Quel souvenir aviez-vous gardé de Rie Rasmussen sur les tournages de Femme Fataleet Angel-A?
Il faut savoir que sur un plateau, j’ai très peu de relations avec les comédiens, je me fais discret. Sauf pour des questions de placements liées à la lumière, je les laisse à leur travail, à leur concentration et à leur échange avec le metteur en scène. Comme Rie parlait peu français à l’époque de Femme Fatale, je me rappelle plutôt de nos échanges sur le plateau d’Angel-A. Elle me posait des questions très techniques, et j’avais cru comprendre qu’elle s’intéressait de près à la réalisation. Par la suite, j’ai vu ses courts métrages que j’ai beaucoup appréciés. Je ne savais pas qu’elle était également photographe, mais cela ne m’étonne pas : c’est quelqu’un qui a du talent, et il est rare que le talent se borne à une fonction.
Vous êtes un technicien d’expérience : comment s’est passée votre collaboration avec Rie Rasmussen,dont c’était le premier long ?
Il était assez hallucinant de constater à quel point elle savait ce qu’elle voulait. Je n’ai jamais vu l’ombre d’un doute chez elle en termes de cadrage ou de découpage. C’est quelqu’un de très solide quant à la mise en scène, il n’y a chez elle aucune des hésitations propres au premier long. De mon côté, il était important de laisser s’exprimer la fraîcheur qui caractérise un premier long métrage, de m’effacer, techniquement parlant, derrière la réalisatrice.
Quelles étaient ses envies en termes de lumière et de couleurs ?
Elle avait des envies très précises quant à la lumière sur le tournage, mais aussi en termes d’étalonnage. Du côté du « look » de Human Zoo, elle souhaitait un côté rétro propre aux films des années 70 : ceux de Sam Peckinhpah ou de Clint Eastwood par exemple. C’est un cinéma que je connais très bien, nous avons donc fait des essais pour obtenir cette « couleur » d’image. Nous avons eu la chance de bénéficier d’une nouvelle pellicule 500 ASA, formidable, que nous avons poussée d’un diaph pour obtenir un peu de grain et capter la lumière naturelle, y compris quand elle était basse. Il y avait aussi le parti pris d’une image très chaude pour Marseille, et plutôt déssaturée et froide pour la Serbie.
Quels souvenirs gardez-vous du tournage ?
Un excellent souvenir. J’adore la Serbie, où j’avais déjà tourné
Chat Noir Chat Blanc. J’ai d’ailleurs retrouvé une partie de l’équipe de l’époque – 100% serbe – pour Human Zoo. J’ai aussi beaucoup aimé travailler sur un vrai film d’auteur à petit budget, avec tout ce que cela comporte d’originalité et de créativité.