Le rendu visuel du film constituait un élément capital dans la transcription à l’écran de toute la tension et de tout le trauma de l’histoire. Le directeur de la photographie,
Ben Davis, déjà crédité au générique des films
Imagine Me And You et
Layer Cake, avait donc la lourde responsabilité de traduire les idées de
Peter Webber à l’écran. « J’ai apprécié ce tournage car le film dispose de textures différentes, » explique
Ben Davis. « L’histoire se déroule sur plusieurs saisons, à différentes époques, et dans des atmosphères diverses. De plus, l’aspect visuel du film varie avec le personnage principal, qui évolue entre le début et la fin de l'histoire. »
Ben Davis a particulièrement apprécié que le scénario lui donne l’opportunité d’explorer plusieurs atmosphères différentes : « Le film suit visuellement le voyage d'Hannibal depuis la Lituanie en temps de guerre. Cette période représente un moment très sombre de sa vie, rendu par un aspect très noir, désaturé, granuleux. J’ai utilisé des images pleines d’ombres et de zones obscures.
Le personnage fuit ensuite l’Europe de l’est, traverse la frontière et arrive dans la France de l’après-guerre. Si le début donne une impression d’enfermement claustrophobe, le visuel s’ouvre dès lors qu’il quitte la Lituanie. Le film se déroule pour la première fois en extérieur. J’ai donc opté pour des plans larges traduisant un sentiment de liberté. J’ai également choisi un rendu plus chaud des couleurs pour souligner ce passage de la vie du personnage : le seul moment heureux de son existence. » La lumière de la scène finale, sommet de violence du film, a représenté un véritable défi. « C’est une sorte de plongée dans la démence qui se reflète dans le style, avec une orientation de plus en plus marquée vers le film noir. Le choix de Peter pour réaliser ce projet est excellent car il possède, ainsi que Gaspard, un côté macabre. Certaines scènes nécessitaient un traitement tout en finesse que Peter a su apporter, tout en imposant son style à la franchise Hannibal. Son approche du projet est vraiment ingénieuse. » Les acteurs sont également admiratifs des éclairages proposés par
Ben Davis. « Ben est un directeur de la photo incroyable, » confirme
Gaspard Ulliel. « La lumière est somptueuse. Cela compte énormément dans un tel film, puisque cela contribue à créer une atmosphère de suspense et d'angoisse. »
L'univers du film a été confié au décorateur
Allan Starski, déjà récompensé d’un Oscar® pour son travail sur La Liste de Schindler et unanimement salué pour les décors du Pianiste.
Allan Starski s’est d’abord inspiré du script. «
Thomas Harris maîtrise formidablement son sujet.
La précision des descriptions du scénario m’a vraiment aidé à concevoir l’atmosphère. »
Peter Webber et
Allan Starski souhaitaient que les scènes de guerre soient le plus crédible possible.
Peter Webber explique : « Nos accessoires semblent tous réels. Par exemple, le char russe est miteux, avec son vélo attaché à l’arrière et ses bidons de peinture, le contraire absolu de ce qu’on voit généralement dans les films de guerre, avec des véhicules flambant neufs et impeccables. Allan a grandi en Pologne sous domination communiste, et se rappelle encore la seconde guerre mondiale. Pour nous, c’était un réel atout car il a su amener une véritable authenticité au film. »
L'intérêt porté par
Allan Starski à l’authenticité du rendu se ressent jusque dans le choix des peintures pour les décors. « Bien que l’appartement parisien de Lady Murasaki soit très élégant, il ne faut pas oublier qu’il appartenait à son père et qu’il a donc un passé qui doit se voir à l’écran, » explique-t-il. « Les murs doivent porter les traces de cette histoire, la peinture doit sembler vieille de huit ans, et pas de quatre jours. Les couches de peinture me permettent de montrer le processus de vieillissement. » Cette recherche de la perfection a enthousiasmé les comédiens.
