Notes de Prod. : Gothika

    en DVD le 18 Août 2004

Le style visuel

Suspense et atmosphère troublante : Gothika se déroule dans un univers visuel qui présage de l’horrible destin attendant Miranda Grey.
Le pénitencier Woodward est particulièrement angoissant, lugubre, oppressant. C’est l’ancienne prison Saint Vincent de Paul, une prison de sécurité maximale datant du début du XXe siècle, qui le représente. Abandonné depuis longtemps, cet ancien centre de détention est situé à Laval, au Québec, à environ une heure de route au nord-ouest de Montréal. Les cinéastes avaient d’abord pensé construire entièrement les décors du pénitencier en studio, mais Mathieu Kassovitz a été séduit par ces bâtiments sombres, en ruines, surnommés là-bas le " SVP ". Plusieurs scènes du scénario ont été développées pour tirer parti des différents aspects du SVP et conférer à Woodward une présence encore plus grande et plus impressionnante dans l’histoire.
La productrice Susan Levin explique : " Lors des repérages, nous avons découvert le SVP et avons tout de suite su que c’était l’endroit idéal. L’atmosphère sinistre, inquiétante, la tonalité générale du film sont parfaitement incarnés par cette prison. "
Graham " Grace " Walker, le chef décorateur, et son équipe ont transformé plusieurs lieux au sein du SVP, dont le labyrinthe de couloirs, de salles et d’escaliers, les blocs de cellules rouillées, à la peinture écaillée, l’atrium de trois étages de la salle commune, et la cour d’exercice où Chloé avertit Miranda d’un danger imminent.

L’équipe de Walker a également construit plusieurs des décors de Woodward aux studios de la Cité du Cinéma de Montréal : les bureaux de l’administration, la salle de douche commune et les cellules d’observation munies de miroirs sans tain, construites à base de carrelage et de plaques d’acier perforées.
Le chef décorateur explique : " Le plus difficile dans la création du style visuel de ce film a été de maintenir une continuité alors qu’il y avait autant de lieux et de décors de plateau différents."
Halle Berry observe : " Les décors réels aussi bien que les décors en studio n’auraient pu être mieux adaptés. Ils sont très particuliers et ont vraiment donné le ton pour le jeu des acteurs. "
Joel Silver remarque : " Graham Walker s’est inspiré de la vraie prison et a développé à partir de là un concept " gothique " brillant. Il est d’une grande méticulosité pour tout ce qui concerne les détails. Avec Mathieu et le directeur de la photo, Matthew Libatique, Graham a fait du Pénitencier Woodward un personnage à part entière du film. "
Mathieu Kassovitz ajoute : " Ce qui était le plus important à mes yeux, c’est que les éléments fonctionnent ensemble comme un tout, qu’ils forment des environnements très stylisés mais néanmoins réalistes qui aient à la fois de la substance et un sens. Cela signifiait que les décors et la lumière ne pouvaient pas être sinistres seulement aux moments les plus effrayants, mais qu’ils devaient être angoissants, étranges et effrayants pendant toute la durée du film. Je ne voulais pas que les spectateurs puissent échapper à ce sentiment de menace ; l’atmosphère ne devait jamais être brisée. "
Pour concrétiser la vision de Mathieu Kassovitz, Graham Walker a développé une palette de couleurs particulière. " Je me suis efforcé de créer une sorte d’atmosphère prémonitoire, comme une menace qui flotte dans l’air, avec des couleurs atténuées, des gris, des bruns, des tonalités presque dénuées de couleur. Je n’avais jamais utilisé une telle palette avant. "

Walker et Kassovitz ont travaillé en étroite collaboration avec le directeur de la photo, Matthew Libatique, lauréat de l’Independent Spirit Award 2001 pour la photo de Requiem For A Dream. Ils ont mis au point un style de prises de vues inventif, étrange, déroutant et frappant. Kassovitz explique : " Je voulais que la caméra soit comme un fantôme, qu’elle aille dans des endroits où elle n’aurait dû physiquement pas être capable de se rendre. Nous avons eu quelques décors particulièrement compliqués, surtout les murs de verre des cellules, où il était difficile de filmer à cause des reflets. Matthew et moi voulions cette photo granuleuse, une sorte de croisement entre le film noir glamour stylisé et le style " guérilla " brut. "
Joel Silver observe : " Mathieu a le don de mouvoir sa caméra de façon à vous intégrer dans le voyage de Miranda. Dans plusieurs scènes, il n’y a que deux personnages qui parlent dans une cellule, ce qui constitue un vrai challenge pour un réalisateur. Mathieu a rendu chacune d’elles palpitante et unique. Il y a aussi des scènes où Miranda tente de savoir si elle est saine d’esprit ou si elle devient folle, et Halle devait réagir avec un décor presque nu… Ces scènes témoignent de sa force d’actrice, mais aussi du talent de Mathieu en tant que réalisateur. Il parvient sans jamais faiblir à maintenir la tension et à faire que le spectateur ne cesse jamais de se sentir impliqué. "
Halle Berry, qui a travaillé avec des réalisateurs aussi différents que Warren Beatty, Martha Coolidge, Lee Tamahori, Tony Scott et Spike Lee, confie : " Mathieu a su créer le ton singulier du film qu’il désirait, et il a obtenu de ses acteurs des prestations riches, texturées, vraiment implicantes pour le spectateur. Il a une véritable sensibilité, il sait mettre la caméra au service de l'histoire, dans le rythme, le mouvement. Etant également un acteur, il comprend et apprécie l’art des comédiens. Il a un style très indépendant, et je crois que cela contribue à faire de ce film une création unique et spéciale. "
Robert Downey Jr. ajoute : " Mathieu a été formidable : dès le tout premier jour, nous avons littéralement travaillé ensemble, il m’a aidé à jouer Pete. Je ne dirais pas que créer ce personnage a été facile, mais cela n’a pas demandé de gros efforts, grâce à Mathieu. Avant de commencer à tourner, j’avais opté pour un style conservateur, et Mathieu est venu droit sur moi, il a ébouriffé mes cheveux, a enlevé son t-shirt et me l’a fait enfiler, et il m’a dit " Pete doit être plus cool que ça ! ". Cela m’a rassuré, parce que j’ai tendance à me montrer plus classique dans mes rôles que je ne le suis dans la vie. Mathieu m’a dit " Pete doit davantage te ressembler ".
Mathieu Kassovitz note : " Jouer est un processus intime et difficile. Etant acteur moi-même, je me sens capable de bien communiquer avec mes acteurs. Mais j’avoue que je préfère réaliser, cela m’intéresse davantage. "

