Gary Ross a d’abord été témoin de « l’effet Hunger Games » sur ses propres enfants. Il se souvient : « J’avais entendu des gens encenser « Hunger Games » et lorsque j’ai interrogé mes enfants à ce sujet, ils ont… « explosé » en quelque sorte, et ont commencé à m’en parler sans pouvoir s’arrêter. J’ai dû les empêcher de me raconter toute l’histoire. Leur enthousiasme était si contagieux que je suis monté à l’étage et que j’ai commencé à lire le roman. Et à 1 h 30 du matin, je me suis dit : « Il faut que je fasse ce film ». Ça s’est fait aussi spontanément que ça. »
Tout de suite,
Gary Ross a perçu clairement ce qui faisait le charme intrinsèque de « Hunger Games ». Il déclare : « Quelque chose de vraiment magnifique se dessinait entre les lignes. C’est évidemment un conte tout à fait passionnant sur la survie dans un futur atroce. Mais, à mon avis, ce qui pousse vraiment les gens à faire découvrir le livre à d’autres personnes, c’est parce qu’au fond il parle d’une fille, Katniss Everdeen, qui prend conscience de sa propre humanité. Au début, elle ne veut se battre que pour elle-même, pour sa survie personnelle – pourtant ce qu’elle découvre en participant à ces Jeux est quelque chose de plus important encore que de rester en vie. Elle ouvre son cœur et se transforme en une personne prête à se sacrifier pour une cause plus grande. »
Le réalisateur et scénariste continue : « L’élément essentiel, c’est qu’on est vraiment dans la peau de Katniss. Dans PUR SANG : LA LÉGENDE DE SEABISCUIT, je voulais mettre le spectateur réellement sur le champ de courses. Dans HUNGER GAMES, le public doit entrer dans la tête de Katniss. On sait ce qu’elle sait – rien d’autre. On vit cette expérience à cent pour cent avec elle. Pour ce faire, il fallait que le film adopte un style très subjectif. Il fallait qu’on ressente l’urgence, l’immédiateté et qu’on soit tout le temps au plus près de Katniss. »
Gary Ross est bien connu pour donner vie à des univers inédits sur un écran avec une extrême imagination et un grand sens du détail. Cela a commencé avec le scénario cité à l’Oscar de BIG, réalisé par Penny Marshall, sur un enfant qui se retrouve dans un corps d’adulte. Cela a évolué avec son premier film en tant que réalisateur, PLEASANTVILLE, qu’il a aussi écrit et produit, sur deux adolescents transportés dans une sitcom des années 1950. Puis il a continué avec PUR SANG : LA LÉGENDE DE SEABISCUIT, qu’il a écrit, produit et réalisé, qui emmenait le public au cœur de la Grande Dépression à travers l’histoire incroyable et merveilleuse d’un cheval de course donné perdant qui devient un champion.
Gary Ross était prêt à s’attaquer à la création du monde de Panem exactement tel qu’il apparaît à Katniss au cours de son voyage depuis son District lointain et misérable jusqu’à l’impressionnant Capitole, en passant par l’impitoyable forêt où débutent les Jeux. Le point de vue de la jeune fille s’élargit à chaque étape.
Il a commencé par remonter directement à la source, invitant
Suzanne Collins à collaborer à l’adaptation et à apporter toute sa connaissance profonde des Jeux et de l’indispensable vie intérieure de Katniss.
