Notes de Prod. : Hugo Cabret

    en DVD le 15 Avril 2012

A la recherche du vrai Méliès

Martin Scorsese raconte cette anecdote : « J’avais un coffret DVD des films de Méliès où il y avait sa photo. Un jour, sur le plateau, deux petits acteurs d’une douzaine d’années passent par là. L’un d’eux voit le coffret et s’écrie : « Oh, mais c’est Ben Kingsley ! » « Non, ai-je répondu, c’est vraiment Méliès. » « Tu veux dire qu’il a réellement existé ? » « Bien sûr ! » Georges Méliès n’a pas été le premier cinéaste : cet honneur revient à deux frères, Auguste et Louis Lumière, qui ont inventé le cinéma en 1895. Ils ont ensuite
tourné des centaines de films, décrivant essentiellement des faits réels – par exemple, l’un de leurs premiers films, L’arrivée D'Un Train En Gare De La Ciotat, a fait tellement peur aux spectateurs que ceux-ci se sont enfuis en voyant la locomotive s’avancer vers eux. Cependant, on raconte que les deux frères croyaient que ce nouveau passe-temps n’était pas promis à un grand avenir.

Georges Méliès voyait les choses différemment. Renonçant à reprendre la cordonnerie familiale, il a vendu l’usine et utilisé l’argent pour ses débuts dans sa vocation : la magie. Il s’est offert un théâtre (dont l’ancien propriétaire était Jean-Eugène Robert-Houdin, le magicien à l’origine du changement de nom du jeune Ehrich Weiss en Harry Houdini) et a commencé à donner des représentations.

C’est à l’âge de 34 ans que Georges Méliès découvrira son premier film. Il décèle dans cette nouvelle forme d’art un grand potentiel... pour la magie. Il se met alors à fabriquer ses propres caméras et projecteurs avec l’aide de Robert W. Paul, recyclant souvent pour cela les pièces détachées de la collection d’automates laissée derrière lui par Robert-Houdin. Ses premiers films sont en fait des adaptations de ses spectacles sur scène. Mais son intérêt se porte bientôt sur les techniques de narration et de montage. Il crée certains des premiers trucages tels que l’animation en image par image, les images en accéléré, les expositions multiples, les fondus et la colorisation à la main. Plus tard, il vend son théâtre et construit un studio comportant un plateau sous verrière qui lui permet d’utiliser la lumière naturelle.

Martin Scorsese remarque : « Méliès est incroyable parce qu’il a exploré et inventé la plus grande partie des techniques que nous utilisons aujourd’hui. Les films fantastiques et les films de science-fiction des années 30, 40, 50, les créations de Ray Harryhausen, et plus près de nous celles de Spielberg, Lucas, James Cameron, descendent de Méliès. Tout était déjà dans le travail de ce précurseur. Il accomplissait ce que nous faisons aujourd’hui avec des ordinateurs, des fonds verts et du numérique, mais lui n’avait que sa caméra et son studio. » Son chef-d’œuvre de 14 minutes, Le Voyage Dans La Lune, a été tourné en 1902. En 1914, il avait écrit, réalisé, joué, produit et conçu plus de 500 films d’une
durée de une à 40 minutes. Le choix de ses sujets va de la recréation de faits réels au fantastique et à la science-fiction (du Royaume Des Fées au Voyage à Travers L'Impossible). On fait souvent référence à Méliès comme « le père du
cinéma qui raconte des histoires » – beaucoup lui attribuent d’ailleurs la naissance du genre fantastique, de la science-fiction et de l’horreur.

En raison d’un malheureux incident avec Thomas Alva Edison (celui-ci avait obtenu une copie du MANOIR DU DIABLE (1896) de Méliès, l’avait dupliquée, puis projetée aux États-Unis, rencontrant un grand succès... mais sans reverser aucune part des bénéfices à l’auteur), le cinéaste se met à filmer deux copies simultanément, l’une pour l’Europe, l’autre pour les États-Unis. Récemment, un historien du cinéma a découvert qu’en combinant les deux copies du Chaudron Infernal (1903), on obtenait la première 3D rudimentaire du cinéma.

Georges Méliès est ensuite dépassé par les avancées du 7e art, et avec le début de la Première Guerre mondiale, son intérêt pour le cinéma décline. Il finit par abandonner son studio, brûler ses costumes et son plateau de tournage, et accepte de vendre ses bobines afin qu’elles soient fondues et recyclées. Dans les années 1920, afin de subvenir à ses besoins, et à ceux de sa seconde femme et de sa petite-fille, Georges Méliès travaille sept jours sur sept dans une échoppe de la gare Montparnasse où il vend des sucreries et des jouets. Il demeure dans un oubli quasi complet jusqu’à ce que la communauté artistique des Surréalistes français redécouvre son travail et se reconnaisse dans son imagination onirique. Cet intérêt retrouvé pour l’œuvre du cinéaste donne lieu à un gala à Paris durant lequel nombre de ses films sont projetés. Georges Méliès est au premier rang. Lorsqu’il décède, en 1938, il s’est même remis à travailler sur un nouveau film, Le Fantôme Du Métro.

