Fondateur de Three Legged Cat Productions, Mark Rance est un des plus talentueux producteurs de DVD en activité. Via sa société Three Legged Cat Productions, il a conçu, produit, écrit et souvent réalisé quelques-uns des DVD les plus prestigieux et les plus influents du marché, comme par exemple,
Reservoir Dogs,
Boogie Night et surtout le très remarqué et multi-récompensé DVD du film
Seven. Grâce à l'ingéniosité et au travail novateur de Mark Rance et son équipe, sa société Three Legged Cat est devenue la référence en matière d'édition spéciale et repousse sans cesse les frontières de la technologie du DVD en présentant de manière originale tout le processus de production d'un film dans le respect de l'univers du réalisateur.
Quel est le rôle d'un producteur de DVD ?
Mon rôle est à la fois celui d'un réalisateur, créant une narration sous la forme d'un DVD, et celui d'un archiviste pour la production. J'aide le réalisateur du film à mettre au point un DVD qui soit le reflet de son oeuvre. Pas seulement de la manière dont le film a été fait, mais aussi son discours, sa dimension scénaristique. Je vois le disque luimême comme une sorte de seconde salle de cinéma. La structure de cette salle serait les menus, les bonus, etc.
La continuité est importante. Le spectateur doit avoir l'impression de naviguer à l'intérieur même de l'univers du film. Un bon disque doit prolonger l'expérience du film. Un excellent disque doit la dépasser.
Quelle est la différence entre un producteur de cinéma et un producteur de DVD ?
Je pense que les deux rôles sont similaires. Certains producteurs de DVD ont réalisé des films (ce qui est mon cas), et se voient comme des réalisateurs (c'est encore une fois mon cas). Ma sensibilité est celle d'un metteur en scène dans la conception des bonus, ou dans cette situation précise, la création de tout un dvd complet.
Lorsque la production du film et celle du DVD concordent, le producteur de DVD est à la tête de tout un département (un peu comme le Superviseur de la Post Production). Il coordonne l'énergie mise dans la conception du disque, de l'assemblage du matériel, à la création de matériel nouveau en passant par le design du disque. Cela dit, je précise que tous les producteurs de DVD ne conçoivent pas leurs disques.
Sur quels autres DVDs avez-vous travaillé ?
J'ai travaillé sur de nombreux titres. En 1991, j'ai monté ma propre société, Three Legged Cat. De l'époque du laserdisc (1991) à celle du DVD (1998), j'ai créé des éditions spéciales pour l'éditeur Criterion avec entre autres, des films comme
Le Silence Des Agneaux,
Spinal Tap, et tous les films de John Waters. A partir de 1997, j'ai travaillé pour New Line Cinema sur les DVDS de
Blade,
Boogie Nights… J'ai travaillé en étroite collaboration avec Paul Thomas Anderson sur le DVD de son film
Magnolia, qui est le premier titre sorti sur Three Legged Cat. J'ai également eu la chance de travailler avec David Fincher pour
The Game et surtout,
Seven, un DVD couronné de nombreux prix et qui est considéré par les professionnels comme l'un des meilleurs jamais conçu.
Quel a été votre niveau d'investissement dans la conception du DVD de I Robot ?
Complet ! J'ai eu le contrôle total sur tous les aspects de l'édition collector… sauf le packaging. Je suis l'auteur du disque dans la mesure où j'ai produit les bonus (je les ai écrits et réalisés). J'ai choisi et supervisé le menu. Depuis quelques années, j'ai développé le concept des Menus Évolutifs. L'idée est de s'éloigner de la structure traditionnelle et de créer une véritable narration à travers les éléments du disque. Je voulais que les documentaires, qui sont le coeur des bonus, fassent partie intégrante du menu. Par exemple, sur le DVD de I, ROBOT, on passe du long documentaire “Jour après jour” vers le “menu node”. Les choix du menu sont en surimpression sur les images du documentaire. Les « offshoots » sont organisés de telle manière que le spectateur en apprend toujours plus sur la réalisation du film, sur Asimov et sur les robots. Le spectateur, après avoir visionné le disque 2, va percevoir le film sous un jour nouveau, et comprendre tous les choix qui ont mené au film tel qu'il a été créé.