Halle Berry est de presque toutes les scènes du film. Sa blessure au poignet pendant une scène avec Robert Downey Jr. a obligé l'équipe à suspendre le tournage pendant un mois. Joel Silver note : " GOTHIKA est un témoignage du talent de Halle et de sa puissance d’actrice. "
Penélope Cruz se souvient : " Dès le premier jour, Halle et moi nous sommes entendues à merveille. Elle m’a mise à l’aise. C’est une femme drôle, intelligente et franche. "
Charles Dutton confie : " J’ai trouvé merveilleux de voir Halle travailler sur ce film. Je suis son évolution en tant qu’actrice depuis plusieurs années, même si je n’avais encore jamais eu le plaisir de travailler avec elle jusqu’ici. C’est une actrice d’une grande intelligence, elle n’a peur de rien, elle est audacieuse. C’est une vraie pro. "
" Aussi éprouvante qu’ait pu être l’aventure, je suis vraiment fière d’avoir pu faire partie de ce film, confie Halle Berry. Certaines scènes m’ont vraiment fait peur quand nous les avons tournées, et moi, je savais ce qui allait se passer ! Les spectateurs, eux, n’auront pas cette sécurité… "

Gothique

1. Se dit d’une forme d’art, en particulier architectural, qui s’est épanouie en Europe du XIIe siècle à la Renaissance. 2. Se dit d’une écriture à traits droits et anguleux utilisée à partir du XIIe siècle. 3. Roman gothique : roman d’épouvante d’inspiration fantastique, dont l’action est située dans un cadre médiéval, en vogue en Angleterre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Synonyme : roman noir.

Dictionnaire Larousse
A la fin des années 1700, la littérature gothique naît en Angleterre, dans un climat social en pleine évolution. La lutte des classes engendre des émeutes dans tout le pays, la société se divise sur bien des points et en particulier sur l'approche du surnaturel : la religion et les croyances superstitieuses s'opposent aux principes rationnels du Siècle des Lumières.

Halle de l'autre côté du miroir

Joel Silver avait confié à Halle Berry l’un de ses premiers rôles dans Le Dernier Samaritain et l’avait ensuite retrouvée dans Ultime Decision et Operation Espadon. Il a tout de suite pensé à elle pour interpréter le rôle de Miranda, aussi exigeant physiquement qu’émotionnellement. Il explique : " Bien sûr, Halle est douée et elle est d’une grande beauté, mais surtout, elle apporte beaucoup de profondeur et une large gamme d’émotions aux personnages qu’elle interprète. Celui-ci entreprend un périple incroyable, et Halle avait le talent et l’endurance pour emmener Miranda dans des lieux très sombres… "

Le Réalisateur...

Pour guider Halle Berry dans ce voyage torturé et équilibrer le mélange sophistiqué de suspense, de drame et de terreur du film, Joel Silver a fait appel à Mathieu Kassovitz, dont les talents et les multiples prix ont forgé une véritable réputation bien au-delà de nos frontières. Silver l’avait rencontré à Paris après avoir vu Les Rivières Pourpres. Susan Levin observe : " Il est très rare que Joel demande à rencontrer un jeune réalisateur, surtout s’il n’a aucun projet particulier en tête, mais il avait vraiment senti le potentiel de Mathieu et a tout de suite eu envie de travailler avec lui. Tout comme Joel, Mathieu éprouve une vraie passion pour le cinéma et il a une très grande connaissance des films. Ils se sont trouvés, et ont décidé de faire quelque chose ensemble. "

Du côté de la rationnalité

Mathieu Kassovitz et Joel Silver ont choisi Robert Downey Jr. pour jouer le Dr Pete Graham, le collaborateur de Miranda. Robert Downey Jr. explique : " Pete aime Miranda, mais son amour n’est pas payé de retour. Il sait qu’il ne peut rien y faire, parce que non seulement Miranda est sa collègue, mais que son mari est leur patron. "