Quand les manchots se mettent à danser
Dix ans après
Babe, où un petit cochon se faisait berger pour éviter de finir rôti,
George Miller invente un pingouin pas comme les autres, appelé à devenir le plus grand danseur de claquettes de l'Antarctique. « Une seule chose me motive à coup sûr dans un projet : l'histoire », explique le coscénariste, producteur et réalisateur de
Happy Feet. « L'histoire est reine ! Ce qui me passionne dans le cinéma, c'est d'explorer les univers les plus variés, mais en essayant toujours de trouver les histoires les plus riches de sens. Je ne vois donc pas de différence fondamentale entre, disons,
Mad Max et des fables animalières comme
Babe ou
Happy Feet.
« Je suis fasciné depuis longtemps par la dimension épique de l'Antarctique. Il y a dix ans, en voyant un documentaire sur les manchots, intitulé « Life in the Freezer », j'ai pensé qu'il y avait là un merveilleux sujet de fiction. Les manchots ont une vie extraordinaire, riche d'enseignements pour nous autres humains. Ils arrivent à survivre à l'autre bout de la planète, en se serrant les uns contre les autres, en se communiquant leur chaleur, en chantant pour s'identifier les uns les autres. À nos oreilles, ces signaux se ressemblent tous et ne sont guère plus mélodieux qu'un "couac", mais chaque pingouin perçoit cela comme un chant d'amour unique, distinct de tous les autres, qui lui permet de retrouver son conjoint dans la joyeuse cacophonie produite par les 25000 hôtes de la banquise.
« Notre histoire suit le destin de Mumble, de la rencontre de ses parents à sa naissance, à son enfance, à son entrée dans l'âge adulte à l'issue d'une multitude d'expériences. »
« Le film a été conçu bien avant
La Marche De L'Empereur, précise encore Miller en réponse à une question fréquemment posée, "et je me réjouis doublement du succès de ce documentaire, qui nous a aidés à monter notre propre projet. »
Personnage et casting
Pour donner vie au personnage central de Mumble l'as des claquettes, il fallut non seulement réunir une armada d'artistes et techniciens de haut vol, mais trouver un acteur supérieurement doué. "Mumble est un esprit ouvert et foncièrement honnête. Son interprète devait exprimer tout à la fois sa sincère innocence et son côté hip. Nous avons trouvé cette précieuse combinaison en
Elijah Wood", explique la coscénariste
Judy Morris. "Mumble a une entière confiance en ses possibilités", observe Wood. "Lucide et déterminé, il ne considère pas son don comme un problème, et n'a nulle intention d'y renoncer. Il l'indique clairement : "Oui, j'ai cette aptitude qui peut vous sembler bizarre, mais, pour moi, elle n'a rien d'anormal, et c'est donc à vous de vous y faire."
À travers ce personnage, l'acteur est fier d'adresser aux enfants comme aux adultes une invitation à s'assumer tels qu'ils sont : "Nous devrions refuser tout compromis portant atteinte à notre individualité, dès lors qu'il s'agit seulement de faire plaisir aux autres."
Le brillant chorégraphe et danseur Savion Glover, qui assure les numéros dansés de Mumble, complète ce propos : "Je me sens proche de Mumble. J'essaie, moi aussi, d'être fidèle à mon art, car c'est à travers lui que je m'exprime. Les claquettes m'ont valu, moi aussi, d'être rejeté : à l'école, je passais pour un "cas" au même degré que Mumble."Australien,
George Miller a confié à deux de ses plus célèbres compatriotes les rôles des parents de Mumble.
Hugh Jackman interprète Memphis, le père de notre héros, et
Nicole Kidman sa mère, Norma Jean.
"Memphis est un pingouin plutôt cool", déclare Jackman. "Il est profondément épris de Norma Jean. Le jour où ils tombèrent amoureux reste son plus beau souvenir."
"C'était merveilleux de pouvoir travailler à nouveau avec Nicole", déclare Miller, producteur et/ou réalisateur des premiers succès télévisés de la comédienne. "Elle est vraiment quelqu'un de rare. Lorsque le producteur
Doug Mitchell l'a appelée pour lui parler du film, elle a tout de suite accepté. Plus tard, lorsque je me suis étonné qu'elle n'ait pas demandé à lire le script, Nicole m'a répondu que le souvenir de nos premières collaborations lui suffisait amplement. J'ai été ému par cette marque de confiance."
