Un grand rôle pour
Steve Mcqueen magistralement dirigé par
Sam Peckinpah qui donne ici une éblouissante démonstration de son efficacité dans l'action et dans le génie du montage.
L'histoire du film
En 1972, Peckinpah cède les droits du scénario
The Emperor Of North Pole, en dépit des trois ans de travail qu'il lui a coûté et de son espoir de le porter à l'écran. L'intrigue, qui préfigure celle du
Convoi, raconte l'affrontement, en 1933, pendant la Dépression, d'un chef de train sadique et d'un vagabond passé maître dans l'art de voyager clandestinement.
C'est finalement
Robert Aldrich qui réalise le film dans l'année, avec deux acteurs bien connus de Peckinpah :
Ernest Borgnine et
Lee Marvin. Projet abandonné par la Paramount,
Guet-apens est produit par la firme que
Steve Mcqueen vient de créer avec
Paul Newman,
Barbra Streisand et Sydney Poitier.
Le scénario de
Walter Hill – un futur réalisateur -, est adapté de
Le Lien Conjugal (
Getaway, 1959), un roman noir signé Jim Thompson, dont il transpose l'intrigue à l'époque contemporaine.
L'actrice
Ali Mac Graw a déjà joué dans
Goodbye, Columbus (1969) de Larry Pierce et dans un mélodrame qui fut un grand succès public,
Love Story (1970) d'
Arthur Hiller, où elle incarnait une jeune femme atteinte d'une leucémie.
Le tournage se déroule entre février et avril 1972.
Usant de ses prérogatives, McQueen réécrit les dialogues de plusieurs scènes. Pendant la postproduction, il refuse également la partition qu'a composée Jerry Fielding, collaborateur habituel du cinéaste, et demande à
Quincy Jones d'écrire une nouvelle musique, très
seventies, dont le solo d'harmonica est signé Toots Thielemans.
Le film est le plus grand succès du cinéaste au box-office, rapportant 20 millions de dollars, sur le seul territoire des Etats-Unis, soit le double des
Chiens De Paille.
Pour la petite histoire, c'est sur le tournage de
Getaway, qu'est née l'idylle entre
Steve Mcqueen et
Ali Mac Graw.
Les variation du livre au film
Le film ne s'arrête pas à l'affaire criminelle dont il est question, mais s'attache davantage à décrire la relation amoureuse de Doc et Carol. Si l'interaction des deux intrigues existe bien dans le roman, le cinéaste a choisi de modifier les données de l'histoire pour exprimer sa vision propre, qui s'éloigne du pessimisme de l'auteur du roman noir, Jim Thompson. Peckinpah préfère le réalisme en traitant d'un couple dont l'unité est mise en péril par les circonstances extérieures : il y a aussi, en la matière, guet-apens. Par rapport à l'écrivain, il accuse les différences entre Doc et Carol. Le parti très net qu'il prend en faveur de cette dernière, devrait suffire à discréditer les éternelles accusations de misogynie formulées à son encontre.
Ainsi, l'infidélité change de statut dans le film.
Alors que Thompson fait douter des motivation réelles de Carol, Peckinpah ne met jamais en cause la loyauté de Carol vis-à-vis de son mari. En revanche, Doc, à la fois jaloux et ingrat, ne cesse de revenir sur son infidélité supposée.
Telle est la névrose de l'homme chez Peckinpah : il sent sa virilité sans cesse menacée par la femme susceptible de se donner à d'autres hommes.
Le désir de celle-ci est la hantise de celui-là.