Notes de Prod. : In the Air

    en DVD le 27 Mai 2010

Notes de Production d'In The Air

Un héros d'anti-héros
Dans ses deux premiers longs métrages, on a remarqué le talent de Jason Reitman à mettre en scène des anti-héros volontiers provocateurs – un lobbyiste du tabac dans Thank You For Smoking et une adolescente enceinte dans Juno – et à bâtir autour d’eux des histoires singulières, surprenantes, aussi hilarantes que profondément humaines et émouvantes. Le personnage de Ryan Bingham se situe dans la même lignée, ne serait-ce que par son travail : virer lui-même des gens que leurs patrons veulent licencier. En bref, faire le sale boulot. Mais bien évidemment, In the Air n’est pas uniquement, et loin de là, le portrait d’un sale type. Car très vite, on découvre un homme plein de charme totalement en phase avec notre époque matérialiste, faite de rapidité, de technologie, de confort, d’ambition individuelle. Un homme à la vie douce et agréable, un homme qui en apparence a tout ce qu’il souhaite mais qui va s’apercevoir qu’il lui manque l’essentiel. Et son histoire soulève un certain nombre de questions qui concerne le plus grand nombre. Comment à une époque dominée par une mondialisation de plus en plus ravageuse et où les communications passent de plus en plus uniquement par ordinateurs et autres gadgets interposés, pouvons nous toujours rester connectés avec les autres aussi fortement que par le passé ? Et si ce n’est pas le cas, qu’en est il des liens qui ont constitué la base de nos sociétés depuis des années ?
Toutes ces questions sont donc au coeur du scénario d’In the Air. Après une première version écrite avec Sheldon Turner, Jason Reitman a souhaité le réorienter dans une nouvelle direction : montrer comment la vie de Bingham peut aussi refléter les nôtres. «
Pour moi, In the Air est l’histoire d’un homme qui, bien qu’il croit sa vie parfaite, ignore quelque chose de pourtant essentiel : la responsabilité d’être partie prenante de quelque chose qui dépasse sa seule petite personne », explique Jason Reitman. « Il a tellement peur du fardeau que peut représenter le fait de devenir partie intégrante d’une communauté, qu’il en refuse même d’imaginer les bons côté que cela pourrait avoir. »
Il poursuit : « Ce qu’il vit reflète ce que nous vivons tous aujourd’hui. Nous utilisons tous à longueur de journée nos ordinateurs ou nos portables pour envoyer des mails et des SMS. Tout cela peut donner l’impression d’une société où l’on n’a jamais autant communiqué entre nous. Mais c’est un écran de fumée : en réalité, on ose de moins en moins se regarder dans les yeux et on vit de moins en moins de relations réelles. La vie de Ryan dans les différents aéroports constitue une métaphore de tout cela. Vous pouvez aller dans n’importe quel aéroport dans le monde et vous ne serez jamais perdu : ils ont tous les mêmes boutiques, les mêmes restaurants. Tout est fait pour qu’on se sente à l’aise, comme chez soi. On est devenu tellement global que nous avons perdu totalement le sens de la communauté de quartier, avec laquelle on est pourtant nombreux à avoir grandi. »

