Quand, il y a déjà plusieurs années,
Robert Rodriguez griffonna quelques notes qui allaient donner naissance au scénario de
Planete Terreur, il se disait qu'il ressuscitait un genre délaissé.
“Personne n'avait réalisé de film de zombie depuis très longtemps,” explique le réalisateur.
Fan de cinéma d'horreur, ce metteur en scène visionnaire souhaitait écrire un scénario qui se distingue des films du genre et qui prenne le spectateur par surprise. Bien plus,il voulait réaliser un film de zombie au rythme trépidant et qui repose sur la psychologie des personnages. Il continua à développer ses idées, mais il fut freiné par son manque d'inspiration,avant d'être appelé sur d'autres projets.
Greg Nicotero, ami et collaborateur de longue date de Rodriguez,livre son point de vue sur la longue gestation du projet :
“Je me souviens qu'à l'époque de Spy Kids, et déjà à celle de The Faculty, Robert souhaitait tourner un film de zombie. Sans avoir une idée très précise du scénario, il envisageait un couple de médecins travaillant à l'hôpital et,d'autre part,une fille sur une route où, à chaque fois qu'une voiture passait,les zombies l'encerclaient de plus en plus près.” Rodriguez remit à Nicotero les trente premières pages du scénario qui comportait déjà quelques scènes d'action musclées.
“Après l'avoir lu,je lui ai demandé s'il savait comment l'histoire se poursuivait.” “Il m'a répondu,‘Je n'en ai aucune idée’.”
“Je n'ai jamais pu aller plus loin que ces trente pages," avoue Rodriguez,
“et c'est alors,comme un fait exprès,que les films de zombie ont commencé à envahir les écrans.”
La sortie de
21 Days Later,
L'Armée Des Morts,
Land Of The Dead et
Shaun Of The Dead ranime l'intérêt des spectateurs pour ces monstres avides de chair humaine, en offrant un point de vue inédit sur la condition des morts-vivants. Loin de décourager Rodriguez,ces films le poussent à écrire un scénario plus inventif encore. Avec la trilogie
Spy Kids et
Sin City, le réalisateur a prouvé qu'il savait créer un univers fantastique défiant les attentes du public. Quand il s'attelle de nouveau à
Planète Terreur, Rodriguez souhaite donner à son scénario
“un ton différents des autres films. Cela tient beaucoup aux personnages.”
Parmi les habitants de la petite ville du Texas où il situe l'action,figurent notamment un patron de resto obsédé par le barbecue,un shérif aussi stoïque que louche,une go-go danseuse avec une mitraillette en guise de jambe de bois qui prend la tête d'un groupe de résistants,une femme médecin au poignet désarticulé fuyant son mari violent tout en brandissant une seringue,un mystérieux héros chevauchant une minuscule moto et deux jumeaux psychotiques qui font du baby-sitting. Dans
Planète Terreur, la vraisemblance n'a plus cours. Comme dans
Sin City, les intrigues s'entrecroisent et atteignent une dimension absurde quasi fantastique. Si Rodriguez tient à raconter une histoire inédite,
Planète Terreur s'inspire malgré tout de chefs d'œuvre du septième art. Les dialogues entre Wray et Cherry font écho au film noir, tandis que le climat de paranoïa et les références à l'espionnage renvoient à des films comme
L'Invasion Des Profanateurs De Sepulture,
En Quatrieme Vitesse et d'autres œuvres-clés de l'époque maccarthyste. Nicotero reçoit le scénario sans savoir que Rodriguez est reparti de son ancien projet :
“J'ai reçu ce scénario, je me suis mis à le lire,et je me suis dit,‘tiens,il y a un médecin et sa femme,’ et puis je suis arrivé à la scène où Tammy est sur la route et je me suis dit ‘j'ai déjà lu ça quelque part.’” “On pourrait penser que dans un film de zombie, les personnages passent leur temps à fuir les morts- vivants,” plaisante
Michael Biehn qui campe Hague.
“Mais les personnages sont très bien écrits, et leurs relations particulièrement fortes. Je crois que c'est la clé de la réussite de ce film.”
