Tokyo
Le tour du monde a commencé par Tokyo, où Saito fait son étonnante proposition à Cobb et Arthur, qui déclenche la suite. Démarrant sur un héliport au sommet d’un gratteciel, la scène se poursuit par des plans aériens tournés depuis l’hélicoptère de Saito. «C’était assez compliqué car les règles sur les déplacements des hélicoptères à Tokyo sont très strictes,» souligne Brigham. «Mais ce qui nous a aidés, c’est qu’on a pu compter sur la coopération des autorités locales qui ont été épatantes.» «Cela fait longtemps que Chris voulait tourner à Tokyo et c’était donc une occasion idéale,» reprend Thomas. «On adore cette ville, à la fois tentaculaire et pleine d’effervescence, et Chris voulait que cela se retrouve dans le film.»
L’Angleterre
La production s’est ensuite rendue sur l’un des sites préférés de Nolan : Cardington, hangar pour avions désaffecté, au nord de Londres : cet immense plateau pouvait accueillir plusieurs décors imposants. L’un des décors les plus complexes était un long couloir d’hôtel capable de tourner à 360° pour simuler l’effet de l’apesanteur. Cela a nécessité une collaboration entre le chef-décorateur
Guy Hendrix Dyas, le superviseur effets spéciaux
Chris Corbould et le directeur de la photo Wally Pfi ster.
La production a d’abord envisagé de tourner dans l’entrée, de 12 mètres de long, mais lorsque les scènes d’action se sont avérées plus nombreuses que prévu, c’est un couloir de 30 mètres qui a été retenu. Celuici était suspendu sur huit immenses anneaux situés à égale distance les uns des autres et alimentés par deux énormes moteurs électriques. «J’ai déjà construit des décors pivotants,» précise Corbould. «Mais rien d’aussi gigantesque ou d’aussi rapide.» Une fois opérationnel, le décor pouvait atteindre 8 tours par minute.
Corbould a également travaillé en étroite collaboration avec Pfi ster pour savoir où positionner les caméras sur le plateau pivotant : «Je préfère tourner caméra à l’épaule, mais je ne pouvais pas tenir la caméra tout en me retrouvant la tête à l’envers,» signale Pfi ster, l’air pince-sans-rire. «Du coup,
Chris Corbould et
Bob Hall ont trouvé un moyen de monter une caméra télécommandée sur un plateau qui se déplaçait sur des rails situés sous le plancher.»
Etant donné que le couloir, sous quelque angle qu’on l’envisage, allait être dans le champ, Pfi ster ne pouvait pas se permettre d’installer des lampes habituelles au plafond. «On a plutôt utilisé des appliques et des plafonniers avec des variateurs d’ambiance, ce qui m’a donné pas mal de souplesse.»
Outre le couloir, il y avait aussi une chambre d’hôtel pivotante qui posait ses propres diffi cultés. «La pièce était moins longue, mais il n’y avait que deux anneaux, ce qui fait que chaque anneau avait plus de poids à supporter.» Au moment de concevoir les intérieurs de l’hôtel, Dyas et son équipe devaient prendre en compte le fait que les comédiens et les cascadeurs en investiraient les moindres recoins. «On s’est dit que si les acteurs allaient être propulsés contre les murs, il fallait qu’on utilise des matériaux souples,» explique Dyas. «Par chance, il existe des hôtels modernes qui se servent de cuir et de tissu pour habiller les murs, et on a donc employé ce type de matériaux au-dessous duquel on a mis du rembourrage. Il a aussi fallu qu’on fasse en sorte que les objets tels que les poignées de porte et les appliques se cassent aussitôt sous le choc pour que personne ne soit blessé.» C’était préférable pour
Joseph Gordon-levitt et les cascadeurs qui ont dû passer pas mal de temps sur ce plateau pivotant pour une scène d’action spectaculaire. Avant le tournage, Gordon-Levitt s’est entraîné pendant plusieurs semaines avec le chef-cascadeur
Tom Struthers et son équipe. «En général, pour ce genre de scène, on utilise des doublures car, lorsqu’on tourne sur un plateau pivotant qui tourne aussi vite, les acteurs peuvent se retrouver projetés contre les murs comme dans une machine à laver, et cela peut se révéler assez perturbant. Mais Joe était résistant et souple, et on l’a entraîné pour qu’il se muscle le torse. Il a travaillé très dur et s’est bien débrouillé.»
