David Saracino : Le soir de la projection du film, j'ai eu du mal à m'endormir. J'avais des images plein la tête, j'avais ton rire dans la tête…
Sid Ahmed Agoumi : Tu avais mon rire dans la tête ?! (rires) Et toi tu t'es vu ?
Medy Kerouani : Oui.
Sid Ahmed Agoumi : T'étais mignon, hein ? Salopard… (rires)
Medy Kerouani : Et toi tu t'es aimé ?
Sid Ahmed Agoumi : Moi je ne m'aime jamais. Sur cinquante films que j'ai fait, il n'y en a pas vingt que j'ai vus…
David Saracino : J'ai remarqué que sur le plateau tu ne regardais même pas le combo.
Sid Ahmed Agoumi : Non, je fais confiance au regard du réalisateur, de mes partenaires et aussi des techniciens, qui sont les premiers spectateurs.
Vous vous êtes donc appuyé sur vos « fils » pour voir si vous étiez dans le coup durant le
tournage ?
Sid Ahmed Agoumi : Oh oui ! Les enfants, surtout, sont terribles. Je crois que ce sont les partenaires les plus difficiles. Parce qu'ils ont une spontanéité, une fraîcheur qui déstabilisent... Et vous obligent à vous remettre en question.
Vous formez à l'écran une famille très convaincante. Le réalisateur vous a-t-il fait travailler
en amont pour cela ?
David Saracino : Je pense que Djamel (Bensalah) est assez fin pour sentir au casting si cela va coller ou pas. Ils ne nous a pas demandé d'aller voir des matches de foot ensemble ou quoi que ce soit. Moi, je n'avais pas envie de rencontrer Agoumi, parce qu'il devait y avoir cette petite tension entre nous. Donc on a entretenu cette distance. En revanche avec le petit Medy, on a fait quelques lectures de scénario, un peu de fête foraine… Djamel m'a demandé de m'occuper de lui au niveau du travail, mais il savait en me distribuant que j'allais en faire un peu plus, parce que je suis un garçon sérieux ! (rires).
Sid Ahmed Agoumi : Il y a aussi une certaine similitude physique qui nous rend crédibles en tant que famille. C'est du cinéma, ne l'oublions pas. Moi, je ne « fais » pas Maghrébin typique, David ne l'est pas du tout…
David Saracino : Les liens sont venus naturellement du fait d'être là-bas, dans cet énorme hôtel soviétique - alors qu'on était en Algérie, moi je me croyais en Russie ! (rires). Cette espèce d'énorme radiateur tout en haut de la colline, avec des volumes pas possible, peu de distraction, des semaines de six jours, un tournage en lumière naturelle qu'il fallait rentabiliser donc on se levait à cinq heures du matin… Du coup quand on se retrouvait le soir on lâchait un peu de pression, on buvait deux-trois coups, on parlait , on rigolait. Rapidement le feeling est venu.
Sid Ahmed Agoumi : En fait on était une vraie famille, c'est vrai.