Rose Mcgowan, qui interprète Cherry, a été frappée par l'humour et les dialogues du scénario. Elle se dit également fascinée par l'idée du personnage à la mitraillette en guise de jambe de bois (cette image est déjà devenue culte auprès des fans de Rodriguez qui l'ont découverte sur une affiche dévoilée au Comic-Con en juin 2006).
“Je lui ai demandé,‘comment as-tu eu une idée pareille ?’ et il m'a répondu ‘eh bien, j'étais coincé dans les embouteillages...’ et c'est tout ! Je me retrouve moi aussi coincée dans les bouchons et je ne pense pas à des jambes de bois/mitraillettes !”
Pour réunir les comédiens du film, Rodriguez s'est à la fois tourné vers sa famille, ses amis et collaborateurs les plus fidèles tout en faisant appel à certains interprètes de ses films et émissions de télé préférés. C'est ainsi que
Marley Shelton,
Bruce Willis et
Quentin Tarantino ont déjà collaboré avec lui. D'autres visages, connus des amateurs du genre, ont rejoint le casting :
Naveen Andrews de la série
Lost,
Rose Mcgowan de
Charmed,
Michael Biehn, à l'affiche d'
Aliens,
Abyss et
Terminator, et
Jeff Fahey, interprète du
Cobaye et de
Body Parts.
Tom Savini, qui a donné ses lettres de noblesse au maquillage du cinéma d'horreur, campe le shérif adjoint Tolo.
Rebel Rodriguez, fils du cinéaste, incarne Tony, et Elise et
Electra Avellan, nièces du réalisateur, font leurs débuts dans le rôle des Babysitter Twins.
Après ses rôles mémorables dans
Scream et
The Doom Generation, et son interprétation de Paige dans la série
Charmed, elle s'engage dans un périple émotionnel étourdissant dans
Planète Terreur:
“C'est une nomade, en un sens, et elle n'a pas vraiment eu de chance dans la vie. Elle ne va pas bien,et se sent franchement déprimée.” Au désarroi de Cherry s'ajoute une terrible dispute avec Wray, son ex, qu'interprète
Freddy Rodriguez. Mais ce n'est pas la fin de son cauchemar : elle se fait arracher sa jambe – qui lui était fort précieuse jusque-là – au cours d'une attaque sur le bord de la route. C'est alors que tout commence.
“Planète Terreur nous entraîne dans une folle embardée", précise la comédienne.
“Je ne sais pas vraiment comment décrire ce film. Cherry est d'abord une fille ordinaire, qui ne va pas fort,et tout d'un coup elle se retrouve à devoir sauver la planète.”
Pendant l'essentiel du tournage, l'actrice a fait des allers-retours entre Austin et Los Angeles, où elle tournait la dernière saison de
Charmed. Une fois la série en boîte, elle a pu se consacrer entièrement aux mésaventures de Cherry. Aux côtés de McGowan,
Freddy Rodriguez est un comédien très recherché depuis sa prestation, citée à l'Emmy, dans la saison Six Feet Under. Avec
Planète Terreur, il fait ses débuts dans un film de science-fiction ou d'action. Il incarne Wray, un personnage de solitaire endurci dont l'identité reste auréolée de mystère.
“Wray est un personnage énigmatique,” déclare l'acteur.
“Le film se déroule au Texas. Si on s'en tient à son style et à sa manière de s'exprimer et de se comporter,Wray n'est clairement pas de la région. On ne sait pas vraiment qui il est,ni d'où il vient. C'est un solitaire. Progressivement, on découvre d'autres facettes du personnage et on apprend à mieux le connaître.”
McGowan était ravie de faire équipe avec lui :
“Freddy a formidablement compris son personnage. Il est extrêmement concentré,” dit-elle.
“Il en fait un personnage ‘cool’,à la démarche fière.”
Marley Shelton, qui donne la réplique à Josh Hartnett dans
Sin City, incarne le docteur Dakota Block :
“J'interprète une anesthésiste qui s'entend très mal avec son mari,” explique-t-elle.
