Notes de Prod. : Himalaya, le chemin du ciel

Entretien avec Marianne Chaud, réalisatrice de Himalaya, le chemin du ciel

Quelles ont été les principales difficultés du tournage ?

Quand je suis arrivée au monastère de Phuktal après plusieurs jours de marche, les moines ont tout d’abord refusé que je les filme. La première difficulté a donc été de me faire accepter avec ma caméra en nouant une relation de confiance avec l’ensemble des moines. Les autres difficultés concernent les conditions géographiques et climatiques. Dans la cellule que les moines m’avaient prêtée, la température descendait jusqu’à -15 ou -20 °C. Pas d’eau chaude pour se laver, pas de fruit ni de légume, le menu se limitait à de la farine d’orge bouillie. Sans oublier le manque d’oxygène à près de 4000 mètres d’altitude. Pour la caméra, je rechargeais les batteries grâce à un panneau solaire, mais je ne pouvais pas visionner les rushes. L’écriture d’Himalaya, le chemin du ciel s’est donc faite au montage.


Le spectateur partage le quotidien du petit Kenrap, sans avoir jamais la sensation d’être un intrus. Comment avez-vous réussi à intégrer la caméra dans l’intimité du monastère ?

J’ai vécu trois mois dans le monastère. Au fil des jours, les moines ont compris que je ne les trahirai pas et ils ont accepté que je filme aussi bien les prières que les scènes de vie dans la cuisine, les salles de classes ou les cellules. Kenrap a été extrêmement bienveillant à mon égard, il aimait ma compagnie et son comportement n’a jamais été modifié par la présence de ma caméra. Je crois que la force d’Himalaya, le chemin du ciel repose essentiellement sur la relation très proche que nous avons créée tous les deux. La profondeur de cette relation transparaît dans la scène où il m’encourage à rendre mon cœur fort alors que nous marchons tous les deux sur un sentier enneigé terriblement vertigineux.


Pourquoi avoir choisi de filmer en caméra subjective?

La situation du monastère est spectaculaire, les décors de neige et de glace grandioses, les prières extrêmement belles, mais cet esthétisme apparent ne doit pas entretenir un cliché simplificateur. En choisissant d’installer ma caméra dans un monastère de l’Himalaya bouddhiste, j’ai voulu déconstruire une vision fantasmée d’un ailleurs rendu mystérieux et exotique par des photographies et des récits de voyage. L’autre, qu’il soit villageois ou moine, nous est semblable, aussi complexe et contra- dictoire que nous. C’est dans la proximité et la durée que nous le découvrons. Grâce à la relation qui se construit entre les personnages et moi, qui suis derrière la caméra, Himalaya, le chemin du ciel n’est pas un film contemplatif. Je les regarde autant qu’ils me regardent et nous nous interrogeons mutuellement. Grâce à la caméra subjective, je voudrais que le spectateur s’approprie cette relation.