La femme âgée est rarement sublimée par les écrivains et les cinéastes lorsque sa personnalité ne correspond pas aux critères de respectabilité imposés par la société : le non-conformisme est parfois admirable lorsqu’il est signe de jeunesse ou de virilité, mais la vieille femme semble marquée d’une cicatrice honteuse, lorsqu’elle se permet de se démarquer par rapport aux normes établies.
Certains titres :
La vieille dame indigne de Brecht,
La folle de Chaillot de Giraudoux seraient en ce sens évocateurs, si la lecture de l’œuvre ne soulignait le caractère fort discutable de ces jugements liés aux idées reçues. Ainsi, Aurélie, la folle de Chaillot, est considérée comme une vieille excentrique ridicule par ceux qui dédaignent la fantaisie de ses vêtements et de ses attitudes : en fait, Aurélie éveille l’émotion et l’estime de ceux qui voient en elle l’admirable protectrice de la nature, l’amoureuse de la vie : elle aime les arbres, les fleurs, les animaux... L’optimisme rayonnant d’Aurélie rejoint celui de Maude, lorsqu’elle sauve du suicide un jeune homme désespéré.
Cet amour de la vie, ce culte de la nature, cette jouissance qui valorise les choses simples, on les trouve également dans certaines œuvres de Colette : la romancière, âgée de 75 ans, s’exprime à travers Marcelle, la jardinière du
Fanal bleu, qui tente de supprimer les cages, prisons pour les oiseaux, conçues par la société : Marcelle voudrait transformer les troènes en “cages vivantes” qui offriraient abri et liberté.L’apologie d’une communion intense avec la nature à travers la sensibilité rare et l’acuité sensorielle d’une vieille dame est également illustrée par
Sido: Colette évoque dans cet ouvrage, le personnage de sa mère.
Tout en étant vécu différemment par chacune d’elles, cet épicurisme exaltant pourrait rassembler dans un univers fraternel Maude, Marcelle, Aurélie, Sido et Madame B., la vieille dame de Brecht, mais leur personnage aurait toutefois une dimension trop romanesque voire utopique, s’il ne se teintait parfois d’une nuance attendrissante liée aux charmes simples de la vie quotidienne, tels les plaisirs de la dégustation : Maude grignote des pistaches à l’église, la vieille dame de Brecht savoure “ses chères biscottes”, Aurélie déguste son verre de Chartreuse, et les héroïnes de Colette se gorgent avec ivresse des senteurs et des fruits de la nature.
Hommage à la vie, certes, et ces femmes semblent en connaître la juste valeur au terme d’une longue expérience, mais également hymne à la liberté qui devrait être la quête de toute existence. La vieille dame de Brecht refuse la sécu- rité pécuniaire que lui offrirait l’appartement de son fils : elle serait en revanche épiée, elle vivrait à l’étroit ; elle préfère le luxe et les richesses de la liberté.Et, au- delà de l’indépendance individuelle, Maude nous invite à être citoyens de l’Univers :
“Le monde n’a plus de murs... les frontières, les nations, le patriotisme, tout ça n’a aucun sens.”
Henry-Pierre Blottier et Annie Paquet in Harold et Maude, Colin Higgins, Hatier, 1985