Martin Scorsese déclare : « À la première lecture du livre, je n’ai pas tout de suite réalisé que le vieil homme de la boutique de jouets se révélerait être Georges Méliès. Mais c’est une histoire vraie. Ruiné, il a travaillé seize ans durant dans un magasin de jouets à la gare Montparnasse. » Ben Kingsley explique : « Notre film est certes romancé, mais de façon discrète. Beaucoup de gens croient que Georges Méliès est mort au moment de la Première Guerre mondiale, alors qu’il vivait reclus dans sa boutique. Laquelle a été merveilleusement recréée d’après des photos et avec l’aide de ses proches. Le passé s’y rappelle subtilement à notre mémoire. »

Sur le tournage de The Invention of Hugo Cabret

22 janvier 2010 - Scorsese se voit une âme d'enfant

Les films pour enfants destinés aux adultes, un nouvel eldorado pour les réalisateurs ? C’est une tendance qui semble se dessiner après Max et les Maximonstres de Spike Jonze, et qui pourrait se confirmer si Martin Scorsese s’en mêle. Le réalisateur américain lorgnerait méchamment sur la réalisation de l’adaptation du best-seller de Brian Selznick « L’invention d’Hugo Cabret ».

Un auteur inspiré par le cinéma, un cinéaste inspiré par un roman

Depuis le début de son exceptionnelle carrière, Martin Scorsese, réalisateur oscarisé, nous offre une vision artistique unique à travers des films à chaque fois surprenants, novateurs et toujours inoubliables. Pour Noël, ce conteur d’exception nous entraîne dans un fascinant voyage à destination d’un monde merveilleux pour son tout premier film en 3D, adapté du livre à succès de Brian Selznick, L'invention de Hugo Cabret, classé sur la liste des best-sellers du New York Times. Hugo Cabret raconte l’incroyable aventure d’un petit garçon malin et débrouillard que sa quête pour résoudre le mystère légué par son père va transformer, ainsi que tous ceux qui l’entourent ; une quête au bout de laquelle il trouvera enfin un endroit sûr et chaleureux où il se sentira chez lui.

C'est une aventure qui s'annonce... à la recherche des personnages

Au moment de choisir les acteurs qui camperaient les différents personnages de HUGO CABRET, Martin Scorsese a pris une décision : « J’ai choisi des acteurs anglais pour la plupart des rôles, et j’utilise l’accent britannique comme s’il faisait
partie de l’univers des personnages. Même si le cadre de l’histoire est le Paris de 1931, il s’agit d’un monde rêvé, d’une réalité sublimée, et jouer sur l’accent contribue au décalage. »

Onirique et magique : le Paris de 1931 selon Scorsese

Afin de recréer l’atmosphère du Paris du début des années 30 tel qu’il est perçu par Hugo, un personnage de fiction, Martin Scorsese s’est efforcé, selon ses termes, de « trouver le juste milieu entre mythe et réalité ». Il a fait appel à la documentaliste Marianne Bower. Celle-ci a pris soin de respecter l’authenticité de cette période, à l’aide de photographies, de documents et de films d’époque. Ses recherches se sont concentrées sur la période allant de 1925 à 1931. Les départements créatifs travaillant sur Hugo Cabret ont ainsi étudié quelque 180 films de Georges Méliès, soit environ 13 heures de visionnage, ainsi que ceux de René Clair et Carol Reed, cinéastes d’avant-garde des années 20 et 30. Ils ont également visionné les films des frères Lumière et les films muets des années 20 afin de se familiariser avec le cachet des films de l’époque. Mais ces recherches ne se sont pas limitées aux films, les équipes ont aussi étudié les photographies de Brassaï (pseudonyme du photographe hongrois Gyula Halász qui a immortalisé le Paris de l’entre-deux-guerres) afin de s’imprégner de l’atmosphère des rues de Paris, du style vestimentaire et des attitudes des Parisiens. Bien que certaines scènes aient été tournées en extérieur, la majorité a été filmée en Angleterre, aux studios de Shepperton, où le chef décorateur Dante Ferretti a dirigé la construction de l’univers d’Hugo. Les décorateurs ont ainsi reproduit une gare grandeur nature avec toutes ses boutiques ; l’immeuble de Georges Méliès ; son studio vitré ; un immeuble éventré ; la petite boutique d’un caviste entièrement achalandée, et enfin, un gigantesque cimetière avec ses monuments et ses cryptes. La gare, pièce maîtresse de ce conte, est un mélange de différents éléments architecturaux et de structures empruntés à plusieurs gares de l’époque, certaines d’ailleurs toujours en fonction, ce qui s’est révélé d’une grande aide pour ceux qui ont travaillé à sa création. Malheureusement, la gare Montparnasse a été détruite et entièrement reconstruite en 1969. Martin Scorsese commente : « La gare d’Hugo est un amalgame de plusieurs gares parisiennes de l’époque. Par ailleurs, le Paris d’Hugo Cabret ne prétend pas représenter la vérité historique de Paris en 1931,

Entrer dans l'histoire : la 3D

Martin Scorsese n’a pas peur d’avouer son goût pour la 3D, lui dont l’enfance passée dans les salles obscures a coïncidé avec l’avènement de la 3D dans tous les genres cinématographiques. Il témoigne : « Le premier film en 3D que j’ai vu était
L’homme Au Masque De Cire d’André De Toth en 1953. C’est sûrement le meilleur de tous les films en 3D ! » Pourtant, pour Martin Scorsese, l’idée d’une « 3D intelligente » au service de l’histoire n’apparaît vraiment que l’année suivante, avec un autre film. Il raconte : « La manière d’utiliser la 3D dans Le Crime était Presque Parfait d’Alfred Hitchcock était brillante. Plus qu’un simple effet, elle faisait partie de l’histoire, elle transformait l’espace en un procédé narratif. Ce que j’ai découvert en travaillant en 3D, c’est que cela met en valeur les acteurs, c’est comme regarder une sculpture en mouvement. Cela apporte réellement une dimension supplémentaire. Alliée à une bonne interprétation et aux bons mouvements de caméra, cela devient en quelque