Notes de Prod. : In the Loop

    en DVD le 18 Mai 2010

Contexte politique - In the Loop

L'œuvre cinématographique en référence ne cite explicitement aucun nom de politicien existant. Les fonctions des personnages à l'écran sont souvent imaginaires : "sous-secrétaire d'Etat américaine chargée de la Diplomatie" est un titre fantaisiste.

Le scénario de 240 pages — soigneusement peaufiné par Armando Iannucci, Jesse Armstrong, Simon Blackwell, Tony Roche avec Ian Martin comme conseiller spécial pour les injures — évoque cependant ouvertement des personnages réels et rebondit sur des situations historiques. Le dialogue utilise tous les malentendus linguistiques et les différents culturels qui séparent les Américains des Anglais, comme ces mots d'argot qui n'ont pas le même usage des deux côtés de l'Atlantique.

L'assurance et le vocabulaire du personnage de Linton Barwick évoquent Donald Rumsfeld (secrétaire à la Défense des Etats- Unis de 2001 à 2006) ou Dick Cheney (vice-président de 2001 à 2009). Le général pacifiste George Miller fait penser à Colin Powell (secrétaire d'Etat de 2001 à 2005), un autre général modéré, qui exprima deux ans après les faits son "amertume" sur les preuves de l'existence d'armes de destruction massive en Irak qu'il présenta pourtant en 2003 devant le Conseil de Sécurité de l'ONU. Pour interpréter le général, Armando Iannucci raconte que James Gandolfini a fait de son côté ses propres recherches. "Il a appelé le Pentagone et a invité une belle brochette de généraux quatre-étoiles à déjeuner pour leur demander tout de go s'ils avaient jamais tué quelqu'un ! Il voulait vraiment savoir. Certains ont dû réfléchir un petit moment avant de trouver une réponse."

Fin connaisseur des mœurs de Westminster, Iannucci était a priori moins familier de la politique internationale. Il obtint un rendez-vous avec un des pontes de la CIA. "Je lui ai dit : je ne veux pas faire de documentaire. Je ne veux pas savoir à qui la faute. Je veux simplement comprendre comment ça se passe là-dedans dans une telle situation. Je veux tout savoir, même les trucs ennuyeux. A quelle heure les gens arrivent-ils au bureau pour travailler ? Qui fait quoi ?... Et c'est là qu'on vous répond des trucs marrants, comme le fait que ces administrations sont gérées par des gamins de 23 ans qui passent leur temps à traîner devant la porte de ceux qui ont le pouvoir. Avec ces détails, on peut raconter comment fonctionne un système : l'accumulation de modestes individus qui ont tous leurs modestes intérêts et qui font tous leurs petites erreurs. Avant qu'ils n'aient le temps de voir les choses venir, ils se retrouvent à soutenir une déclaration de guerre."

In the Loop était projeté il y a quelques mois à Washington devant un aréopage d'hommes politiques. Iannucci était là. "Ça a beaucoup, beaucoup rigolé. Et puis à la fin, sur la guerre, c'est devenu plus silencieux et très émouvant. Des sénateurs venaient me dire : Mais oui. C'est bien comme ça que ça s'est passé."

Du côté britannique, Malcolm Tucker, l'homme de main du Premier Ministre, est une caricature à peine voilée d'Alastair Campbell, ancien directeur de la communication et de la stratégie de Tony Blair de 1997 à 2003, personnalité sujette à controverses. Campbell, qui a visionné le film avant sa sortie, s'est empressé de déclarer qu'il ne pouvait pas se sentir visé tant In the Loop était un film décevant, raté et ennuyeux. Sa réaction a beaucoup fait pour la notoriété du film, le réalisateur a tenu à l'en remercier publiquement. Campbell a ajouté qu' In the Loop ne montrait les politiques que comme des gens grossiers et vénaux, alors qu'il avait lui-même constaté tout le contraire pendant ses années au gouvernement. Deux semaines plus tard, en mai dernier, éclatait le scandale des notes de frais colossales des députés britanniques.

