Notes de Prod. : Greenberg

Greenberg : Notes de production

Noah Baumbach et Jennifer Jason Leigh avaient déjà collaboré avec le producteur oscarisé Scott Rudin pour Margot Va Au Mariage. Alors que le tournage se terminait à peine, le réalisateur, la comédienne et le producteur envisageaient déjà de se retrouver sur un nouveau projet. Baumbach et Leigh souhaitaient mêler une fois encore émotion et humour mordant, comme dans Kicking And Screaming et Les Berkman Se Séparent. Ils voulaient également tourner à Los Angeles : dix ans plus tôt, Leigh y avait coréalisé The Anniversary Party.

Mais avec Greenberg, la ville allait davantage occuper le devant de la scène. Le film a été tourné en sept semaines – ce qui correspond d’ailleurs à la durée du séjour de Roger Greenberg à Los Angeles. «Los Angeles joue un tel rôle dans Greenberg qu’on peut vraiment dire qu’il s’agit d’un personnage à part entière, signale le régisseur général Stephenson Crossley. Je n’ai pas eu besoin de montrer à Noah beaucoup de photos. Pour l’essentiel, il savait où il voulait tourner et la plupart des décors naturels se trouvaient déjà dans le scénario.»

«On n’avait jamais vu au cinéma la plupart des lieux où nous avons tourné et, en tous les cas, ils n’étaient pas immédiatement reconnaissables, poursuit-il. Mais comme on n’était pas une production à gros budget, et qu’il n’y avait ni coup de feu, ni effets spéciaux dans le film, on a été bien accueillis par les riverains.» C’est ainsi que le célèbre restaurant Musso & Frank Grill, sur Hollywood Boulevard, qui est devenu une institution depuis son ouverture en 1919, était censé, dès le scénario, servir de cadre à une fête d’anniversaire. Si d’autres tournages s’y sont déroulés, «nous avons convaincu l’établissement de fermer un mardi pour la première fois de son histoire, note Crossley. On a expliqué au propriétaire que c’était fondamental pour nous de tourner dans son restaurant, et que cela nous permettrait de donner de la consistance aux personnages. Noah avait vraiment la volonté de filmer des lieux et des personnages réels.» Du coup, les serveurs de Musso & Frank Grill – dont un travaille là depuis un demi-siècle ! – apparaissent dans la séquence, tout comme la clientèle d’habitués y servent de figurants.

Par souci de vraisemblance, le scénario mentionne précisément d’autres sites de Los Angeles. Citons notamment le restaurant Lucy’s El Adobe, en face de la Paramount, les sentiers de randonnée du Runyon Canyon, qui couvrent une soixantaine d’hectares dans les montagnes de Santa Monica et constituent un lieu de rêve pour y promener son chien, le quartier de Fairfax – où des Juifs orthodoxes se rendent à la synagogue le vendredi et le samedi – qui jouxte les restaurants et les boutiques de Melrose Avenue, fréquentés par une clientèle branchée, ou encore le Highland Gardens Hotel. La plus grande partie du film a été tournée à Hollywood et West Hollywood – autrement dit, dans des quartiers accessibles à pied pour Greenberg, qui ne sait pas conduire. Déjà chef-opérateur sur Margot Va Au Mariage, Harris Savides a filmé la ville avec des objectifs grand angle. Ce parti-pris a donné au film un côté documentaire. La dernière partie du tournage s’est déroulée dans une maison de Hollywood Hills datant des années 1920 – et dans le voisinage. Wheeler et son équipe ont adapté la maison pour qu’elle évoque à la fois le mode de vie bourgeois des Greenberg et le style plus bohème de Roger.
Recommandée à Wheeler par l’un de ses collègues, la décoratrice de plateau Elizabeth Keenan s’est immédiatement attelée à la tâche : «La préparation de la maison nous a occupés 24 heures sur 24 pendant un mois environ, qu’il s’agisse des essais couleurs pour la peinture des murs au travail sur les espaces blancs, dit-elle. Mais il régnait un très bon état d’esprit sur le plateau.»