La musique
Miller n'imagina pas d'emblée
Happy Feet comme un film musical : "C'est en cours d'écriture que j'ai réalisé la nécessité de ces chansons. Et lorsque Mumble s'est révélé piètre chanteur mais grand danseur de claquettes, le film est devenu quasi automatiquement un musical – disons, un musical accidentel." Miller décida alors de focaliser l'intrigue sur le "chant d'amour" et de sélectionner des airs populaires, familiers à tout un chacun, représentant des styles très divers : rock, funk, opéra, rap, musique liturgique, pop, gospel et latino.
George Miller : "Les Manchots ayant à peu près le même physique, chaque personnage devait se distinguer par un timbre spécifique et des chansons adaptées à sa personnalité. J'ai très vite choisi de privilégier des compositions du 20ème siècle.
Judy Morris, qui est une encyclopédie musicale vivante et un iPod ambulant, est capable de retrouver instantanément l'air et les paroles de n'importe quelle chanson. Au cours de nos innombrables séances de travail, elle a émis quantité de propositions géniales qui collaient parfaitement à l'histoire. "Pour ce qui est de la partition, un compositeur "ordinaire" n'aurait pas suffi. Il fallait quelqu'un qui possède plusieurs cordes à son arc, qui ne donne pas l'impression de s'encanailler en écrivant de la musique pop, qui ne soit pas intimidé par des compositions de style plus classique, des extraits d'opéra, voire des morceaux de rap.
John Powell a été cet homme : aussi à l'aise avec toutes les formes de musique, il est assez jeune pour trouver son inspiration dans de multiples genres et disciplines."
Brittany Murphy : "John a concocté des arrangements géniaux, comme cet hommage à "Somebody to Love" de Freddie Mercury, que Gloria chante dans le style gospel. C'était en parfait accord avec le thème-clé du film, et plein d'humour. John a été pour moi un grand mentor durant tout ce travail passionnant sur les arrangements."Parmi les autres chansons du film figurent : "Do It Again" des Beach Boys, "My Way", interprété en espagnol par
Robin Williams et une version de "Kiss" de Prince, chantée en duo par
Hugh Jackman et
Nicole Kidman. Ce dernier air permit d'enrichir la B. O. de façon inattendue. Dans un premier temps, Miller souhaita en effet modifier certains de ses lyrics pour les adapter au contexte. Prince commença par refuser, mais y consentit au vu d'un premier montage, ET offrit d'écrire la chanson du générique de fin : "The Song of the Heart".
L'album (sorti le 31 octobre 2006 sous le label Warner Sunset/Atlantic Records) comprend ce morceau ainsi que : "I Wish", par Patti LaBelle, Yolanda Adams et Fantasia Barrino ; "Tell Me Something Good", par Pink ; "Everything I Own/The Joker", par Chrissie Hynde et Jason Mraz ; "Golden Slumbers" des Beatles, par k. d. lang ; "Hit Me Up", par Gia Farrell ; "Jump N' Move", par The Brand New Heavies ; "The Story of Mumble Happyfeet", par
John Powell.
La danse
George Miller : "En faisant ce film, j'ai beaucoup appris sur le rôle de la musique au cinéma. J'ai revu les meilleures des comédies musicales en essayant d'aller au cœur de la chorégraphie et de saisir ce qui fait fonctionner un grand numéro. Il est clair qu'une séquence dansée doit avoir une fonction narrative, et pas seulement décorative. "Nous ne pouvions espérer apprendre les claquettes à de vrais manchots, ni attendre des miracles de nos animateurs, car la danse est un don qui se cultive des années durant. La bonne solution était le motion-capture, avec en premier lieu Savion Glover dans le rôle de Mumble. Savion est un percussionniste éblouissant, à la rythmique incroyablement complexe et sophistiquée. Il est capable d'improviser sur n'importe quelle musique, d'imiter n'importe quel son avec ses pieds à des vitesses que la caméra n'arrive plus à suivre."
Miller recruta donc le studio d'effets visuels Animal Logic, basé à Sydney, pour capter le travail des acteurs et des danseurs et le transposer à leurs "homologues" manchots. La technique est maintenant bien connue. Elle consiste à enregistrer les reflets de capteurs disséminés sur une combinaison spéciale ajustée au corps de l'interprète. Ces informations sont recueillies en ordinateur et transférées à un modèle informatique – dans le cas de Mumble à un modèle d'Empereur. La technique, perfectionnée au maximum, permit cette fois à Miller de diriger simultanément de multiples interprètes alors même que leurs "homologues" apparaissaient en temps réel à l'écran. "Je voyais instantanément nos acteurs en manchots, et avais donc toute latitude pour contrôler leurs évolutions et les adapter aux particularités anatomiques des manchots."