Melchor Miralles, producteur du film et fondateur du quotidien El Mundo, fait partie des journalistes dont s’inspire l’histoire de GAL.
Tous les événements décrits dans le film « GAL » se sont déroulés en Espagne dans les années 1980 et 1990.
Miguel Courtois est resté fidèle aux faits. Son film n’est pas un documentaire, mais un thriller politique, et il utilise bien évidemment les licences nécessaires, propres au langage cinématographique. Ceux qui n’ont pas vécu cette histoire trouveront le film fort, parfois même exagéré. Et pourtant, une fois encore, la réalité dépasse cent fois la fiction. Saluons l’acharnement d’un petit groupe de journalistes, bien décidés à découvrir toute la vérité ou au moins une partie, et à la porter à la connaissance du public. Grâce à eux, plusieurs mises en examen pour séquestration, assassinat, homicide et détournement de fonds publics ont pu être réalisées, avec pour conséquence l’emprisonnement des plus hauts fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur, en poste sous le gouvernement présidé à l’époque par Felipe González Márquez. Un dénouement sans précédent dans un pays démocratique. L’ancien Premier Ministre n’a jamais admis avoir eu une quelconque responsabilité dans cette affaire et a laissé tomber ses subordonnés, sans jamais assumer une participation, quelle qu’elle soit, aux faits. À ce jour, et en dépit de tout ce qui s’est passé, personne n’a été condamné par la justice espagnole comme étant l’ultime responsable de l’organisation et du financement des GAL. Nous sommes néanmoins certains que ceux qui écrivent les livres d’histoire ne manqueront pas d’étudier ce point.
Felipe González Márquez a toujours soutenu que le seul baromètre fiable de la corruption était lié aux peines de prison fermes. Il gardera sur la conscience le jugement que l’on portera sur cette période de l’histoire d’Espagne, au cours de laquelle le pouvoir exécutif était entre ses mains.
En ce qui nous concerne, nous autres journalistes, jamais nous ne nous sommes sentis aussi fiers d’être journalistes avant tout. Quelle meilleure façon d’accomplir notre obligation professionnelle et sociale que de transmettre aux citoyens qui veulent s’informer une information véridique, le récit minutieux de quelques faits solides, étayés par une infinité de preuves de toutes sortes, même documentaires, et qui dévoilent une partie de l’histoire récente du pays. Une histoire que le gouvernement a tout fait pour occulter, par tous les moyens, avec les médias à portée de main – et qui a été d’une importance capitale pour l’avenir de l’Espagne.
Malgré notre fierté d’avoir accompli notre devoir, nous ne sommes pas heureux pour autant de ce qui s’est passé. Nous aurions préféré ne jamais avoir à écrire tout cela. Nous aurions payé cher pour ne pas avoir à informer sur des faits aussi terribles. En tant que citoyens, c’est avec une profonde tristesse que nous avons appris qu’un gouvernement de notre pays exerçait le pouvoir sur des bases morales perverties. Après une longue agonie politique, le peuple lui a présenté la facture, ainsi qu’à son parti, devant les urnes. Nous avons tous pu constater que ses successeurs ont appris la leçon. Au cours des deux législatures de José María Aznar et de celle de José Luis Rodríguez Zapatero, aucun fait semblable ne s’est produit. L’un et l’autre ont commis des erreurs à certains moments et ont agi avec pertinence à d’autres. Mais en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, ils se sont rangés du côté de la légalité, ils ont respecté l’Etat de droit et, grâce à Dieu, ils ont avancé à grands pas vers la fin du terrorisme. Le Premier Ministre actuel, peu de temps après avoir conquis le secrétariat général du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), a adopté une ligne radicale, pour bien marquer sa position indéfectible : sur son ordre, le PSOE a cessé de payer un seul centime d’euro aux avocats des personnes impliquées dans « le dossier GAL ». Jusqu’alors, leurs honoraires exorbitants étaient réglés par le parti. Cette décision lui a valu plus d’un problème en interne, mais il a tenu bon sans être ébranlé.
Les GAL font partie de l’histoire espagnole. Nous avons toujours pensé que la meilleure façon de ne pas répéter ses erreurs était de conserver la mémoire de l’Histoire, de connaître le détail des égarements et, dans ce cas précis, des dérives illégales. Nous pensons y avoir contribué, modestement, avec ce travail. Nous sommes convaincus que le cinéma fait partie du patrimoine culturel d’un pays et qu’un film permet, mieux que bien d’autres formes d’expressions intellectuelles ou artistiques, de diffuser des histoires qu’il faut connaître pour éviter
qu’elles ne se répètent.