«Je voulais que le spectateur ressente le malaise de Greenberg lorsqu’il se trouve chez Musso & Frank ou au barbecue (tourné dans le quartier de Los Feliz), et surtout quand il se rend à la fête où les jeunes jouent sur la mode des années 80 dans leurs choix vestimentaires, ce qui rend la situation encore plus surréaliste pour lui ! Si ce genre de choses est imperceptible, alors j’ai bien fait mon boulot parce qu’à mon avis, c’est à Noah et à Harris de guider le regard du spectateur.» Le réalisateur et ses partenaires ont confié le rôle principal à Ben Stiller : «J’avais adoré Les Bekman Se Séparent, du réalisme des situations à l’atmosphère et à l’émotion, dit-il J’avais aussi aimé Margot Va Au Mariage et Kicking And Screaming. Noah a toujours su faire preuve d’un humour subtil.»

«Du coup, j’ai été enchanté de lire le scénario, puis d’en parler avec lui, poursuit-il. Sur le plateau, je savais qu’il s’agissait d’un metteur en scène qui a un vrai regard singulier et qui sait exactement ce qu’il veut, ce qui ne l’empêche pas de se nourrir de ce qui se passe autour de lui.» Ben Stiller signale : «Avec Greta, on n’a pas l’impression de jouer, mais d’être dans la vraie vie. Elle trouve toujours le ton juste et son jeu n’est jamais artificiel. C’est une belle âme et cela se sent dans son travail. Elle se donne à fond et s’investit pleinement dans son personnage.»
D’origine galloise, Rhys Ifans campe Ivan, le meilleur ami – ou presque – de Greenberg. «On a tous connu un Greenberg qu’on a essayé d’éviter dans sa vie, reconnaît-il. Ivan n’a plus les mêmes priorités et les mêmes envies que Greenberg, mais il n’a pas oublié qu’ils ont été proches autrefois. Le scénario était tellement bien écrit qu’on sent tout de suite le genre de passé qu’a eu mon personnage. Dans la plupart de ses scènes, Ivan ne dit pas ce qu’il pense.» «Mon personnage est censé être anglais, ce qui m’arrangeait, mais qui donnait aussi à Ivan une singularité qui sert le film, poursuit-il. Je connais pas mal de gens comme lui à Los Angeles et curieusement, ils sont tous anglais. Pour moi, les personnages du film sont assez seuls, et Greenberg en particulier. Mais Ivan semble être un peu mieux armé pour affronter cette situation que Greenberg
«J’ai le même âge qu’Ivan, et le film soulève des questions propres aux quadragénaires, comme celle de savoir si on a atteint les objectifs qu’on s’était fixés, dit-il encore. C’est une comédie très drôle qui parle de sujets graves.» «Le scénario de Noah est très précis, mais il ne porte pas de jugement de valeur sur les personnages. Ses dialogues sont très subtils et reflètent la manière dont les gens parlent, et la sincérité du texte vous oblige à vous confronter à la réalité des scènes. On a exploré plusieurs directions, et on a tourné beaucoup de prises, tout en restant fidèles au scénario.» Stiller indique : «On était censés, Rhys et moi, incarner des amis de vingt ans, mais on ne s’est rencontrés qu’à la veille du tournage. Par bonheur, Rhys est un type des plus accessibles. On a tout de suite trouvé le ton qui convenait à deux vieux copains qui ne se sont pas revus depuis longtemps.»

«Le ton du film est tour à tour mélancolique, drôle, douxamer et dynamique, conclut Greta Gerwig. Je pense que les gens s’y reconnaîtront, et j’espère que les fans de Noah apprécieront ce nouveau chapitre de son œuvre.» Bien qu’il soit réputé pour ses improvisations, Stiller reconnaît que «le scénario était très écrit et fournissait beaucoup d’informations sur chaque personnage. On a beaucoup répété et il fallait respecter ce qui était dans le scénario. En conséquence, je n’ai presque jamais improvisé sur le plateau, et je dois dire que c’était vraiment reposant de ne pas avoir à constamment proposer de nouvelles idées pour améliorer le matériau de départ. En revanche, je me suis efforcé de bien comprendre le rythme et le phrasé des dialogues.» «Dans ce film, on assiste à la construction progressive d’une relation entre deux personnes qui – comme tout le monde – ont des problèmes à régler, note-t-il encore. Greenberg et Florence arrivent à dépasser leurs propres préjugés. Je n’avais encore jamais tourné un film qui me rappelle autant le travail de Hal Ashby et de Robert Altman dans les années 70 et qui évoquent si bien des moments d’intimité qu’on ne voit plus aujourd’hui au cinéma.» «Noah ne se repasse pas les rushes sur son combo, explique Ben Stiller.
Il tourne plusieurs prises pour chaque scène, et n’hésite pas à rectifier le tir à chaque fois pour atteindre la réalité des personnages. Il nous donne des consignes du genre : "Il faut que tu quittes cette pièce plus rapidement" ou "On doit sentir que tu es vraiment déçu par ce type."» «Noah et Harris Savides faisaient la mise en place, puis tournaient la scène avec deux caméras à la fois, indiquet-il. À les voir, on pourrait croire que c’est facile, mais ils prennent pas mal de risques tous les deux.» Stiller renchérit : «Noah écrit comme les gens parlent, et il saisit très bien aussi la manière dont on ne s’écoute pas quand on discute.