“Son mariage bat de l'aile, c'est un mariage qui repose sur l'équilibre de la terreur. Lorsque le film démarre,mon personnage est sur le point de quitter son mari.” Comme Cherry, Dakota est prête à aller loin pour reprendre sa vie en main. Elle doit également relever plusieurs défis d'ordre physique :
“Ce qui est vraiment incroyable, c'est que pendant la première moitié du film, je n'ai pas le contrôle de mes mains. Ce qui est drôle, c'est que je peux tout de même bouger mes poignets de manière étrange. Je me suis beaucoup amusée à jouer sur la frustration du personnage. C'est un médecin qui devient maladroite. Elle, qui a toujours été efficace et témoigné d'une grande maîtrise,est soudain déchaînée. Elle ne parvient plus ni à se protéger, ni à protéger son fils, et elle ne peut plus prendre la fuite.” (Elle ne peut non seulement plus prendre la fuite, mais elle n'arrive même plus à mettre une clé dans une serrure. Elle se casse une dent dès les premières minutes du film. La comédienne a dû s'habituer à ce que les techniciens aient le regard braqué sur sa dent noircie pendant les discussions sur le plateau.) Shelton a également donné à son personnage l'humanité qu'il méritait :
“Plus il lui arrive des choses abominables, plus elle devient déchaînée, et plus elle tente de se reconstruire et de rétablir des liens avec son père et son fils.” Shelton adore la dimension démoniaque de son personnage :
“Elle a des aiguilles hypodermiques accrochées à son porte-jarretelles. Dès qu'elle retrouve le contrôle de ses mains, elle arrive à se protéger du violeur qu'incarne Quentin Tarantino,” poursuit-elle.
“Il ne lui arrive que des choses épouvantables, elle doit prendre la fuite, mais elle tient enfin sa revanche lorsqu'elle tire avec son revolver- aiguille, puis qu'elle le fait tournoyer comme dans les vieux westerns,à la manière de son père Quick Draw Earl McGraw.”
Les fans de Tarantino et de Rodriguez se souviennent d'Earl McGraw, interprété par
Michael Parks,qui était à l'affiche d'
Une Nuit En Enfer et
Kill Bill et fait une apparition dans
Boulevard De La Mort. Dakota Block fait désormais partie de la mythologie Rodriguez-Tarantino, et la comédienne a pris son rôle très au sérieux. “La scène de la seringue prouve qu'Earl a bien éduqué sa fille. Elle a du cran. Elle sait faire tournoyer un revolver,et elle a sans doute appris à le faire quand elle avait six ans. J'ai eu très peur de ce maniement du revolver. Il m'a fallu des mois pour apprendre à le faire,et bien entendu, Robert me montre beaucoup plus à l'aise que je ne le suis vraiment.”
Josh Brolin joue le docteur William Block, l'époux suspect de Dakota. Il a plusieurs scènes avec Shelton qui l'a trouvé incroyablement séduisant : “Nos personnages se détestent :ils se battent et tentent de s'entretuer. Mais Josh est le plus généreux des hommes. Il est drôle et charismatique. Entre les prises, nous nous amusions comme des fous." La comédienne a également apprécié la capacité du comédien à s'approprier son rôle et à le rendre aussi “crédible”que possible : “Il a pris une douzaine de kilos pour son personnage. Il joue un Texan à la mine sombre qui trimballe une bedaine, un type déjanté et amer, mais aussi un vrai macho. Il a un talent fou, et il a réussi à rendre son personnage à la fois drôle et inquiétant.” Brolin connaît Rodriguez depuis longtemps, et le rôle de Block a été écrit tout spécialement pour lui. Il ne connaissait pas bien le projet, ce qui explique qu'il a été ravi en découvrant le scénario : “Il faudrait vraiment faire le difficile pour ne pas participer à une aventure aussi drôle et captivante,”déclare-t-il.