Quand avez-vous commencé à travailler sur la conception du DVD de I Robot ? Pendant le tournage ? Avant ? Après ?
Comme je voulais utiliser le système des Menus Évolutifs, j'ai commencé à travailler à l'élaboration du DVD à l'automne 2002 (six mois avant le début du tournage). Nous avons eu le feu vert de Fox en mars 2003 et commencé la production en mai. Nous avons achevé notre travail sur le disque en septembre 2004. Je voulais vraiment que le making-of “Jour après jour” soit le point central de ce DVD.
Mais je voulais surtout éviter l'écueil d'un making-of classique (images du tournage + voix off + interview). Pour cela, j'ai opté pour un concept dans l'esprit du “cinéma-vérité”. Pour y parvenir, il fallait capter l'essence même du tournage, se fondre dans le processus et dans le rythme de la réalisation, rencontrer l'équipe technique et apprendre à les connaître sur la durée. Pour cela, il fallait être sur le plateau de mai à novembre ! Mais j'avais aussi conscience qu'une grosse partie du film se ferait en post-production. Nous avons inclus cette partie dans le documentaire avec des dessins, des tests, et le passage en revue de toutes les étapes de la création des effets spéciaux. Puis nous avons lié tous ces éléments ensemble. Nous avons donc été présents durant toute la post-production de I, ROBOT, depuis le début jusqu'à ce que le film sorte sur les écrans.
Quel matériel aviez-vous à votre disposition ?
Avez-vous eu accès à toutes les informations dont vous aviez besoin ?
Oui. Nous avons eu accès à tout ce dont nous avions besoin : les différentes versions du scénario, les storyboards, les séquences animées de pré-visualisation, les plans des décors, les photos, les chutes EPK et les interviews, ainsi que tout le materiel que nous avons assemblé pour les documentaires qui n'étaient pas liés au film. Pour la section “Machines Sensibles”, consacrée à l'histoire de la robotique, je voulais obtenir des images datant de 1950 et diffusées sur la BBC, montrant F. Walter Grey (un des premiers concepteurs de robots) sa femme et ses deux tortues, deux des premiers robots. Mais nous n'avons pas eu le temps de retrouver la trace du propriétaire des images. Peut-être un jour…
Avez-vous utilisé l'intégralité du matériel que vous aviez filmé ?
Non. Nous avions 200 heures de film à la fin du tournage. Nous en avons filmé 50 de plus durant la post production. Il a fallut choisir. Nous avons fait un très beau documentaire sur l'enregistrement de la musique du film, mais nous n'avons pas pu l'utiliser pour des raisons d'emploi du temps et de budget. On aperçoit quelques images de ce documentaire dans le chapitre 8 de “Jour après jour”.
Quelle est la signification du plan silencieux Los Angeles, la nuit, dans l'introduction du DVD Bonus ?
Je voulais éviter d'avoir un menu animé ou un menu qui reprendrait des images du film. Il fallait que le disque soit une extension du film, mais sans être une répétition, une pâle copie. Pour la toute première image, j'avais envie de présenter quelque chose d'un peu mystérieux, qui plongerait le spectateur dans l'univers parallèle de I, ROBOT. Le choix de ce plan s'est fait très simplement. La seule fois où nous avons interviewé Alex (Proyas, le réalisateur), c'était à Los Angeles, une semaine avant la fin du tournage. Et cette image de la ville de nuit - qui n'est d'ailleurs pas silencieuse, car si on écoute attentivement, on entend des voitures et des sirènes - représente à la fois la personnalité d'Alex et une sorte d'accalmie au coeur de la tempête que représente le film. Los Angeles de nuit ressemble à n'importe quelle ville dans les films d'Alex...