Notes de Prod. : Go Go Tales

    en salle le 08 Février 2012

NOTE D’INTENTION ABEL FERRARA

Il y a bien longtemps, quand 9 et 11 n’étaient encore que deux nombres impairs, je vivais au dessus d’une caserne de pompier au croisement de la 18ème rue et de Broadway. Entre le Yin et Yang de l’excellente librairie Barnes and Nobles et du génial grand magasin sportif, Paragon, à deux pas de l’atelier de Warhol, au 3ème étage surplombant Union Square. Notre bar fétiche se trouvait dans une église gothique transformée en cauchemar rock’n roll appelé The Limelite. Ce club était tenu par un gang de pirates à la mode et Nicky D en était le saint patron. Pour je ne sais quelle raison, le quartier était devenu le paradis des clubs de striptease. Leurs noms changeaient selon les saisons, mais pas les employés. Habillés en smoking, la coupe en brosse, ils maintenaient fermée la frontière qui les séparait du monde extérieur. L’unique moyen d’entrer était de porter un costume et une carte de crédit habituée à l’argent facile, celui qui sert à acheter une lapdance. L’ironie résidait dans le fait que c’était les mecs bossant là-bas qui étaient les acteurs, et non les femmes. Videurs, Djs, et barmans passaient des auditions, rêvaient de célébrité. Contre toute attente, quelques uns réussissaient. Je faisais mon entrée dans le repère comme un prince, et une fois à l’intérieur, les filles m’éblouissaient au premier coup d’oeil. Elles étaient vraiment fabuleuses: grandes, cool et déchaînées. Peut-être était-ce la combinaison de leurs corps presque nus dansant pour des hommes bien sapés, et de la musique qui semblait toujours meilleure que partout ailleurs, qui rendait les souvenirs si vivants. À l’époque où Leonardo di Caprio, disparaissant sous une pile de blondes, était encore assez jeune pour m’appeler Monsieur Ferrara, et où Matt Dillon était le seul à focaliser l’attention des filles qui sifflaient des verres au bar, moi, je n’étais qu’un fou parmi les fous, à me mentir que « ...l’une de ces filles est ma petite copine.» Elle était belle et intelligente, et je me faufilais pour la regarder faire sa lapdance pour des costards, se défeuiller pour mieux les plumer. Je m’avançais alors avec un billet de cent, lui disant de remettre ses vêtements et de les garder. Ensuite, on allait prendre un verre ensemble. Trois ou quatre cents dollars plus tard, je me retirais comme si j’avais prouvé quelque chose et elle retournait à son travail. L’une des principales règles était, pas question qu’une fille te voie dehors, mais, secrètement, on se donnait des rendez-vous, qu’on ne tenait jamais.
J’étais un vrai pigeon, comme tous les autres mecs qui traînaient là, ou dans n’importe quel endroit de ce genre, dont le Ray Ruby’s Paradise Lounge faisait partie. Pour le récit, le Baron, qu’incarne Bob Hoskins, est un personnage qui s’inspire du très élégant et tristement célèbre régulier du même nom, chez Mary Lou’s, le fameux rendez- vous des after du coin. Luigi, mon cousin de Mulberry Street grâce auquel j’ai fait mon entrée dans le go go world, est joué à la perfection par Franck C, alors que Nicky D, lui, sera toujours le grand Nicky D. Les frères Ruby, deux personnages des quartiers chauds, sont incarnés avec une intelligence décontractée par Dafoe et Modine qui sont originaires des quartiers chauds du Winsconsin et de l’Utah. Mais, au final, ce sont les filles, qui encore une fois, dirigent les opérations, qu’elles jouent les go go danseuses et où qu’elles en soient, à l’époque, maintenant et pour toujours.