Le personnage était d'abord secondaire,puis a pris de l'épaisseur au cours d'une rencontre entre Rodriguez et Brolin. “Il portait la barbe,et je me suis inspiré de lui pour le personnage,”explique Rodriguez. “On ne sait pas qu'il est le ‘méchant’ jusqu'à ce qu'il montre les dents. On s'identifie à lui avant qu'on ne comprenne qu'il est fou. C'est avant qu'il ne devienne zombie. Mais il était fou et dangereux avant même d'être contaminé. Il allait forcément être plus dangereux que les autres puisqu'il était déjà fou et jaloux à l'origine,et qu'il s'en prenait à sa femme qui le trompait.”
Michael Biehn interprète le shérif Hague qui doit se rallier à Wray pour combattre les zombies. Avec près de trente ans de carrière à son actif,Biehn a combattu plusieurs forces du mal dans des films comme
Terminator,
Aliens ou
Abyss. S'il a aimé jouer le courageux et stoïque Hague,il a surtout apprécié la présence de son fils de 14 ans sur le plateau :"Quand il venait me rendre visite,il voulait systématiquement voir les zombies et les explosions. Il me demandait : ‘papa, est- ce qu'on va tirer sur les zombies ce soir ? Est-ce qu'on va en tuer ? Qui va se faire asperger de sang ?’” Comme avec Brolin, le personnage de Hague a été conçu spécialement pour Biehn. “Son personnage n'était pas vraiment abouti,” précise le réalisateur, “et quand je l'ai rencontré et que je lui ai offert le rôle, j'ai alors étoffé son personnage en fonction de sa personnalité. Il en va de même avec Quentin et Zoë. Quand on connaît quelqu'un, on peut alors tailler un rôle sur mesure.”
Jeff Fahey interprète JT, frère de Hague, qui “est l'heureux propriétaire du meilleur resto de barbecue du Texas ! Il est là, à tenter de mettre au point la meilleure recette de barbecue, quand l'enfer se déchaîne autour de lui,”déclare Fahey.
“Ce que je trouve formidable chez ce personnage, c'est qu'au beau milieu de ce chaos et de cette folie, il ne pense qu'à une chose : réussir la sauce barbecue !”
Stacy Ferguson, alias “
Fergie” (de son nom d'artiste au sein du groupe Black Eyed Peas), campe Tammy qui connaît une fin funeste lorsque le moteur de sa Volvo se trouve en surchauffe sur la mauvaise route... Elle a joué le rôle,alors même qu'elle était en tournée mondiale et qu'elle enregistrait un album. Elle a d'ailleurs dû adapter son emploi du temps pour être libre au moment du tournage : elle s'est rendue précipitamment à Lulling (Texas) pour les besoins d'une scène avec
Jeff Fahey, après s'être produite sur scène avec les Black Eyed Peas devant une salle comble à Dallas.
Avec
Planete Terreur, l'actrice campe son troisième rôle pour le cinéma, réalisant un étonnant triplé : “J'ai tourné un film d'horreur quand j'étais petite, qui s'appelait
Monster In The Closet. Mon personnage mourait dans ce film. Je meurs égale- ment dans mon deuxième film,
Poseidon,et je meurs encore dans celui-ci. C'est un signe du destin...”
Ferguson a immédiatement séduit
Felix Sabates, aussitôt baptisé “Papa le plus Sympa du Monde”lorsqu'il lui présenta ses filles. “
Fergie est géniale. Mes filles étaient sur le plateau,et elle les a emmenées dans les loges. Elle s'est montrée adorable avec mes filles. Et quand on est sympa avec elles,on fait partie de la famille !,” s'enthousiasme Sabates. Ce dernier correspondait parfaitement à son personnage, bien qu'il ne soit pas comédien professionnel– puisqu'il est ophtalmologue à Kansas City et médecin aux Urgences de Houston. Il supervise également des opérations chirurgicales. Après avoir fait une apparition dans
Spy Kids 2 : Espions En Herbe, il a volontiers accepté de camper son propre personnage. “Je me suis rarement autant amusé qu'en réalisant
Les Aventures De Shark Boy Et Lava Girl et qu'en travaillant avec Rebel,” indique Rodriguez en parlant de son fils qui joue Tony. “Quand j'écrivais le scénario, j'ai eu un petit garçon et je me suis beaucoup inspiré de lui parce que sa coupe au bol me faisait penser au gamin de
Shining. Dans ces films d'horreur-là, les enfants ont toujours cette coupe au bol et le même style.”
