Notes de Prod. : I Don't Want to Sleep Alone

    en DVD le 23 Janvier 2008

Note d'intention

Tsai Ming-liang, le poète du désir, du désespoir et de l’attente muée en espoir, réalise là son film le plus personnel et le plus touchant. Son titre seul, I Don’t Want To Sleep Alone. (je ne veux pas dormir seul) brasse déjà humour caustique et confession. Une confession pleine de désespoir et profondément sincère, qui concerne la grande majorité des êtres humains.

C’est la première fois que Tsai revient dans son pays natal pour un tournage. Tsai a planté son film dans ses souvenirs d’enfance : le goût et l’odeur des différentes cuisines, les musiques et certains sons. Dans ce film qui a été commandité à l’occasion du 250e anniversaire de Mozart, la musique joue un rôle majeur.

Tsai utilise les musiques issues du brassage culturel de Kuala Lumpur : cantonais, mandarin, malais et tamil, des musiques qui évoquent cette multiculture de surface propre à la mondialisation qui entremêle des réalités et transforme sous nos yeux les villes, les Etats-nations et toute la planète.

Mais il y autre chose aussi. Les musiques qui ponctuent ce film (un film qui évolue par ailleurs dans un quasi silence) illustrent les dynamiques intérieures de ces opéras invisibles qui se jouent dans la vie intérieure des personnages qui s’expriment peu, restent silencieux et jamais ne dévoilent leurs émotions enfouies.

Et puis tout à coup, on entend une chanson qui jaillit lors d’un plan fixe, patiemment organisé, soigneusement cadré qui attend tranquillement le moment de vérité, le défi, ou l’émergence progressive d’une compréhension dans chaque vie humaine.

Si le film porte en arrière fond l’univers culturel de Tsai Ming-liang enfant, il explore avec un certain courage et sans passion les points de rencontre inattendus de ces immigrés sans papiers, déracinés, ces rebuts de l’humanité, ces âmes perdues en quête d’une vie nouvelle et d’un avenir meilleur.

Tel un ange comptabilisateur de nos bonnes et mauvaises actions, le réalisateur nous montre la réalité de ces expériences de déception, de frustration et de violence dans un système qui vous broie en fabricant des impossibilités économiques et vous fait perdre votre âme.

On se demande comment ces gens tiennent le coup. Dans cet univers glauque, l’ange comptabilisateur nous place dans leur for intérieur pour nous montrer un réservoir inattendu de compassion humaine. On découvre alors des personnes qui n’ont rien, mais qui prennent soin l’une de l’autre : un jaillissement d’appétit sexuel, un lac secret d’élixir d’immortalité, une grâce qui sous-tend le miracle de la pulsion de survie chez l’homme.
Cet aspect métaphysique est exprimé dans ce film comme une sensibilité au toucher poussée à l’extrême.

Le passage du conscient à l’inconscient, dans les états comme les actions, se fait en continu avec une subtilité parfaitement maîtrisée, notamment grâce à Lee Kang-sheng, l’acteur adulé qui est au cœur et au centre de tous les fantasmes filmés de Tsai Ming-liang et qui joue ici deux rôles parallèles. Le premier, silencieux, nous confronte au visage chargé d’émotions, mais impénétrable et figé, d’une personne victime d’une attaque cérébrale qui n’a plus la faculté de communiquer avec le monde extérieur.

L’autre personnage de Lee Kang- Sheng est un immigré qui ne maîtrise pas la langue du pays et se sent complètement exclu. Du coup, il ne parle quasiment pas. Durant la majeure partie du film, il tente de se remettre d’une violente agression dont il a été victime dans la rue, il dort, ou essaie de dormir, et peut-être rêve-t-il à une nouvelle vie.

Nouveau venu dans la constellation artistique des œuvres de Tsai, Norman Atun joue là dans son premier film ; il apporte une espèce d’euphémisme mais aussi une sincérité et une émotion d’une grande profondeur qui donnent un ancrage et élèvent le film. La générosité dont il illumine le film tient à la fois à sa spiritualité personnelle et à sa différence culturelle ; le film change de température lorsqu’il apparaît à l’écran.

Le film suit un rythme lent, lyrique. Petit à petit, le travail visuel évolue, partant de plans longs et lents qui explorent la face cachée des bas-fonds où il n’y a plus rien à espérer, jusqu’à une métaphore surréaliste, futuriste et apocalyptique d’une virtuosité exponentielle.

La dévastation de l’environnement à grande échelle, le déchaînement de feux de forêt non maîtrisés, les désastres économiques, et l’instabilité économique rendent les enjeux cruciaux et une dimension métaphysique finit par élever le film.

L’humour bien reconnaissable de Tsai réapparaît de temps à autres, mais la destination finale du film est un monde en dehors du temps et des limites sociales, un monde illuminé par l’amour. C’est une vision utopique, transcendante, magique et étrange, comme le rêve délicat du papillon dans les grandes œuvres de la culture classique chinoise.

Kuala Lumpur et son quart-monde, interview avec Tsai Ming-Liang

Pourquoi avez-vous choisi de situer votre film dans la Malaisie d’aujourd’hui ?
C’est la première fois que je tourne dans mon pays, en Malaisie. Au début des années 90, dans le cadre de son plan de développement économique, le gouvernement malais a fait venir des milliers de travailleurs étrangers pour ses projets de construction. Les fameuses tours jumelles Petronas, qui étaient alors les plus hautes du monde, datent de cette époque. Mais à la fin des années 90, l’Asie a connu une grave crise économique et financière. Du jour au lendemain, tous les travaux de construction ont été stoppés, et ces travailleurs immigrés se sont retrouvés sans emploi donc en situation illégale. Bon nombre d’entre eux sont devenus des travailleurs clandestins. Quand je suis retourné à Kuala Lumpur en 1999, j’ai senti un malaise dans la ville que je n’avais jamais éprouvé avant. Le Premier Ministre de l’époque, Mahathir avait destitué son vice-Premier Ministre Anwar et l’avait poursuivi en justice pour, entre autres, corruption et sodomie. Anwar a été condamné, et a passé plusieurs années en prison. Les partis d’opposition ont organisé d’immenses manifestations pour protester contre l’arrestation d’Anwar, et la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Dans ces années-là, il était impossible de ne pas remarquer le nombre de travailleurs étrangers qui traînaient dans Kuala Lumpur. Ils avaient été attirés par la croissance économique du milieu des années 90 et ont tout perdu, y compris leurs rêves, dans la débâcle qui a suivi.

Le Festival New Crowned Hope

Le Festival New Crowned Hope a été lancé et financé en 2006, dans le cadre de l’Année Mozart, par la Ville de Vienne qui en a confié la direction artistique à Peter Sellars. C’est ainsi qu’il a eu l’idée de célébrer le 250e anniversaire du compositeur autrichien d’une façon complètement inédite.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 4 049 entrées
  • Cumul IDF : 9 567 entrées

  • 1ère semaine France : 6 862 entrées
  • Cumul France : 17 038 entrées