Notes de Prod. : Harold et Maude

    en DVD le 06 Juin 2002

Maude et ses soeurs

La femme âgée est rarement sublimée par les écrivains et les cinéastes lorsque sa personnalité ne correspond pas aux critères de respectabilité imposés par la société : le non-conformisme est parfois admirable lorsqu’il est signe de jeunesse ou de virilité, mais la vieille femme semble marquée d’une cicatrice honteuse, lorsqu’elle se permet de se démarquer par rapport aux normes établies.

Certains titres : La vieille dame indigne de Brecht, La folle de Chaillot de Giraudoux seraient en ce sens évocateurs, si la lecture de l’œuvre ne soulignait le caractère fort discutable de ces jugements liés aux idées reçues. Ainsi, Aurélie, la folle de Chaillot, est considérée comme une vieille excentrique ridicule par ceux qui dédaignent la fantaisie de ses vêtements et de ses attitudes : en fait, Aurélie éveille l’émotion et l’estime de ceux qui voient en elle l’admirable protectrice de la nature, l’amoureuse de la vie : elle aime les arbres, les fleurs, les animaux... L’optimisme rayonnant d’Aurélie rejoint celui de Maude, lorsqu’elle sauve du suicide un jeune homme désespéré.

Cet amour de la vie, ce culte de la nature, cette jouissance qui valorise les choses simples, on les trouve également dans certaines œuvres de Colette : la romancière, âgée de 75 ans, s’exprime à travers Marcelle, la jardinière du Fanal bleu, qui tente de supprimer les cages, prisons pour les oiseaux, conçues par la société : Marcelle voudrait transformer les troènes en “cages vivantes” qui offriraient abri et liberté.L’apologie d’une communion intense avec la nature à travers la sensibilité rare et l’acuité sensorielle d’une vieille dame est également illustrée par Sido: Colette évoque dans cet ouvrage, le personnage de sa mère.

Tout en étant vécu différemment par chacune d’elles, cet épicurisme exaltant pourrait rassembler dans un univers fraternel Maude, Marcelle, Aurélie, Sido et Madame B., la vieille dame de Brecht, mais leur personnage aurait toutefois une dimension trop romanesque voire utopique, s’il ne se teintait parfois d’une nuance attendrissante liée aux charmes simples de la vie quotidienne, tels les plaisirs de la dégustation : Maude grignote des pistaches à l’église, la vieille dame de Brecht savoure “ses chères biscottes”, Aurélie déguste son verre de Chartreuse, et les héroïnes de Colette se gorgent avec ivresse des senteurs et des fruits de la nature.

Hommage à la vie, certes, et ces femmes semblent en connaître la juste valeur au terme d’une longue expérience, mais également hymne à la liberté qui devrait être la quête de toute existence. La vieille dame de Brecht refuse la sécu- rité pécuniaire que lui offrirait l’appartement de son fils : elle serait en revanche épiée, elle vivrait à l’étroit ; elle préfère le luxe et les richesses de la liberté.Et, au- delà de l’indépendance individuelle, Maude nous invite à être citoyens de l’Univers : “Le monde n’a plus de murs... les frontières, les nations, le patriotisme, tout ça n’a aucun sens.”

Henry-Pierre Blottier et Annie Paquet in Harold et Maude, Colin Higgins, Hatier, 1985

Colin Higgins et le parcours d’un scénario de fin d’études

“Harold et Maude” a tout d’abord été un scénario, écrit en 1969 par Colin Higgins (1941 - 1988) pour son diplôme de l’Ecole de cinéma de Los Angeles. Il fut tourné en 1971 par Hal Ashby, et coproduit par Higgins et Mildred Lewis, sa logeuse, à qui il avait eu la bonne idée de faire lire son script, sachant que son mari, Edward, était producteur… Ce n’est qu’après la sortie du film que Higgins en tira un roman, dont une traduction parut en France chez Denoël. Le film connut un succès retentissant à Paris, où il sortit le 6 décembre 1972, alors que les Américains l’avaient d’abord boudé les premiers mois de son exploitation, le bouche à oreille, en grande partie sur les campus, finissant par relancer sa carrière. Mais Ashby et Charles Mulvehill durent dissoudre la société qu’ils avaient montée pour la sortie de “Harold et Maude” : Dumb Fuck Films.

Moi et la langue française, par Colin Higgins

Je suis né dans une île française du Pacifique, dans un hôpital français, et un docteur français me donna ma première tape sur le derrière. On peut donc dire que ma toute première velléité de communication fut un cri français. Hélas, ce fut aussi un échec. Personne n'y prêta la moindre attention. Cette situation pénible allait durer pendant trente ans.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 11 entrées
  • 1er jour IDF : 115 entrées
  • 1ère semaine IDF : 1 387 entrées
  • Cumul IDF : 1 387 entrées