Tom Savini, qui a conçu le maquillage des zombies dans
L'Armee Des Morts,incarne le shérif adjoint Tolo. Bien qu'il soit plus connu comme maquilleur de films d'horreur,il s'est révélé un acteur de talent. “Nous avons élaboré le personnage ensemble,”note Rodriguez. “Tolo aurait sans doute dû être shérif,mais il a probablement subi un choc. Il risque de tirer sur la mauvaise personne. Il risque même de vous tirer dessus (rires) s'il panique. Il accomplit parfois des actes héroïques, mais il est différent du personnage qu'il interprétait dans
Une Nuit En Enfer. Les gens vont être surpris par l'étendue de son registre.” Pour Nicotero, ancien protégé de Savini : “C'est un formidable comédien. J'étais sur le plateau la première nuit où il tournait sa scène importante, dans laquelle il perd un doigt. J'étais tellement fier de lui. Nous étions en voiture, de retour du tournage,et il était six heures du matin. Il était à l'avant, et moi à l'arrière, et je lui ai donné une petite tape sur l'épaule.”
Rodriguez a écrit les rôles des Babysitter Twins pour ses nièces, Electra et
Elise Avellan. Il leur avait demandé ce qu'elles faisaient comme petits boulots après l'école (du baby-sitting évidemment !), et leur avait dit en plaisantant que leur expérience lui inspirerait un jour des personnages de film. Par chance, Elise et Electra n'ont rien à voir avec les personnages hyper-agressifs qu'elles incarnent dans
Planete Terreur. “Je parie que tous les parents qui ont fait appel à nos services vont se dire, ‘dis donc,ce ne seraient pas les baby-sitteuses à qui on a fait appel l'an dernier ?’," s'amuse à dire Elise. “C'est ça qu'elles font quand on a le dos tourné ?”,ajoute Electra.
Finalement,
Bruce Willis, qui a joué dans
Sin City et
Une Nuit En Enfer, et a travaillé sous la direction de Tarantino, a accepté de faire une apparition dans
Planete Terreur. Il donne d'ailleurs la réplique à deux comédiennes de
Boulevard De La Mort,
Marley Shelton et
Rose Mcgowan.
Tarantino s'est senti flatté de se voir confier le rôle du violeur : “C'est ce que j'aime tant dans les films de Rodriguez : deux des personnages les plus dangereux ne sont pas contaminés. Il s'agit ici du personnage de
Josh Brolin et du violeur, qui est vraiment le ‘méchant’ du troisième acte du film.”
“Je ne pense pas que Quentin avait l'intention,au départ,de jouer le violeur," reprend McGowan. “ Il est venu à la séance de lecture,et il s'est révélé à la fois si convaincant,si inquiétant et si drôle à la fois,qu'il a décroché le rôle immédiatement.”
“Je pense que pas mal de mes fans ne savent même pas que je suis metteur en scène,” s'amuse Tarantino. “Il ne me connaissent que par mes rôles dans les films de Robert.” Le scénario de Rodriguez a non seulement enthousiasmé les comédiens, mais il a stimulé l'imagination des fidèles collaborateurs de création du réalisateur.