Ainsi,
Stephen Walters, qui joue Milko, explique : « L'authenticité des décors aide vraiment le jeu des acteurs. Pour la scène de ma mort, la citerne avait été remplie de membres humains. Avant même de commencer à tourner la scène, vous êtes comme submergé par la réalité des décors. L'attention portée à chaque détail est tout simplement incroyable. » Anna Sheppard, la créatrice des costumes, partage un même souci d'authenticité. Elle a retrouvé sur
Hannibal Allan Starski, avec qui elle avait déjà collaboré sur
La Liste De Schindler et
Le Pianiste, deux films qui lui ont valu d’être nommée aux Oscar®. La discrétion était de mise pour le personnage d’Hannibal. « Gaspard possède un visage étonnant et il joue énormément de son regard. Ses costumes évoluent donc suffisamment pour souligner son vieillissement, mais ne détournent pas l’attention de son interprétation. Les costumes et le maquillage nous ont servi à montrer la progression du personnage au cours du film. Pour l’arrivée d'Hannibal en France, nous avons opté pour un look encore enfantin et des couleurs pâles avec des vêtements datant des années cinquante. En revanche, lorsqu’il part à Paris, la coupe de ses vêtements devient plus dépouillée et plus stricte. Pour la dernière séquence,il porte un pull à col roulé noir très simple qui souligne son visage et la noirceur de ses cheveux lisses, et qui lui confère un air très menaçant. »
Anna Sheppard a beaucoup aimé s'occuper des costumes de
Gong Li. « Pour ses robes de chambre et la forme de son kimono, nous avons choisi un élément japonais très stylisé. J’ai eu la chance de trouver des kimonos datant des années quarante. Lorsqu’elle quitte le château, demeure de son mari, pour se rendre à Paris dans son appartement de famille, elle opte pour un style parisien très chic, et la plupart des éléments japonais disparaissent. »
L’emploi du temps surchargé de l’actrice a pourtant posé quelques problèmes. « C’était assez éprouvant car je n'ai pu la rencontrer qu'une seule fois à Miami pou discuter de son personnage, et je ne l’ai revue qu’à sa venue sur le plateau, » commente Anna Sheppard. « Nous n’avons fait aucun essayage, il a donc fallu procéder à de nombreuses retouches. Je redoutais la façon dont tout cela allait se passer, mais elle a été merveilleuse. Elle enfilait des costumes qu’elle n’avait jamais vus puis allait directement tourner sa scène. Et tout s’est très bien passé. »
Peter Webber reste bien conscient que malgré les performances individuelles et l’univers unique développé pour son film,
Hannibal Lecter : Les Origines Du Mal sera comparé aux projets précédents. « Bien évidemment, nous nous sommes inspiré des films précédents pour le script et pour les interprétations, mais ce projet est très différent, » avance-t-il. « Il s'agit d'une histoire plus européenne qu’américaine. Il ne s’agit pas non plus d’un thriller psychologique, car le film tient plus du drame et du film d’horreur. J’espère que nous sommes parvenus à un résultat particulier et indépendant. »
Retour sur Hannibal Lecter
Hannibal Lecter est un emblème culturel, sans doute le plus célèbre anti-héros jamais créé. Son intelligence et son charme, alliés à sa cruauté, lui permettent d'occuper une place de choix dans l'imagination populaire. Son créateur, le discret auteur américain
Thomas Harris, lui a d'abord confié un rôle mineur, mais néanmoins primordial, dans son thriller Dragon Rouge, paru en 1981.
Un écrivain profiler
Thomas Harris est reconnu dans le monde entier comme l'un des plus brillants écrivains de thrillers psychologiques. Ses histoires compexes au style enlevé se distinguent non seulement par l'horreur absolue qu'elles inspirent mais surtout par l'empathie qu'elles suscitent pour les plus vils et impitoyables tueurs en série. Très vite, Dragon Rouge s'est imposé comme l'une des meilleures ventes en librairies.
Thomas Harris est connu pour ces recherches détaillées qui l'amènent parfois à travailler dix ans pour parfaire ses romans à succès. Son imagination est incroyablement précise. Il peut donner la couleur des rideaux dans une scène, l'emplacement des meubles, et tous ces détails...Il possède une mémoire encyclopédique.
Chacun des meurtres sinistres portés à l'écran est basé sur des scènes de crime qu'il a vues de ses propres yeux.
Un succès planétaire
Porté à l'écran par Jonathan Demme, ce scénario mêlant avec brio suspense et horreur remporta cinq Oscar, dont ceux de Meilleur Film, Meilleur Acteur pour
Anthony Hopkins et Meilleure Actrice pour Jodie Foster.