Gary Ross déclare : « Suzanne n’était pas seulement impliquée, nous sommes devenus réellement collaborateurs d’écriture. C’était un partenariat fantastique et électrique. Écrire un film qui a non seulement le soutien de l’auteure mais auquel elle apporte également sa contribution est un merveilleux cadeau. »
La romancière se souvient : « Gary avait rédigé une première mouture incluant sa vision incroyable de réalisateur. Il m’a ensuite très généreusement invitée à la retravailler avec lui. Nous avons tout de suite établi un lien créatif exaltant qui a porté le scénario jusqu’au premier jour de tournage. »
Suzanne Collins a compris que le film aurait nécessairement une existence propre, quel que soit son degré de fidélité à l’essence du roman. Elle explique : « Dans un film de deux heures, il est impossible d’incorporer tous les aspects d’un roman. Tous les personnages ne seront pas présents à l’écran. Par exemple, nous avons retiré le personnage de Madge, coupé l’histoire de la Muette et réduit le groupe de Tributs de carrière. Il a été difficile de nous en séparer mais je ne pense pas que ces choix affectent l’éventail émotionnel de l’histoire. Et puis il y a eu la question de savoir comment transformer au mieux un livre écrit à la première personne en un film dramatique accompli. Dans le roman, on ne quitte jamais Katniss, on connaît toutes ses pensées. Il fallait qu’on trouve le moyen d’adapter son monde intérieur à l’écran. »
Tandis que
Gary Ross et
Suzanne Collins s’attaquaient à ces défis – ainsi qu’à la question de la représentation de la violence, qui est une grande part de ce que Katniss doit affronter, de façon appropriée mais saisissante pour un public jeune – chacun en est arrivé à admirer la créativité de l’autre. La romancière résume : « Ce fut un vrai plaisir de travailler avec Gary. Il est incroyablement talentueux et a été vraiment très collaboratif et toujours respectueux du livre. »
Le producteur
Jon Kilik explique : « C’était un bonheur de voir leur collaboration s’épanouir. Suzanne a laissé le casting, la photographie et les décors aux soins de Gary, mais elle l’a aussi soutenu artistiquement. Bien que Gary se soit assuré que toutes les idées futuristes et les audacieuses créations du livre étaient présentes, le scénario qu’il a écrit avec Suzanne parle surtout des relations humaines, de la famille, de la survie et de l’histoire d’une fille qui tente de revenir chez elle, auprès des siens. »
Pour le réalisateur, le film devait commencer par le monde qui a fait de Katniss ce qu’elle est : Panem, un royaume futuriste post-apocalyptique, une dystopie inspirée des classiques de la science-fiction, de George Orwell à Margaret Atwood, reliée par l’auteure à la fois au point de vue d’une adolescente de 16 ans et à la culture américaine contemporaine.
Gary Ross commente : « L’histoire de Panem, qu’il faut évoquer, c’est que diverses forces – le réchauffement climatique, la pénurie des ressources, les guerres prolongées… – ont détruit ce qui était autrefois la culture américaine et ont abouti à un État dictatorial. Lorsque les districts se sont rebellés, le Capitole a instauré les Hunger Games comme moyen de contrôle, pour maintenir l’ordre. »
Gary Ross et
Suzanne Collins souhaitaient souligner le fait que les Jeux ne sont qu’une version amplifiée de l’obsession actuelle pour la téléréalité, un jeu télévisé où les participants jouent leur vie. Aussi sinistres et méprisés soient-ils, les Hunger Games fascinent pourtant le peuple de Panem car ils désirent assister au triomphe de la personne à qui ils s’identifient et voir sa vie transformée.
Le réalisateur commente : « Les Hunger Games sont comme les Jeux romains, mais ils ressemblent aussi beaucoup aux émissions de téléréalité actuelles. Les gens sont captivés par les Jeux car nous avons tous besoin d’encourager quelqu’un à réussir. Lorsque le Président Snow dit : « La seule chose plus puissante que la peur, c’est l’espoir », c’est parce qu’il sait que c’est l’espoir qui fait que les gens sont si impliqués dans la compétition. C’est l’une des choses géniales que Suzanne fait dans le livre : elle montre que la meilleure façon de contrôler un peuple n’est pas de l’asservir mais de l’impliquer. C’est de cette façon que le Capitole utilise les Jeux pour contrôler les Districts. »
Gary Ross a aussi commencé à envisager l’architecture physique du Capitole, qui devait irradier l’autorité aux yeux de Katniss, mais aussi révéler la décadence cynique de ceux qui prospèrent tandis qu’elle et les autres souffrent.
Suzanne Collins et lui étaient d’accord sur le fait que la ville devait être ancrée dans l’histoire, pas dans le fantastique, même si elle émerveille Katniss.
Le réalisateur raconte : « Nous voulions que le passé soit perceptible au Capitole. Prenez n’importe quel siège ou symbole du pouvoir, de la porte de Brandebourg à la place Rouge, ce sont de grands espaces, des bâtiments énormes. Nous sommes partis de cette idée. Pour Katniss, tout cela évoque la puissance et le pouvoir. »