«Je n’ai jamais été en aussi grande forme physique,» souligne Gordon-Levitt. «Il fallait que je sois suffi samment en forme pour exécuter la cascade, et j’ai aussi dû apprendre à garder l’équilibre et à me battre tout en sautant d’un plateau à l’autre. Pour y arriver, je ne pou-vais pas me dire que le plancher et le plafond étaient inamovibles car ce que je considérais comme le ‘sol’ à un moment donné se dérobait sans cesse sous mes pieds. C’était une gymnastique intellectuelle constante. J’étais le seul à pouvoir garder l’équilibre, même si on a utilisé des câbles pour les plans en apesanteur.»
Il y avait en réalité deux versions du couloir à Cardington : la première qui était pivotante, et la deuxième, construite à la verticale si bien que sa longueur était en réalité sa hauteur, si l’on peut dire. Gordon-Levitt devait être muni d’un harnais et d’un fi lin pour les scènes dans le couloir «vertical», ainsi que dans la chambre d’hôtel où il était censé tourner suspendu en l’air. «Je me suis pas mal colleté à la gravité dans ce film,» s’amuse l’acteur. «Mais j’ai adoré ça. J’ai eu la chance de voler, ce qui a toujours été un rêve, comme pour beaucoup de gens, j’en suis sûr.»
«J’étais ravi que Joe veuille tourner cette scène seul, une fois que l’on s’est assuré qu’il était suffi samment entraîné pour le faire sans risque,» observe Nolan. «C’était un immense avantage car à chaque instant de la séquence, à chaque coup de poing ou de pied,
Joseph Gordon-levitt se coule vraiment dans la peau d’Arthur.» «Je crois que si
Christopher Nolan a autant de succès, c’est surtout parce qu’il arrive à trouver l’équilibre entre une planifi cation minutieuse et une manière d’encourager la spontanéité,» signale le comédien. «Je l’ai constaté tous les jours car, même si les séquences étaient réglées au millimètre près, il faisait toujours en sorte que les comédiens aient voix au chapitre et s’approprient leur dialogue.»
La simulation de l’apesanteur a également infl ué sur le travail du chef-costumier
Jeffrey Kurland et son équipe : «On ne pouvait pas avoir de vêtements trop longs pour ces scènes-là,» indique-t-il, «car en apesanteur, ils se mettraient à fl otter. On a dû fabriquer des lacets en fi l de fer pour qu’ils ne pendent pas et attacher la cravate des acteurs pour qu’elle ne tombe pas tout le temps.»
Tout comme le couloir vertical, la construction de la cage d’ascenseur de l’hôtel représentait un vrai défi . En partant de l’infrastructure existante de Cardington, l’équipe a construit la cage à l’horizontal, le long d’un mur du hangar. Pfi ster a ensuite orienté la caméra de telle sorte qu’elle donne l’impression que l’ascenseur se déplace verticalement. Pour parfaire l’illusion, les câblages devaient rester constamment tendus.
Plus surprenants encore, Corbould et Dyas ont construit un décor de bar d’hôtel sur un gigantesque cardan qui permettait à la pièce de s’incliner, puis de revenir progressivement à l’équilibre. «J’ai construit pas mal de décors sur des cardans, où tout se met à trembler et c’est alors un véritable chaos,» note Corbould. «Mais là, c’était très différent car lorsque le décor s’inclinait, on ne voyait que les verres et les plafonniers se déplacer au même rythme. Cela permettait vraiment d’obtenir l’effet que
Chris Nolan recherchait.»
«C’était un immense décor à faire basculer,» ajoute Dyas. «Pour simplifi er, on pourrait dire que cela fonctionne comme une bascule contrôlée par deux pistons que l’on pouvait actionner pour que la plate-forme s’incline. Je crois que le décor pouvait s’incliner jusqu’à environ 20 degrés, ce qui n’a l’air de rien – tant qu’on n’a pas essayé de s’y tenir debout.»
«Dans la scène, Cillian et moi étions censés être en pleine conversation au moment où le décor se met à s’incliner,» signale DiCaprio. «Il fallait qu’on se cramponne pour ne pas glisser, mais on ne pouvait pas réagir comme on le ferait habituellement : il fallait qu’on reste concentrés. Cela altère votre regard.»
