J’ai toujours été intéressée par les frontières de l’identité sexuelle, et le fait qu’elles soient plus ou moins mouvantes ou figées.
La tension dramatique – et l’humour décalé – de
Humpday viennent du fait que, aussi ouverts et désinhibés qu’ils aimeraient paraître, les deux personnages principaux sont tellement obnubilés par leur hétérosexualité que lorsqu’ils en repoussent les limites, ça les bouscule complètement.
Si
Humpday existe aujourd’hui, c’est parce que j’avais envie de travailler avec Mark Duplass. Je l’ai rencontré quand je travaillais comme photographe de plateau sur le tournage du film True Adolescents, dans lequel il jouait. Un mois après la fin du tournage à Seattle, j’ai appelé Mark à Los Angeles pour lui soumettre un sujet de film : deux amis hétéros essayent de coucher ensemble. Il a adoré l’idée et s’est tout de suite impliqué dans le projet.
J’avais d’abord imaginé Mark dans le rôle d’Andrew, l’artiste charismatique et un brin nomade, mais il était davantage attiré par le personnage de Ben, qui mène une vie bien rangée, avec une maison, un travail, une femme, et qui a vraiment tourné le dos à sa jeunesse dissolue. J’ai dit à Mark que s’il jouait Ben, il fallait qu’il m’aide à trouver la bonne personne pour jouer Andrew, et Mark a immédiatement pensé que Joshua Leonard serait parfait pour le rôle. De mon côté, j’ai choisi Alycia Delmore, une merveilleuse actrice de Seattle. Je savais qu’elle serait capable d’apporter la touche de réalisme et de sensibilité indispensable au personnage d’Anna, la femme de Ben, qui aurait pu être un rôle un peu ingrat.
Je voulais que l’idée maîtresse derrière Humpday soit noyée dans une multitude de détails naturalistes pour que le public puisse vraiment croire à ce week-end de folie. C’est pourquoi il fallait que le passé des personnages et leurs relations soient soigneusement développés. Le film finit donc par aborder d’autres thèmes : les limites de l’intimité dans l’amitié entre hommes, la façon dont notre personnalité change en fonction des personnes avec qui l’on se trouve, le fait que le retour d’un vieil ami puisse causer une petite crise d’identité en nous renvoyant l’image de ce que nous sommes devenus, en nous révélant ce que nous sommes et ce que nous aurions pu être…
On m’a demandé pourquoi, en tant que femme, je choisissais de faire des films sur les rapports entre les hommes, et si mon traitement féminin de la question apportait quelque chose de différent. Je ne sais pas dans quelle mesure le fait que je sois une femme influe sur mon travail, mais ce qui est sûr, c’est que j’ai toujours observé avec beaucoup d’intérêt la vie émotionnelle des gens, et que les personnages qui cherchent désespérément à se rapprocher de leurs congénères et sont prêts à en baver pour y parvenir m’attirent et me touchent particulièrement.
Humpday est mon troisième film en tant que scénariste et réalisatrice, et à travers cette aventure, j’ai enfin réussi à trouver la façon de tourner que je cherchais, à la fois totalement collective et harmonieuse. J’ai l’impression d’être arrivée à mettre l’écriture et le jeu des acteurs en avant, tout en développant une intrigue complexe, qui aborde les thèmes de l’identité et des rapports humains.