Au départ, un roman
C’est en lisant “Up In the Air, le roman de Walter Kirn que Jason Reitman a eu envie de se lancer dans ce projet. « Ce livre m’a tout de suite parlé directement. Je parle la même langue que cet auteur-là. Mais pendant que j’écrivais le scénario, ma propre vie a changé. J’ai rencontré ma femme et j’ai eu un enfant. Un peu comme le personnage de Ray qui, lui aussi, va gagner en maturité. »
C’est une rencontre imprévue dans un avion qui a donné à Kirn l’idée de base de son livre. Lors d’un voyage vers Los Angeles, il interrogea son voisin de vol sur la ville où il vivait, quand celui-ci lui a répondu : « je vis ici, dans cet avion, sur ce siège ! » Kirn lui a évidemment demandé de lui en dire plus. Et celui-ci lui a expliqué qu’il avait un appartement mais qu’il s’en était séparé puisqu’il était sur la route plus de 300 jours par an et passait désormais son temps dans les hôtels. Au vu de la surprise de Kirn, l’homme en question lui a alors glissé : « vous savez, je suis loin d’être seul dans ce cas. » Et là, explique Kirn, « j’ai compris qu’il s’était totalement adapté à ce nouveau paysage constitué d’aéroports, de chaînes d’hôtels et de restaurants. Mais j’ai aussi mesuré à quel point il devait être seul. » C’est en tout cas ainsi qu’est né le personnage central de son roman, Ryan Bingham, un quarantenaire qui n’a aucune autre attache que son programme de fidélité avec la compagnie aérienne grâce à laquelle il voyage de ville en ville à travers les Etats-Unis. Et dont le métier consiste à licencier les gens. « Il est passé maître dans l’art de virer avec doigté dans des situations pourtant périlleuses. C’est un bonimenteur qui sait vendre du rêve américain à des gens pourtant dévastés par la perte de leur travail de manière aussi impersonnelle puisque leurs patrons respectifs font appel à un tiers pour faire le sale boulot. »
Jason Reitman a tout de suite vu ce qu’il pouvait y avoir d’émouvant dans la trajectoire de cet homme qui, au milieu de sa vie, n’a aucune adresse fixe. Et Kirn fut lui enchanté que ce soit Reitman qui ait exprimé le désir de réaliser le film : « J’ai aimé l’aspect non-conventionnel et politiquement incorrect de Thank You For Smoking. Avec Jason, on parle vraiment la même langue. Et quand j’ai lu son scénario terminé, j’ai tout de suite compris qu’il avait su ajouter une nouvelle dimension à mon travail pour le porter à l’écran, ce dont j’aurais été bien incapable moi-même. » Car Jason Reitman ne s’est pas contenté de porter littéralement le livre à l’écran. Il a développé tout un univers autour de Bingham en lui adjoignant notamment deux personnages de femmes qui vont peu à peu détruire le cocon douillet d’individualisme qu’il s’était construit au fil des années. La première s’appelle Natalie (Anna Kendrick), une jeune femme de 20 ans, fonceuse mais un brin naïve qu’il est forcé de prendre sous son aile bien qu’elle soit une menace pour son style de vie. La deuxième, Alex (Vera Fermiga), qui semblait être son équivalent au féminin, va pourtant déclencher le désir chez lui d’avoir avec elle une relation plus approfondie qu’une simple nuit passée ensemble.
« En fait, dans ce film, Ryan va connaître une double expérience inédite qui va faire vaciller ses convictions. Il joue un rôle de père par rapport à Natalie et entrevoit celui de mari avec Alex », souligne Reitman. Il ne s’agit pas des seules modifications par rapport au roman.
Car pendant l’écriture du scénario, les Etats-Unis ont été frappés par une crise économique dévastatrice. Et Reitman a souhaité qu’elle soit présente dans son intrigue, en explorant de manière encore plus profonde le thème de la perte d’emploi, présente dans le livre.
Pour cela, il est allé lui-même rencontrer des gens qui venaient d’être licenciés pour entendre leurs témoignages et rendre son propos encore plus honnête et vrai. « Nous sommes allés à Detroit et St Louis, deux des villes les plus touchées par le chômage l’année dernière et nous y avons placardé des petites annonces indiquant que nous cherchions des témoignages pour un film sur ce sujet. On a eu énormément de réponses et ce furent des moments vraiment bouleversants. Nous demandions en fait à tous ces gens ce qu’ils avaient pu dire le jour où ils avaient été licenciés. Pour moi, qui cherche constamment à atteindre un réalisme maximal dans ma direction d’acteurs, je n’en revenais pas de voir à quel point ces gens qu’on pouvait légitimement penser timides devant une caméra, étaient incroyablement à l’aise. Et parlaient avec une vérité et une honnêteté qui traversaient l’écran. Ces témoignages sont un de mes moments favoris du film. »

Une production de famille
Les producteurs du film furent séduits par la version finale du scénario car celle-ci était impossible à ranger dans une catégorie, tant comédie et émotion y étaient liées. C’est en substance ce que dit Tom Pollock : « In the Air est un film sérieux… très très drôle. C’est la raison pour laquelle je l’aime autant : il est à la croisée de plusieurs genres. Ce qui caractérise d’ailleurs le travail de Jason, dont les deux premiers longs étaient à l’image de celui-ci. » Personne ne connaît sans doute mieux Jason Reitman que le partenaire de Pollock dans Montecito Picture Company puisqu’il s’agit de son propre père Ivan Reitman (SOS Fantômes) : « A la fois comme producteur et comme père, c’est l’un des plus beaux scénarios que j’ai eu l’occasion de lire, s’enthousiasme ce dernier. A partir de cette idée de départ de Walter Kirn d’un homme qui aime voyager et dont le métier est de virer des gens, une nouvelle histoire a été créée, complètement inscrite dans notre monde d’aujourd’hui. Et Jason excelle dans ce mélange entre l’aspect sérieux d’une histoire chargée en émotion et l’humour qu’il y distille en permanence. On sent qu’il a écrit ce scénario avec son coeur autant qu’avec son cerveau. »
La synergie créatrice entre les deux Reitman fut évidemment un autre élément fort de ce projet. Pollock l’explique : « Jason a trouvé le moyen d’exister par lui-même et non à l’ombre de son père. Les deux hommes font des films très différents mais ils se retrouvent sur un point : le respect et la confiance dans leur collaboration. »
Les deux Reitman n’étaient pas seuls dans cette aventure où les ont rejoints Daniel Dubiecki, partenaire de longue date de Jason avec qui il a produit Juno et Thank You For Smoking et Jeffrey Clifford de la Montecito Picture Company. Ce dernier précise d’ailleurs : « Jason a le talent de savoir observer le monde qui l’entoure et de s’en inspirer brillamment pour créer des scénarios originaux, dans lesquels chacun d’entre nous peut se retrouver. » Et Dubiecki acquiesce : « Réalisé de manière très sophistiquée, In the Air est servi par un récit mené de manière fluide, avec un ton léger comme une bulle de champagne qui devient de plus en plus profond au fil des minutes. »

