Notes de Prod. : Golden Door

    en DVD le 07 Novembre 2007

Notes du réalisateur

Golden Door est l’histoire d’un voyage qui transforme les hommes. La destination est une terre promise, une terre de l’autre côté de l’océan où les hommes armés de bonne volonté peuvent aspirer à une vie meilleure.

Début du vingtième siècle. L’esclavage a été aboli depuis peu et les immenses territoires d’Amérique du Nord ont besoin de bras jeunes et d’esprits décidés. En Italie, on voit d’un bon oeil ces départs massifs. Ils soulagent le pays d’hommes qui réclament le droit à la propriété,ne supportent plus d’avoir faim et sont prêts à tout pour trouver une issue à leur misère. L’état italien et l’Eglise Catholique encouragent ces départs. Les premières grandes compagnies maritimes se constituent,les billets sont vendus à la préfecture de police où sont également délivrés de nouveaux passeports moyennant finances. C’est un bon revenu pour le gouvernement, une mission juste pour l’Eglise, l’amorce d’un rêve et d’un espoir pour des millions de jeunes hommes qui partent en abandonnant les villages aux personnes âgées et à leurs femmes, désormais seules.

Les premières photos de cette nouvelle terre arrivent dans les campagnes. Ces images prétendument véridiques sont en réalité des photos truquées, des photomontages sur lesquels on peut voir des hommes minuscules à côté de légumes géants.Ce sont les premières formes de propagandes qui arrivent d’Amérique pour encourager les paysans à quitter leur terre aride pour une terre d’abondance assurée. J’ai mis de côté les livres d’histoire pour me consacrer à l’étude des «paroles de papier», on appelle ainsi les lettres que des millions d’italiens dictèrent à ceux qui savaient écrire. J’ai décidé de reconstruire une mémoire. Une mémoire sélective et donc,dans une certaine mesure, incomplète.Une mémoire latente et remplie d’éléments plus ou moins volontairement refoulés. Je n’étais pas intéressé par le récit historique ou social et encore moins par l’histoire des masses.J’ai voulu aller à la rencontre du particulier,de l’individu qui quitte sa terre natale et, à travers ce voyage, se métamorphose d’homme ancien en homme moderne. L’homme qui part emporte avec lui peu d’objets mais tous ses morts. C’est un homme qui a vécu avec un sens aiguë de l’identité et de la mémoire, la mémoire des histoires qui lui ont été transmises par son père et son grand-père.Le petit lopin de terre où il a vécu et qu’il n’a jamais quitté est un univers peuplé de présences invisibles. Ses bêtes le réchauffent la nuit et lui tiennent compagnie le jour. Cet homme connaît et respecte la nature et ses humeurs, de leur relation dépend sa survie. C’est un homme parfaitement intégré dans son environnement: il en connaît la moindre pierre, la moindre odeur, le moindre petit changement.

En partant, cet homme décide d’abandonner tout ce qu’il connaît : la terre à laquelle il appartient, sa mémoire. Pour citer une description que je trouve très belle prise d’une lettre écrite par un de ces émigrants saisi par le spectacle de la traversée de l’océan : «Nous sommes tous des âmes en route pour un paradis qui,si la chance nous sourit, nous sera concédé à vie,mais nous mourons tous un peu plus à chaque vague que nous passons».

Ellis Island. L’île de la quarantaine ou comme la nomment nos héros «l’île des larmes» était la première étape,les émigrants y rencontraient pour la première fois les citoyens du Nouveau Monde. C’est là que cette histoire a vu le jour. J’ai consacré une année entière à l’étude des documents et des procédures qui y furent appliquées pendant les vingt premières années du vingtième siècle. J’ai découvert qu’Ellis Island n’était pas uniquement un lieu de traitement et d’accueil temporaire des nouveaux arrivants mais qu’elle faisait également office d’une espèce de laboratoire-archive.Après quatre semaines de traversée au long cours - entassés tels des marchandises dans des dortoirs improvisés,en dessous du niveau de la mer,sans fenêtres,sans hygiène - ces immigrants siciliens se voyaient débarqués sur l’île où ils étaient immédiatement inspectés par les services de la Marine Américaine.