C'est ainsi que les effets de maquillage utilisés dans
Planete Terreur s'écartent de la tendance sombre et nihiliste du cinéma d'horreur contemporain. Du coup, la vision de l'hémoglobine est particulièrement réaliste. Ces effets ont été réalisés par les maquilleurs de la société KNB et par le vétéran, souvent primé, Greg Nicotero. “Robert et moi avons beaucoup de choses en commun,comme notre passion pour
Les Dents De La Mer,les films de John Carpenter et les zombies !”,s'amuse à dire Nicotero. Nicotero et Savini estiment que “zombie” est un terme erroné s'agissant de
Planete Terreur. “Cela ne correspond pas à la réalité puisque les personnages ne sont pas vraiment des zombies. Ils ne meurent pas pour ressusciter ensuite, et ils ne se nourrissent pas tous de chair humaine. Il y en a qui mangent de la cervelle, et leurs victimes sont déchiquetées et vidées de leurs viscères, mais le plus souvent,ils ne meurent pas. Ils sont simplement contaminés et deviennent alors des tueurs écervelés.” "Je ne les appelle pas zombies,” renchérit Savini. “Je les appelle ‘malades’ parce qu'il s'agit de personnes contaminées. ”Nicotero s'est attaché à recréer le monde des zombies avec un soin maniaque. “Robert et moi avons émis plusieurs idées, puis nous avons fait des essais, mais nous avons opté pour un style qui s'éloigne des représentations traditionnelles. Par exemple, ils n'ont pas tous la peau desséchée, le teint pâle, le visage émacié et les dents pourries ! Nous nous sommes appuyés sur plusieurs manuels de médecine recensant différentes maladies de la peau car,dans le scénario,les gens se retrouvent contaminés par un gaz neurotoxique qui leur occasionne d'abord de petites lacérations, puis des grosseurs et une dépigmentation,et cela ne fait que s'empirer.”
Nicotero décrit la métamorphose des malades en zombies : “L'affection s'étend à tout le corps. On commence à avoir des furoncles remplis de pus, des pustules et toutes sortes d'horribles problèmes de peau. C'est la ‘première phase’. On passe ensuite à la ‘deuxième phase’ : des pustules bien plus grosses se mettent à pousser,semblables à des plaies. Puis,dans la ‘troisième phase’, les visages sont difformes, les corps disloqués et les chairs tombent en lambeaux.”
“Greg et son équipe se sont vraiment décarcassés,” déclare Savini, qui connaît Nicotero depuis l'âge de 14 ans. “Cela me rappelle l'époque où nous bossions si dur. ”Savini regrette-t-il cette époque ? Pas vraiment : “Greg s'active tous les soirs à préparer une douzaine de zombies, puis une cinquantaine,avant de s'occuper de l'hémoglobine. J'arrive, je me fais maquiller, je me repose dans ma caravane,et j'attends tranquillement.”
“C'est Nicotero qui a travaillé sur la scène où je meurs dans
Scream, mon deuxième film,” précise McGowan. “Je l'apprécie beaucoup depuis. Il a une vraie présence.” Comédiens et techniciens ont dû prendre l'habitude de déjeuner tout près d'un ou de deux zombies. “Ça passe sans problème quand on est sur le plateau et qu'on tourne. Mais quand on est en train de déjeuner, ils n'ont pas toujours le temps d'enlever leur masque... Je me disais alors,‘pourquoi est-ce que je dois déjeuner à côté d'un zombie ?’,” ajoute
Elise Avellan. “Ils sont là,dégoulinants de sang,et c'est vraiment à hurler de rire. J'adore ça. C'est génial. C'est vraiment réaliste,” dit en riant Electra.
Mais Rodriguez ne s'est pas contenté des seuls effets maquillage. Tout laisserait penser que sa société Troublemaker Digital a eu moins de fil à retordre avec un film tourné en décors réels qu'avec des œuvres reposant entièrement sur l'infographie comme
Mission 3d Spy Kids 3 et
Sin City. Mais l'équipe d'effets visuels a dû relever un nouveau défi : créer une jambe de bois-mitraillette. Troublemaker Digital a donc conçu un appareillage qui était fixé à la jambe de McGowan. Mais cette dernière a également dû faire preuve de patience et d'imagination : “Je porte une botte à haut talon à un pied, et une ‘jambe’ sur fond vert à l'autre. Marcher avec cette ‘jambe’ s'est avéré difficile. Je me tiens d'une certaine façon et mon corps est bizarrement aligné. Il a fallu que je fasse pas mal d'exercices pour arriver à lever la jambe pendant un long moment.”
