Notes de Prod. : Happy Few

    en DVD le 19 Janvier 2011

Happy Few : A Propos des acteurs par Antony Cordier

Marina Fois
Le film n’a pas du tout été écrit pour des acteurs particuliers, mais quand j’écris une scène il m’arrive d’aller «chercher la voix» d’un comédien. Je le faisais quelquefois en pensant à marina pour les scènes de Rachel. C’était assez pratique: tout devenait alors plus mordant et subtil, je sentais que ce n’était pas la peine d’en rajouter dans les dialogues. J’admire sincèrement les actrices qui ont la culture de la comédie, ça leur donne un charme fou, très moderne.
Ce qui est précieux, chez marina, c’est son caractère iconoclaste, son côté vandale. Comme actrice, elle peut facilement changer d’allure: être un instant dans une neutralité quasi atonale, et être l’instant d’après d’une vélocité assez débridée. elle peut jouer l’escargot et la gazelle dans la même scène. C’est un jeu très dynamique, un peu braque, qui s’appuie sur une qualité précieuse: la capacité d’oubli. C’est-à-dire qu’elle ne se regarde et ne s’écoute pas jouer. Si on le souhaite, elle peut s’endormir pour de vrai pendant un plan. J’aime plus que tout le plan qui suit la scène d’amour avec Nicolas Duvauchelle.
C’est comme belle de Jour dans le film de bunuel: elle cache son visage, on pense qu’elle est bouleversée et honteuse. elle le relève: elle est intensément heureuse et c’est un peu scandaleux.

Roschdy Zem
Comme j’ai toujours peur que les acteurs s’ennuient un peu, j’essaie de leur proposer régulièrement des scènes inédites. on sait que Roschdy est excellent quand il est «fermé», quand il met l’armure. il n’a pas d’équivalent. Quand on a décidé qu’il jouerait Franck, j’ai ajouté la scène où il fracasse la table de ping-pong, avec l’idée qu’il aurait en main, pendant le plan, des armes de plus en plus dangereuses: une cigarette, une raquette, une hache… mais j’avais aussi envie de lui proposer des challenges avec des scènes improvisées. par exemple la scène où il danse le rap avec sa fille, alors que Roschdy n’écoute jamais de rap. il y a aussi cette scène où il chante la chanson de fréhel.
Sur le tournage, Roschdy me faisait penser à gabin, il a un côté bourru qui ne demande qu’à se déployer dans quelque chose de jovial. Alors il y avait cette scène de Pépé Le Moko où fréhel chante Où est-il donc ? à gabin. il se trouve que cette chanson parle de ceux qui partent en Amérique, et qu’Élodie jouait un personnage à moitié Américain.
Cette chanson, c’est l’histoire de personnes qui partent pour conquérir leur eldorado et qui finissent par le regretter. donc c’est un peu l’histoire du film. dans la façon dont Roschdy joue la scène, on sent à la fois une sorte d’héroïsme chez lui, parce qu’il fait tout pour conquérir elodie, et en même temps l’humilité du type qui n’a pas peur de se foutre la honte devant la femme qu’il aime.

Elodie Bouchez
J’ai toujours été très fan d’Élodie, des films dans lesquels elle a tourné et de sa capacité à transcender ses partenaires. il y a vraiment un côté «actrice préférée». Elodie parvient à imposer une manière terrienne de jouer, et elle la sublime aussitôt dans une cinégénie très pure. pour jouer le rôle de teri, dont les trois autres tombent amoureux à tour de rôle, il faut plus que du chien.
Comme actrice, Elodie se comporte comme teri, son personnage dans Happy Few : avec une prodigalité qui éblouit tout le monde. Sur le tournage, Élodie, c’était mon soldat de première ligne, mon fantassin : je lui demandais d’entrer dans l’eau et quand la caméra passait sur elle, elle était déjà au milieu du lac. Je crois que c’est une actrice réellement intrépide…
Sa façon de jouer donne beaucoup de points de fixation à l’image puis au montage. C’est de la pure matière à cinéma. en fait, elodie, il n’y a qu’à la suivre car elle crée du mouvement, dans le plan et dans la vie.

Nicolas Duvauchelle
Je pense que l’entente avec Nicolas s’est faite en cinq secondes. bien sûr, son côté faubourien me met à l’aise et fait que j’ai toute de suite eu une confiance infinie en lui. Au début, je n’avais pas pensé à lui parce que je cherchais un acteur plus vieux. et puis j’ai réalisé qu’il n’avait jamais joué le rôle d’un père alors qu’il a un enfant et que ça occupe toute sa vie.
Son personnage est le plus secret, le moins écrit dans sa psychologie. on pourrait penser que c’est celui qui va se détacher en premier et en fait c’est celui qui s’accroche à la fin, littéralement: il se cramponne au meuble de la cuisine pour ne pas quitter l’autre couple.
Nicolas est un acteur d’une grande subtilité, et comme il est pudique il cache cette finesse dans un jeu assez naturaliste. et dans son rapport au corps, il est très moderne, capable d’être physiquement sensuel sans être narcissique.

Entretien avec Antony Cordier, réalisateur de Happy Few

Le film commence avec une phrase de Rachel (Marina Foïs) : « Dans la vie, même si on est très heureux, on espère toujours que quelque chose va arriver, que quelque chose va faire diversion.» Est-ce ça évoque une quête impossible du bonheur ?
Cette phrase, c’est d’abord une manière de dire : elle est heureuse, ça va, et ce qui va lui arriver ensuite n’est pas lié au fait qu’il lui manque quelque chose dans la vie ou qu’il y a un problème particulier dans son couple. C’est lié à autre chose.