On procédait aussitôt à la détection d’éventuelles maladies:trachome, tuberculose, alcoolisme, mauvais fonctionnement des membres,cécité...Tous les types d’handicaps qui pouvaient empêcher les jeunes émigrants de travailler et de gagner leur vie, étaient enregistrés comme imperfection et les personnes concernées immédiatement déportées. Ceux qui avaient démontré qu’ils étaient en parfaite forme physique, étaient ensuite soumis à des tests dits d’intelligence ou d’aptitude : ce sont les premiers tests d’intelligence appliqués aux masses dont on ait la preuve historique. Les hommes du Nouveau Monde étaient convaincus que les défauts d’intelligence se transmettaient comme la couleur des yeux ou des cheveux, et les immigrants qui ne totalisaient pas le minimum de point requis étaient soumis à d’autres examens, d’autres batteries de tests pour confirmer ou infirmer les soupçons de déficience mentale.

Ces examens d’intelligence et de comportement menés sur toutes les races qui arrivaient en Amérique depuis les quatre coins de la planète étaient répertoriés et nous ont été transmis comme étant les premières études eugénistes pratiquées à grande échelle. L’eugénisme est une discipline scientifique qui vise au perfectionnement de la race humaine à travers l’étude et la sélection des caractères physiques et mentaux considérés comme positifs et la suppression de ceux jugés négatifs. Mais l’eugénisme a été aussi,et surtout, un mécanisme bio-politique de persécution et de discrimination visant à la normalisation de la nation et l’épuration du corps social.Des lois relatives à l’émigration et au mariage,et surtout des campagnes de stérilisations forcées ont été appliquées à un large public de sujets jugés «dégénérés»,«contreproductifs» et «anormaux».

Alors que je lisais les manuels d’inspection mentale des «aliénés»,publiés annuellement à partir de 1913, je regardais les photos des nouveaux arrivants en attente d’être examinés, je me perdais dans leurs regards. Leurs yeux semblaient demander des explications alors qu’ils se battaient, déroutés, avec des formes géométriques à transformer en rectangle de bois, en face d’hommes en uniforme fixant des horloges pour enregistrer combien de temps il leur fallait pour trouver la solution quand ils en trouvaient une.

On demandait à l’homme ancien de se transformer en une effroyablement courte période de temps. Il devait prouver qu’il pouvait réussir à devenir un homme moderne, prouver qu’il ne croyait plus aux esprits, aux fantômes,au diable et à toutes ces choses qui ne se voient pas, ne s’expliquent pas et donc n’existent pas!

L’homme du Nouveau Monde est un homme rationnel, qui maîtrise et apprivoise la nature, qui construit des immeubles de cent étages, des fabriques géantes d’où les ouvriers ne partent que le soir pour rentrer chez eux. Il est du devoir de l’homme du Nouveau Monde d’utiliser le progrès pour façonner la planète selon son souhait,pour produire plus que ce dont il a besoin pour sa propre survie et créer richesse et argent. Je ne porte pas de jugement moral. Golden Door n’est ni un film politique, ni un film historique, ni un film social. J’ai cherché à raconter l’histoire de «mes héros», de ces hommes d’un autre temps qui croyaient encore à l’importance du mystère, qui voyaient encore les choses qui ne se voient pas, mais qui pourtant existent.

Entretien avec Charlotte Gainsbourg

Qu’est-ce qui vous a attirée dans l’aventure de Golden Door?
J’avais été énormément séduite par Respiro. J’ai rencontré Emanuele Crialese, qui était littéralement habité par son projet : il avait une «tchatche» incroyable, mélangeait français et italien avec un enthousiasme communicatif. Le scénario était passionnant, et il était accompagné de documents visuels :des images magiques, des lieux, des gueules, le bateau... Une page d’histoire que je ne connaissais pas, le sentiment de toucher à quelque chose de très authentique dans la culture italienne, je n’ai pas eu une seconde de doute. J’avais sur ce projet un point de vue extérieur, comme une étrangère - ce que je suis aussi dans le film.Je ne savais pas vraiment ce qu’Emanuele voulait faire de mon personnage, je ne voyais pas bien sa progression, mais j’avais envie de participer à ce film choral.A l’époque, on ne savait pas encore où le tournage aurait lieu : on parlait d’Odessa,du Maroc,ou de la Turquie. Quand j’ai su que j’irais passer quatre mois à Buenos-Aires, séparée de ma famille,cela a été un choc, mais je n’ai jamais remis le film en question.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 28 034 entrées
  • Cumul IDF : 56 574 entrées

  • 1ère semaine France : 90 015 entrées
  • Cumul France : 224 776 entrées