Autre effet numérique : un dispositif de “vieillissement”mis au point par Rodriguez. Le chef cascadeur Jeff Dashnaw et son équipe ont travaillé en étroite collaboration avec Nicotero pour que les scènes de massacre soient les plus gore possible. “On tue énormément de personnages. Il y a environ huit gars qui travaillent avec moi, et je crois que je les ai tués au moins quinze ou vingt fois chacun,” explique Dashnaw. “Chacun porte un costume de zombie. C'était franchement drôle et les acteurs ont très bien joué le jeu.”
En outre,Dashnaw a encouragé les comédiens à réaliser leurs propres cascades. “Il a trente ans d'expérience et il a travaillé avec tout le monde,” signale
Freddy Rodriguez. “Il a collaboré avec les plus grands acteurs de film d'action,et il connaît parfaitement son métier.”
Freddy Rodriguez, qui a une formation de danseur, était heureux de camper un rôle exigeant qu'il règle lui-même ses cascades. “C'est extrêmement physique,”précise-t-il. “C'est le film le plus physique que j'aie tourné. Je n'avais jamais joué dans un film d'action auparavant, et je me suis donc démené pour avoir l'air convaincant. J'y ai pris un vrai plaisir.” Bien qu'il soit peu expérimenté en la matière, Freddy s'est rapidement adapté aux exigences de son personnage : “Les scènes d'action m'ont rappelé la danse. C'est proche de la chorégraphie : on se lance et on suit le mouvement. J'avais presque l'impression de revenir à l'école.”
McGowan a également effectué la plupart de ses cascades :en témoigne la séquence spectaculaire où Cherry est propulsée en l'air face à une gigantesque explosion. Dashnaw salue le courage de la comédienne : “Je crois bien qu'on l'a envoyée à 90 ou 100 mètres au-dessus d'un mur, puis qu'elle a atterri sur le ventre sur un tapis de 20 cm d'épaisseur. J'ai répété la scène avec sa doublure cascade, Dana Reed, pendant plusieurs jours. Rose a vite saisi le mouvement, on a répété la scène avec elle deux ou trois fois, et tout s'est déroulé à merveille. Elle a fait un boulot remarquable.”
“J'ai adoré me retrouver propulsée en l'air,”avoue la comédienne. “On m'a enduite de gel de la tête aux pieds
pour que je ne m'embrase pas, étant donné que les flammes de l'explosion montaient très haut. Bien entendu, je n'ai pas vu l'explosion se dérouler puisque j'étais devant, mais en revoyant les images,j'ai vu cet énorme nuage de fumée et je me suis dit, ‘Nom de Dieu...’”
Robert Rodriguez s'est bien assuré de graver ces instants inoubliables sur la pellicule : “Quand on utilise des câbles et qu'on a recours à des cascades aussi spectaculaires, c'est vraiment une chance incroyable que ce soient les comédiens qui les effectuent. On voit bien que c'est elle qui les réalise. Elle est d'une grande agilité. Comme elle est danseuse, elle prête au personnage sa propre dextérité physique.
Ce qui lui donne davantage de crédibilité.” C'est à
Nina Proctor, collaboratrice de Rodriguez sur la trilogie
Spy Kids,
Les Aventures De Shark Boy Et Lava Girl et
Sin City, que l'on doit le style visuel audacieux de
Planete Terreur. Si
Sin City était un roman graphique,
Planete Terreur évoque l'univers de la BD : “Cherry finit en super-héroïne,” explique Proctor. “Nous sommes partis de cette idée pour son costume : une jupe en cuir noir et des bottes noires.” A l'inverse, le costume de Wray est marqué par la simplicité : “On voulait faire de Wray un type normal, qui porte un jean,un sweat-shirt et une veste en cuir. Il ne fallait pas révéler sa véritable identité. Il ressemble à n'importe quel quidam. Mais il y a des pans entiers de son passé qui restent obscurs,et qu'on ne voulait pas révéler. On en a donc fait un type d'une
grande simplicité. ”Ce sont ses tatouages qui livrent la clé de ses secrets et que l'on découvre lorsqu'il ôte son costume “normal.” Shelton avait beaucoup apprécié la capacité de Proctor à faire exister un personnage à travers son costume sur
Sin City. “Elle a une vraie connaissance des matières, des tissus, des modèles et des créations en matière de confection. Elle conçoit tout de A à Z, et elle témoigne d'une créativité sans fin," ajoute Shelton. “Elle ne s'arrête que lorsqu'elle a obtenu exactement ce qu'elle veut.” Shelton a pris part à chaque décision artistique avec Proctor. Son costume évolue tout au long de la nuit que retrace le film. “Avec Dakota, nous voulions rendre hommage au style des années 70 qu'évoque le film, tout en faisant d'elle un personnage ancré dans le contemporain. Mon personnage évolue. Au départ, on dirait une de ces blondes hitchcockiennes glacia- les, avec sa tenue stricte, ses cheveux coiffés en chignon et sa blouse blanche aux plis impeccables. Lorsque la situation dégénère au cours de la nuit,des choses épouvantables lui arrivent et son style est beaucoup plus relâché. Nina est très attentive aux détails,et je me suis aussitôt sentie très proche de sa démarche. J'étais si enthousiaste de mettre au point ce personnage avec elle.”