En tournant le film, je me suis rendu compte que c’est quelque chose que j’ai beaucoup fait : quelqu’un peut être en train de me raconter une anecdote et, au lieu de l’écouter, je pense déjà à ce que je vais lui répondre…» Ben Stiller a donné la réplique à Greta Gerwig qui trouve ici son plus grand rôle à ce jour. «Je n’arrivais pas à croire que j’allais tourner un film produit par Scott Rudin, dit-elle, consciente qu’il s’agit d’un tournant dans sa carrière. J’ai passé une audition dans l’appartement de Noah et Jennifer et je leur ai chanté une petite chanson puisque Florence est chanteuse. Et je me suis dit que même si je ne décrochais pas le rôle, j’étais déjà heureuse d’avoir pu les rencontrer.» «Quand j’ai lu le scénario, j’ai tout de suite compris qui était Florence, relève-t-elle. Je n’avais jamais lu un script qui saisisse si bien les états d’âme d’une jeune fille de 25 ans qui comprend qu’elle est devenue adulte… Je voulais vraiment jouer dans ce film parce que j’adore les thèmes qu’il soulève.»
Pour la comédienne, Florence est une jeune femme «courageuse doublée d’une incorrigible optimiste, même si les apparences pourraient lui donner tort. Elle ne se laisse jamais abattre et refuse de se complaire dans la déprime, et je l’admire beaucoup pour ça. D’autre part, elle est très franche, ce qui la rend très drôle car elle ne se censure pas lorsque, par exemple, elle souhaite dire qu’elle est mal à l’aise dans telle ou telle situation.»

La jeune actrice s’est sentie soutenue par ses partenaires. «L’ambiance sur le plateau était très familiale et, du coup, n’était pas si éloignée des tout petits films que j’ai tournés, remarque-t-elle. On ne ressentait pas de hiérarchie. Malgré tout, Rhys Ifans était halluciné par la quantité de nourriture qu’on nous servait tous les jours. Il prenait des photos qu’il envoyait à ses amis à Londres.» «On a répété pendant quinze jours. D’entrée de jeu, Noah, Ben et Jennifer m’ont mise à l’aise, en faisant en sorte que je me sente rassurée, même dans les scènes les plus difficiles entre Ben et moi. Ben, qui s’est investi à fond dans son rôle, était aussi concentré lorsque la caméra nous cadrait tous les deux que lorsqu’il était hors champ.»

Sur le tournage de Greenberg

Le 11 Février 2009 - Greta Gerwig donnera la réplique à Ben Stiller

L'actrice Greta Gerwig jouera aux côtés de Ben Stiller dans Greenberg, une comédie dramatique de Noah Baumbach, rapportent The Hollywood Reporter et Relax News.
Le réalisateur de Les Berkman Se Séparent, film pour lequel il avait obtenu une nomination aux Oscars, est à l'origne du scénario. Le film sera produit par Scott Rudin et devrait entrer en tournage au mois de mars, à Los Angeles.

Entretien avec Noah Baumbach et Jennifer Jason Leigh

Noah, vos précédents films se passaient sur la côte Est. Quand vous avez imaginé le personnage de Greenberg, l’avez-vous immédiatement associé à Los Angeles ? Ou bien avez-vous d’abord travaillé le personnage, avant d’envisager la ville dont il est originaire et où il revient ?
Noah Baumbach - J’avais écrit plusieurs versions du personnage de Greenberg dans des scénarios inaboutis ou dans des projets divers. J’ai même une ébauche de pièce de théâtre dont le personnage est assez proche de Greenberg. Ce que je voulais faire en écrivant le scénario, c’était m’inscrire dans la lignée des romanciers américains que j’adore, comme Philip Roth, Saul Bellow et John Updike, qui parlent d’hommes qui traversent une crise existentielle.