"J'avais suivi le tournage de
Lonesome Jim quasiment scène par scène et observé de près Steve Buscemi sur le plateau", indique Strouse. "La réalisation de
Grace Is Gone n'en fut pas moins une première... et une belle leçon d'humilité. Le premier jour, le novice que j'étais se retrouva en effet au milieu de dizaines de gens qui avaient tous fait au moins cinq films ! J'ai joué franc-jeu en leur disant : "Je sais où je veux aller, mais chaque fois que vous aurez une meilleure idée, dites-le moi." Cette attitude m'a valu un soutien sans faille tout au long du tournage. En dehors de cela, mon principal atout était de posséder cette histoire dans les moindres détails."
Pour
John Cusack,
Grace Is Gone représentait aussi une "première" : "Je n'avais jamais fait un film centré sur un aussi petit nombre de personnages. J'ai fréquemment joué des types isolés, coupés du monde, mais jamais à un tel degré. Stanley est totalement seul face à sa douleur, de la première à la dernière scène. Je n'avais jamais connu une telle tension."
"Par son intimisme et sa retenue,
Grace Is Gone est l'exact opposé de ces grosses productions hollywoodiennes où l'apport du comédien est éclipsé par la résolution d'une myriade de problèmes censément plus importants et plus urgents. Ici, au contraire, tout repose sur l'écriture et le jeu : mon interprétation, celle des filles, celle d'
Alessandro Nivola dans le rôle du frère. "Jim et moi étions sur la même longueur d'onde. J'ai répondu à toutes ses demandes en essayant de créer avec lui un "espace sacré" où nous pourrions aborder les personnages avec tout le respect qui était dû et imaginer leurs vies sans céder au romantisme ou à l'idéalisme. Cela a été une expérience merveilleuse, intense et très intime."
"Je me suis appuyé sur John, et vice versa", déclare Strouse. "Il m'a énormément apporté dans notre dialogue sur Stanley, ses origines, son passé de sportif. Mon frère, brillant athlète universitaire dans les années 80, à l'époque où l'Université de l'Indiana hébergeait des stars comme Bobby Knight, m'a également aidé sur ce plan. "Au lycée, au collège, je pensais que toutes mes aspirations, tous mes désirs seraient satisfaits", m'a-t-il dit. "À cet âge-là, on vous vénère, on vous récompense pour chaque succès. Mais le jour où vous quittez la fac, c'est comme si l'on vous poussait brutalement dans le vide. Comment passe-t-on du jour au lendemain du statut d'idole à celui de chef de rayon ? Comment accepter une telle dégringolade ?"

"Jim et moi avons essayé de trouver ensemble l'approche la plus exacte de chaque scène", explique Cusack. "Cela a demandé un effort conséquent, mais c'était notre mission. Dont une bonne partie consistait à donner aux filles l'opportunité de prendre chaque jour des risques." Et Strouse de compléter : "Ma règle a été de ne jamais leur dire : "C'est bon" ou" C'est mauvais", mais toujours de les encourager à expérimenter librement, en créant avec John une ambiance qui leur permettrait d'explorer leur personnage en toute sécurité."
Strouseet Cusacktravaillèrent aussi en étroite collaboration avec le directeur photo Jean-Louis Bompointau "schéma visuel" du film. "La caméra fait pendant une majeure partie du film fonction d'"observatrice respectueuse", indique le réalisateur. "J'ai voulu communiquer au départ du film une sensation d'immobilité, qui reflète les blocages de Stanley. Cet homme renfermé, introverti, aime ses filles, mais a du mal à dialoguer avec elles. Cela se traduit à l'image par une abondance de plans fixes et une certaine distance physique entre le père et les deux gamines. Au fil de l'histoire, Stanley commence à se libérer, à se montrer plus chaleureux, et la caméra devient plus mobile jusqu'à danser littéralement autour des trois personnages dans la séquence des Jardins Enchantés."
"À ce stade, les filles et mois nous connaissions vraiment bien et avions vécu ensemble les mêmes épreuves", poursuit Cusack. "Shélan et Gracie sont des comédiennes très réceptives, qui ont donné le meilleur d'elles-mêmes, jour après jour, pour que ce film remplisse toutes ses promesses."