Interprété avec une jouissive venimosité par Peter Capaldi, ("Malcom Tucker, c'est Alastair Campbell piqué par la rage" a écrit Time-Out), Malcolm semble doté des mêmes pouvoirs que ceux de Sir Humphrey Appleby, le héros de la fameuse série satirique anglaise "Yes Minister", le modèle du genre dans les années 80. Mais la main de fer d'Appleby portait encore un gant de velours. Malcolm Tucker ne porte pas de gants. Son travail consiste à rappeler violemment aux ministres du gouvernement qu'ils ne servent qu'à mettre en valeur le Premier d'entre eux. Quelle que soit la situation et en déformant éventuellement la vérité. Comme dans la série "The Thick of it", réalisée par la même équipe, les ministres vivent dans l'illusion que ce sont leurs compétences qui leur ont valu leur poste. Alors que Malcolm ne les considère que comme des publicitaires, incapables de surcroît. Jamais on ne voit le Premier Ministre dans In the Loop. Ses motivations n'en paraissent que plus sombres.

Ce qui donne sa valeur au travail de satiriste d'Armando Iannucci, c'est son goût sincère pour la politique. Il est le fin chroniqueur du pouvoir tel que pratiqué par le New Labour de Tony Blair, obsédé par le contrôle de l'opinion, à l'exclusion de tout autre problème. Le gouvernement ne gouverne pas : il n'a pas d'idéologie, il n'a pas de conviction, il n'existe que pour être populaire et réélu, que pour garder le pouvoir. Simon Foster, le ministre du film, est inspiré par Clare Short qui menaça de démissionner du gouvernement en cas de guerre contre l'Irak, avant de décider qu'il était "plus courageux" de rester. Elle finit par démissionner deux mois plus tard.

"J'ai tourné In the Loop , déclare Iannucci, car je voulais montrer que tous ces gens qui se trompent, toutes ces petites erreurs minables ont des conséquences qui peuvent être absolument énormes. Plus je faisais à Washington des recherches sur la "relation spéciale" qui unit nos deux nations, plus je me rendais compte qu'elle n'existait pas. La seule chose qu'à Washington on me disait (à part "Ce que j'adore votre accent!"), c'était : "Ça, on l'a bien eu, Tony Blair !" Je savais que je le tenais, mon film."

Dans l'hebdomadaire conservateur The Spectator, le chroniqueur Toby Young remarquait que la sortie de In the Loop coïncidait avec le 30e anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher... et que le film lui rendait quelque part hommage. Selon lui, il était impossible de voir In the Loop sans se souvenir des vertus de la baronne Thatcher en tant que Premier Ministre. Pendant la première guerre du Golfe, écrivait-il, les relations de la Grande-Bretagne avec les Etats-Unis n'étaient pas scellées par l'obédience. Le chroniqueur admettait cependant, fair-play, qu'Armando Iannucci n'avait probablement jamais été grand fan de Margaret Thatcher.

L'histoire d'In The Loop

Le ministre britannique du développement mondial, Simon Foster, vaguement idéaliste mais surtout ravi de se voir interrogé par la BBC sur le conflit au Moyen-Orient, déclare que la guerre lui semble "imprévisible". Ce dérapage déclenche la colère du terrible Malcom Tucker, l'écossais agressif, directeur de la communication du Premier Ministre. Il somme Foster, son attachée de presse Judy et son nouveau jeune conseiller Toby de s'en tenir à "la ligne officielle" du gouvernement britannique : une guerre n'est pas imprévisible. Ni prévisible d'ailleurs. Point.

Autour d'In The Loop

L'attention des services français a été attirée sur le film In The loop entre avril et juin 2008 quand Londres nous a interrogé sur le tournage chez eux, à New York et Washington d'une "comédie politique" relatant "des faits machiavéliques" et "s'inspirant de personnes réelles". Pour écrire son scénario, le réalisateur s'était introduit grâce à une fausse carte de presse dans les bureaux du département d'Etat à Washington et s'était entretenu avec des personnages influents au sein de la CIA.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 380 entrées
  • 1er jour IDF : 2 135 entrées
  • 1ère semaine IDF : 24 191 entrées
  • Cumul IDF : 59 388 entrées

  • 1ère semaine France : 36 019 entrées
  • Cumul France : 84 783 entrées