Outre Cardington, la production a tourné dans plusieurs sites londoniens, comme la Flaxman Gallery de l’University College de Londres, où Miles présente Cobb à Ariane, le Farmiloe Building qui date de l’époque victorienne, où la pharmacie de Yusuf a été construite, et l’entrée en verre et en acier d’une ancienne entreprise de jeux, où Arthur démontre le paradoxe de l’escalier de Penrose à Ariane. «On a conçu l’escalier dans le même style que le véritable escalier du bâtiment, pour qu’il s’intègre facilement dans le décor.»
Paris
Après l’Angleterre, la production s’est établie en France, où a notamment lieu une conversation cruciale entre Cobb et Ariane dans un bistrot parisien. Il s’agit en réalité d’une petite boulangerie que Dyas et son équipe ont transformée en café tranquille. A un moment donné, le décor est pulvérisé. Le tournage de l’explosion a nécessité une étroite collaboration entre Corbould, Pfi ster et
Paul Franklin.
La situation a été problématique car la Mairie de Paris n’autorise pas l’utilisation de véritables explosifs, même sous le contrôle d’un dispositif de sécurité. Du coup, l’équipe de Corbould a utilisé de l’azote sous pression pour créer l’illusion d’une série d’explosions qui pulvérisent d’abord les boutiques du coin, puis le café tout entier. Corbould : «On savait que Leo et Ellen allaient se retrouver au beau milieu des explosions, et on a donc tout construit à partir de matériaux légers. Malgré tout, on a fait des essais pendant des semaines avant que je ne sois certain qu’ils ne couraient aucun risque. Le jour du tournage, on avait le sentiment qu’ils étaient parfaitement rassurés : même la tasse en papier n’a pas bougé. C’était un plan formidable.»
Par sécurité, l’équipe de Pfi ster a utilisé six caméras afi n de tourner la séquence sous différents angles. Par ailleurs, elle a été filmée à la vitesse de défi lement la plus élevée possible : «
Chris Nolan voulait que l’on voie les explosions dans un ralenti poussé au maximum, en fonction de la luminosité extérieure,» précise le chef-opérateur. «On a donc tourné à environ 1000 images par seconde, soit plus de 40 fois la vitesse normale de 24 images/seconde. En général, Chris n’est pas un grand adepte du ralenti, mais il y a des scènes dans le film qui le justifi ent totalement.»
Grâce à ce ralenti extrême, les débris de l’explosion semblent rester en suspension quelques instants avant de retomber. Le département effets visuels de Franklin a ensuite accentué cet effet, et notamment «les morceaux de ciment, de verre et d’autres objets coupants qui auraient mis en danger les acteurs et les fi gurants présents sur le plateau,» signale Franklin.
L’équipe effets visuels a aussi fi nalisé d’autres séquences décisives, comme celle où Ariane découvre les possibilités infi nies qu’offre le monde des rêves, ou encore celle où Ariane recrée le célèbre Pont de Bir-Hakeim sur les quais de la Seine.
Tanger
Le site le plus exotique pour l’équipe d’
Inception était incontestablement Tanger, au Maroc. Cette ville côtière a été utilisée pour évoquer Mombassa, où Cobb cherche la trace d’Eames, le meilleur faussaire de la profession, qui à son tour présente le chimiste Yusuf au protagoniste.
La production s’est installée à Tanger début août, où elle a été frappée par une chaleur caniculaire. «Il y a beaucoup de grands films qui ont été tournés au Maroc, et les techniciens marocains sont très doués,» explique
Chris Brigham. «Quand on tourne avec des gens qui ont l’habitude des superproductions, et que les fi gurants ne sont pas gênés par la présence d’une équipe de tournage, c’est un véritable atout.»
«Le Maroc est un pays dont les paysages excitent les sens,» ajoute Pfi ster. «L’architecture est à des antipodes de ce que l’on voit en Occident, et les rues et les couloirs nous ont fourni une matière très riche avec laquelle élaborer nos décors. Un vrai bonheur pour les yeux.» Nolan avait toute confi ance dans l’intuition de son directeur de la photo : «J’ai travaillé avec Wally sur plusieurs films, et il a un regard extraordinaire,» dit-il. «En plus, il se met toujours au service de l’intrigue et ne tombe jamais dans l’esthétisme gratuit. C’est un allié précieux pour savoir si on progresse bien d’une scène à l’autre pour permettre au spectateur de plonger dans l’univers du film.» La séquence de course-poursuite haletante a été tournée dans les ruelles étroites du Grand Souk historique de Tanger.
