Le scénario de Gran Torino se situait originellement à Minneapolis, mais Eastwood jugea que Detroit, capitale de l’automobile, était un choix plus conforme au passé ouvrier de Walt. La production utilisa, entre autres sites, les quartiers de Royal Oak, Warren et Grosse Point, et l’ancien secteur résidentiel de Highland Park, qui représente à l’écran le quartier de Walt.
Clint Eastwood : «Ce coin a beaucoup changé. On y trouvait jadis des familles entières liées à l’industrie automobile. Ce secteur fonctionne désormais au ralenti, mais les nouveaux occupants se sentent à l’aise dans ce quartier, aujourd’hui bien fréquenté après avoir connu des heures noires.»
Robert Lorenz : «Nous avons travaillé plusieurs semaines dans Highland Park, d’abord pour y construire le décor, puis pour y tourner, en essayant de déranger le moins possible. Tous les riverains que nous avons rencontrés nous ont réservé un accueil chaleureux.» La simplicité toute classique des mises en scène d’Eastwood est favorisée par la relation de confiance et de respect mutuel que celui-ci entretient avec son équipe.
Bien qu’il n’élève jamais la voix et ne lance même pas le traditionnel «Action !», Eastwood «tient» fermement son plateau, tout en encourageant les initiatives personnelles. «Il est aussi très à l’aise dans sa peau en tant qu’ac- teur», témoigne son fidèle directeur photo
Tom Stern. «Avant le début du tournage, il m’a dit : ‘Je fais mon âge, c’est ainsi que je veux être à l’écran’.» L’équipe, très efficiente, dont Eastwood s’entoure comprend aussi des collaborateurs de longue date comme la chef costumière
Deborah Hopper, le chef monteur
Joel Cox et le chef décorateur
James J. Murakami, qui travailla antérieurement avec le légendaire Henry Bumstead sur plusieurs films d’Eastwood.
Clint Eastwood : «Je connais leur travail, ils connaissent le miens. Nous ne perdons donc pas notre temps en palabres. Je ne suis pas de ces gens qui cherchent à faire des plans «magiques». La magie du cinéma, pour autant qu’elle existe, doit s’exprimer de façon subtile. La plupart du temps, le but est de faire du bon boulot, de s’impliquer tous ensemble et de s’amuser. Le jour où cela commencera à m’ennuyer, j’arrêterai.» Gran Torino marque la septième collaboration de
Clint Eastwood avec le producteur
Robert Lorenz.
Bill Gerber : «Clint ne pourrait souhaiter meilleur associé. Quand nous sommes allés tous les trois en repérages, Rob avait déjà présélectionné les bons décors et fait le travail en ayant pleinement capté les intentions de Clint. Clint et lui ont les meilleures relations du monde, et la machine Malpaso, parfaitement huilée, fonctionne de façon optimale.» Les régisseurs d’extérieurs et le chef décorateur réussirent à trouver deux maisons voisines pour représenter les pavillons de Walt et Thao.
Robert Lorenz : «La maison de Walt devait avoir une apparence très soignée, montrant que son propriétaire la fi gnole depuis des décennies. Pour la différencier encore un peu plus, nous avons artificiellement vieilli et terni les façades des autres pavillons de la rue. Jim (Mura- kami) avait une idée si précise du travail à accomplir qu’il s’est tout de suite mis à l’ouvrage avec son décorateur de plateau,
Gary Fettis. Clint a été enchanté du résultat, et n’a demandé aucun changement.»
Murakami s’était documenté et avait visité divers foyers Hmong avant de décorer l’intérieur de la famille de Thao. «La conseillère technique fut très impressionnée : à un ou deux petits détails près, tout était approprié», indique Lorenz. «La chef costumière
Deborah Hopper se documenta également sur Internet et consulta de nombreux vendeurs pour garantir l’authenticité des costumes Hmong : «Nous avons visité certaines des boutiques d’habillement où les femmes Hmong se fournissent. J’ai appris à cette occasion que les mères enseignaient à leurs filles l’art du costume traditionnel. De fait,
Ahney Her porte dans le film ses propres tenues, faites à la main.» La fête familiale et la cérémonie du «Soul Calling» sont pour Sue et Thao l’occasion d’arborer leurs plus beaux habits cérémoniels en l’honneur de Walt : «Ce sont des tenues très colorées, ornées de quantité de pièces d’argent qui témoignent de la prospérité d’une famille», dit Hopper. «Les femmes portent des turbans, les hommes des gilets croisés. J’ai trouvé ce spectacle magique. Je n’avais jamais rien vu de tel.» Les rapprochements entre cultures de Gran Torino se reflètent aussi dans sa musique, un élément auquel Eastwood a toujours attaché une grande importance : «Parfois, j’écris moi-même les musiques qui résonnent dans ma tête au fi l du tournage», explique le réalisateur, et «parfois je les confie à d’autres. Je ne m’impose aucune règle à ce sujet. Seul compte l’adéquation de la musique au film, et l’enrichissement qui en dé- coule. Cette phase me plaît particulièrement parce qu’on n’est plus entouré de 60 personnes et qu’on peut travailler à deux ou trois dans une pièce devant un ordinateur Avid.»

La chanson titre, interprétée par les chanteurs/ guitaristes de jazz bri- tanniques Jamie Cullum et Don Runner, est l’œuvre d’Eastwood, Cullum,
Kyle Eastwood (fils du réalisateur) et son asso- cié,
Michael Stevens. «Ils ont écrit ensemble cette chanson qui a inspiré à Kyle et Michaella. Ce score fut ensuite orchestré et dirigé par
Lennie Niehaus, qui collabore avec
Clint Eastwood depuis
La Corde Raide.
La bande originale inclut des raps Hmong et latinos, dont un titre du groupe Rare auquel appartient l’acteur
Elvis Thao. «Certains des jeunes gars qui auditionnèrent pour nous étaient des rap- peurs», explique Lorenz. «Engagés ou non comme acteurs, tous nous ont soumis leurs compositions. Elles étaient tellement appropriées que nous en avons utilisé un grand nombre au long du film.» Gran Torino bénéficia largement du soutien de la communauté Hmong, dont les conseillers contribuèrent à l’authenticité des dialogues, coutumes et décors. Eastwood intégra en outre à l’équipe de nombreux artisans et assistants Hmong. «Ils avaient le désir de collaborer au film et ont été très généreux avec nous», explique le réalisateur. «J’ai eu un vrai plaisir à travailler avec eux et j’espère que le peuple Hmong sera satisfait de la façon dont j’ai raconté une partie de son histoire à travers le regard de Walt.» Walt Kowalski rejoint ainsi l’étonnante galerie de personnages auxquels le nom d’Eastwood restera attaché. «Clint veille à progresser d’un film à l’autre en évitant de se répéter», conclut
Robert Lorenz.
«Le script de Gran Torino lui en a donné une fois encore l’occasion. Il lui convenait tant par rapport à son âge que par rapport à son image, et parce qu’il puisait dans son héritage cinématographique, notamment dans la mythologie Dirty Harry. Ce film a entraîné Clint sur un terrain un peu plus sombre et dérangeant, tout en lui ouvrant une nouvelle voie, à travers la rédemption de son personnage.»