-il évolué ?
Quand j’étais étudiante à l’école de cinéma, j’ai souvent entendu dire qu’on reprochait aux ̈films de femmes ̈ de manquer d’action - ce qui me rendait folle. J’ai été élevée par une mère célibataire qui travaillait très dur pour m’envoyer à l’école et, franchement, arriver à payer le loyer n’était pas simple tous les mois. L’idée de Frozen River est née quand j’ai entendu parler du trafic d’immigrés à la frontière canadienne, en rendant visite à ma belle-famille à Malone, dans l’État de New York. Il y a plusieurs réserves d’Indiens de part et d’autre de la frontière, ce qui donne lieu à une situation juridique hors normes. Quand j’ai appris que certaines femmes indiennes participaient à ce trafic en traversant en voiture la rivière Saint Lawrence gelée, j’ai été subjuguée. À l’époque, j’ai rencontré deux femmes
qui faisaient du trafic de cigarettes. Mais lorsque le Canada a baissé la taxe sur le tabac, certains trafiquants se sont reconvertis dans le trafic d’immigrés clandestins : c’était souvent des Chinois et des Pakistanais qui souhaitaient entrer aux États-Unis en passant par le Canada, ce qui est plus facile. Lorsque j’ai eu le sentiment de connaître suffisamment les personnages, je me suis progressivement mise à écrire le scénario. Et puis James Schamus a présenté 21 Grammes dans le petit festival de cinéma de ma ville et c’est comme ça que j’ai rencontré Melissa Leo. Je suis un peu timide, mais sa prestation dans ce film était tellement forte que je suis allée la voir pour le lui dire. Je lui ai envoyé un scénario et elle a accepté de tourner dans la version court-métrage de Frozen River. Le film a été sélectionné au New York Film Festival, ce qui m’a poussée à développer le projet de long métrage. Melissa et Misty Upham (qui incarne Lila) étaient tellement formidables dans le court-métrage que je n’aurais pu envisager de tourner le long sans elles. Et elles me sont restées fidèles. J’ai ensuite contacté Chip Hourihan, qui s’y connaît en chiffres, pour établir un devis. Puis j’ai demandé à Heather Rae, productrice formidablement imaginative, si elle accepterait de s’impliquer dans le projet. Mais on n’a pas réussi à trouver l’argent. Du coup,
mon mari a rédigé un petit dossier de présentation et l’a diffusé autour de lui : en s’appuyant sur mon court-métrage, il a réussi à attirer plusieurs investisseurs audacieux.

Quelles ont été votre démarche et vos influences ?
J’aime les personnages auxquels on ne s’identifie pas immédiatement et qui vivent en marge de la société. J’aime partager leur vie dans l’intimité d’une salle de cinéma, si bien que j’ai l’impression de les comprendre et, parfois, de me mettre à les aimer. Je pense à des films comme Central Do Brasil, La Balade Sauvage, Alice N'Est Plus Ici et Les Nuits De Cabiria.

Avez-vous dû faire face à des difficultés particulières pendant le développement du projet ?
Très en amont du projet, on a dû battre en brèche l’idée reçue selon laquelle le trafic d’immigrés n’existe qu’à la frontière mexicaine. Sur le tournage, notre plus grosse difficulté était d’ordre climatique. Nous avons tourné à Plattsburgh, dans l’État de New York, en février dernier et l’essentiel du film se passe en extérieur, de nuit. Les premiers jours, les comédiens et les techniciens ont été un peu stupéfaits quand la température est descendue en dessous de zéro, mais tout le monde a fini par s’y habituer. Et je crois que les acteurs et l’équipe technique étaient confiants et ont donc bravé le froid courageusement.

Quels sont les films récents que vous avez aimés ?
J’ai adoré Babel et Collision - j’aime les films qui bousculent les idées reçues en osant donner un point de vue. Le monde est désormais d’une formidable complexité - ce dont nous commençons à prendre conscience aux États-Unis - et le cinéma est un puissant médium qui permet de découvrir des peuples vivant au-delà de nos frontières, que ces frontières soient nationales, économiques ou culturelles.

Quelles sont vos ambitions personnelles en tant que réalisatrice ?
Je pense que mon rôle est d’offrir au spectateur un point de vue sur des êtres humains qu’en temps normal il ne remarquerait même pas. Mon ambition est de tourner un deuxième film, puis un troisième, etc... Lorsque j’ai compris que je deviendrais réalisatrice sur le tard, j’ai continué à jeter des idées sur le papier - si bien que j’ai pas mal de projets en tête.

Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Mon prochain film parle d’une fille qui vit en 1904. L’intrigue se déroule à New York dans le Lower East Side. C’est une histoire d’amour qui se passe dans le milieu des immigrés ayant vécu dans ce quartier à l’époque. Le film parle aussi du racisme et de l’antisémitisme qui sévissaient alors. Je veux réaliser ce film avec un budget très restreint. Je tiens à ce que ce soit un projet à taille humaine, empreint de réalisme, tout comme Frozen River.

- Interview réalisée par INDIEWIRE
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 396 entrées
  • 1er jour IDF : 1 866 entrées
  • 1ère semaine IDF : 22 062 entrées
  • Cumul IDF : 64 012 entrées

  • 1ère semaine France : 41 824 entrées
  • Cumul France : 163 665 entrées