Clooney, une évidence
Comme dans ses deux premiers films, Jason Reitman savait que son film devait reposer sur une colonne vertébrale solide : celle de son acteur principal qui devait être à la fois charmant et vif et chez qui on devait sentir d’emblée une confiance en soi indestructible et le bonheur sincère qu’il a à mener cette vie sans la moindre attache.
C’est pour cela que Jason Reitman a écrit ce scénario avec George Clooney en tête. « Quand vous imaginez un film avec un personnage central dont le métier consiste à virer des gens et dont le but dans l’existence est de vivre seul, vous avez vraiment intérêt à avoir un acteur avec un charme dingue dans ce rôle. Et qui mieux que George Clooney peut correspondre à cette définition ? », explique Reitman. « Ce rôle est taillé sur mesure pour lui et l’entendre répondre oui à ma proposition après la lecture du scénario fut l’une des plus grandes joies de ma carrière. »

De O’ Brother à Ocean’s Eleven en passant par Michael Clayton , George Clooney a pu démontrer la diversité et l’amplitude de sa palette de comédien. C’est aussi ce qui a incité Jason Reitman à écrire pour lui : « Par l’humanité qu’il dégage, George a cette capacité à rendre comique une scène très rude sans pour autant la faire basculer dans la farce. Il peut à tout moment surprendre. Quand il rentre dans le champ, on ne sait jamais s’il va nous émouvoir ou nous faire rire. Et puis George et moi partageons la même sensibilité en matière de comédie. On croit tous les deux que la première des qualités pour faire rire est la sincérité. On ne peut pas fabriquer les choses. L’écriture doit évidemment être drôle avant tout servie par l’honnêteté du jeu. Et puis sur le plateau, ce type est un ange. On peut croire qu’il est enfermé dans une tour d’ivoire. Mais au contraire, il a ce talent de mettre tout le monde à l’aise. » Ivan Reitman abonde dans le même sens : « George a ce charme fou et cette légèreté dans l’humour qui fait qu’il trouvera toujours le ton juste dans les situations dramatiques. Dans In the Air, on retrouve évidemment le charisme de la star de cinéma qu’il est mais avec une charge émotionnelle qu’il a rarement eu à interpréter. »
Jeffrey Clifford a lui été épaté par l’alchimie évidente entre le scénario de Jason Reitman et la performance de Clooney. « Jason a une écriture vive avec une vraie âme, comme George. »

Sur le tournage d'In The Air

Le 2 Mars 2009 - Bateman dans les airs

Voilà qui est confirmé ! Jason Bateman sera bel et bien le patron de George Clooney dans la comédie In the Air. Dans la lignée de Thank You For Smoking (puisqu’il s’agira du même metteur en scène, Jason Reitman), le film aura pour personnage principal un consultant dont la seule obsession consiste à amasser des points miles en avions, ce qui lui occupe suffisamment l’esprit pour ne pas avoir de scrupules à licencier des gens à longueur de journée. Celui-ci prendra les traits de George Clooney et sera accompagné de Vera Farmiga.

Les personnages de In The Air

Vera Farmiga, Anna Hendrick : une touche sensuelle
Avec Clooney dans le rôle central, Jason Reitman s’est ensuite concentré sur le choix des deux interprètes féminines qui allaient incarner les personnages qui font bousculer les certitudes du sien.

En savoir plus sur In The Air

Un travail minutieux sur les décors
In the Air est un film qui, comme son héros, se ballade de ville en ville, d’aéroport en aéroport… Et le travail sur le look du film fut un vrai challenge, comme l’explique Jason Reitman : « Je pense que beaucoup de gens croient que le vrai challenge pour les décors d’un film réside dans une saga historique du 17e siècle en Angleterre. Mais c’est faux. Qui est capable de dire avec précision dans ce type de films si tel détail est inexact ? Alors que dans un film comme In the Air qui se passe de nos jours dans des lieux fréquentés par tous, on n’a pas le droit à la moindre erreur. Tout doit être d’une précision sans faille. » Il poursuit : « Nous avons tourné dans 5 villes mais nous en évoquons 20 dans le film, choisies comme Detroit, Phoenix, St Louis et Wichita, parmi celles qui ont été les plus touchées par la crise. Et Steve Saklad, notre chef décorateur a eu le génie de savoir recréer jusqu’à pas moins de 5 villes dans le même bâtiment. En allant d’étage en étage, on avait l’impression de voyager d’un bout à l’autre du pays. Car je voulais vraiment qu’on ressente les changements chaque fois que Ryan atterrit dans une nouvelle ville. A un moment, vous êtes à Miami au bord de l’eau puis vous vous retrouvez à Détroit sous la neige. Je désirais que le spectateur puisse ressentir ces changements climatiques à l’écran. Donc d’une ville à l’autre tout change : les décors bien sûr mais aussi la lumière, les costumes… »