Proctor a dû concevoir un costume, non seulement susceptible de s'adapter aux transformations de Shelton, mais qui reste suffisamment sexy : “Elle saute par la fenêtre d'un hôpital,puis elle rentre chez elle en courant sous une pluie battante, et c'est une loque. Mais au lieu d'avoir l'air d'une loque, elle est de plus en plus sexy.”
Le chef décorateur Steve Joyner a également contribué au style à la fois sombre et haut en couleurs du film. “Je conçois mes propres décors depuis
Spy Kids 2 Espions En Herbe, et j'adore ça parce qu'on commence à construire des éléments du décor et qu'on imagine le style du film tout en écrivant le scénario,” explique Rodriguez. “A ce stade, je ne fais appel à personne, si ce n'est Stevie Joyner. Je l'ai amené dans une prison et c'est là qu'on a trouvé ces portes,et ces barreaux à la peinture écaillée, et cela nous a emballés. J'ai pris des tas de photos de ces différents matériaux, en lui expliquant pourquoi j'aimais tel et tel élément de décor. Il a su concrétiser ce que je voulais à la perfection.”
Les comédiens saluent la capacité du réalisateur à mettre la technologie au service d'un cadre de travail harmonieux. Le tournage en numérique a permis aux comédiens de se sentir plus libres et de ne pas subir les contraintes techniques habituelles liées à la pellicule. “C'est un vrai visionnaire, et c'est un réel bonheur de travailler avec lui,”s'enthousiasme Shelton. “Je suis vraiment gâtée. On n'a pas eu à se soucier de la durée limitée des bobines ou des rayures de la pellicule. C'est vraiment gratifiant parce qu'on peut tourner prise sur prise,jusqu'à ce que la prise soit bonne,sans avoir à se préoccuper des contraintes techniques du 35 mm.” “En fait, il tourne même pendant les répétitions,” signale Biehn. “L'atmosphère est très détendue,on n'a jamais le sentiment qu'il faut absolument être bon dès la première prise parce qu'on va manquer de pellicule. C'est vraiment magique ! C'est la première fois que je me retrouve dans une ambiance aussi détendue, surtout pour une production aussi importante.” En dépit de ce climat serein,le rythme du tournage a avancé à un train d'enfer (sauf lorsque Rodriguez faisait une pause pour jouer de la guitare). Lorsque le réalisateur ne tournait pas, il s'attelait au montage d'une scène sur son ordinateur portable. “Il monte tout en tournant, et puis il place la musique sur la séquence,”note Biehn. “On voit alors le résultat sur le moniteur et cela correspond exactement à ce qu'on verra sur les écrans des cinémas.” “Robert est immergé dans le cinéma,”ajoute Biehn. “Je ne sais pas comment le formuler autrement. C'est formidable de travailler avec quelqu'un d'aussi passionné et d'aussi talentueux. Robert et Quentin sont deux merveilleux cinéastes. Ils sont drôles, intelligents, passionnés, ils sont extrêmement cinéphiles et s'y connaissent en matière de réalisation. En plus, ce sont deux types adorables.”