Jordan Goldberg : «Cobb tente d’échapper à des gens qui veulent l’attraper, voire le tuer. Il devait faire près de 40° ce jour-là et, prise après prise, Leo courait à toute vitesse. Il s’est donné à fond et a rendu la séquence totalement vraisemblable.»
Pour tourner la course-poursuite, Pfi ster explique que Nolan et lui ont privilégié un style «proche du reportage de guerre,» dit-il. «Chris adore cette façon de faire et moi aussi. Il y a des scènes où cela se justifi e davantage, et c’est assurément le cas de la course-poursuite. Du coup, on a adopté plusieurs méthodes : on est monté à l’arrière d’un véhicule tout-terrain en filmant caméra à l’épaule, et puis on a roulé à travers les rues, tandis que Leo nous suivait en courant. On a aussi utilisé la Steadicam, on a tourné des plans larges aériens, et j’ai aussi filmé quelques images caméra à l’épaule en courant en marche arrière, tout en faisant en sorte que les plans soient bien cadrés.»
La production a encore tourné une scène d’émeute sur le marché principal de Tanger. La séquence, répartie sur trois zones, a nécessité la présence de cascadeurs, des membres de l’équipe de
Chris Corbould et plusieurs fi gurants recrutés sur place. «Ils ont tout dévasté, mais cela s’est passé en toute sécurité, et le résultat a été formidable,» affi rme Struthers.
Los Angeles
La production s’est ensuite établie dans la région de Los Angeles, où plusieurs décors ont été construits dans un studio de la Warner, à l’instar des salles du château japonisant de Saito. Le décor le plus impressionnant est sans doute la superbe salle à manger aux murs dorés et ornés de motifs et au plafond muni d’une douzaine d’appliques.
Guy Hendrix Dyas : «Les murs de la salle à manger s’inspirent d’un motif de pins et de faucons, que l’on trouve au château Nijo qui date de 1603. Mais il ne s’agissait pas d’une reconstitution historique car on s’est aussi inspiré d’autres exemples de l’architecture japonaise, sans parler de nos infl uences occidentales. C’est donc un mélange de plusieurs styles qui nous donne un aperçu général de la culture japonaise, plutôt qu’une ou deux références précises en particulier.»
Autre accessoire infl uencé par la culture japonaise : le smoking que
Jeffrey Kurland a conçu pour Saito.
Ken Watanabe signale : «Jeffrey voulait lui donner un côté kimono japonais, et il a donc mêlé l’infl uence orientale à la mode occidentale de manière très intéressante. Tous les costumes qu’il a confectionnés ont une magnifi que silhouette.»
Thomas : «
Jeffrey Kurland a fabriqué des costumes magnifi ques. Il n’a rien acheté dans des boutiques, mais le moindre vêtement a été conçu comme l’expression de la personnalité du personnage censé le porter, qu’il s’agisse des costumes traditionnels et sur mesure d’Arthur ou de ses chaussures habillées, ou encore des tenues d’Eames qui en mettent plein la vue. J’aime particulièrement les costumes de Mall, comme sa magnifi que robe vaporeuse dans laquelle on la découvre. C’est une femme fatale et ses costumes traduisent cette dimension.»
Le château japonais comprenait également une salle avec une mezzanine, des poutres au plafond, de grandes baies vitrées et un escalier en bois massif menant à la mezzanine. Corbould : «C’était un décor magnifi que. J’ai souvent de la peine pour les chefs-décorateurs car ils construisent des décors sublimes et, dans 90% des cas, on fi nit par les détruire.»
«C’était un gag récurrent entre nous,» note Dyas. «Mes gars travaillent d’arrache-pied pour fabriquer ces décors avec d’infi nies précautions, et puis Chris débarque et fait tout exploser. Il nous a refait le coup à Calgary – mais il le fait tellement bien que je ne trouve rien à redire !» L’équipe de Corbould, accompagnée du coordinateur effets spéciaux Scott Fisher, a «piégé» le château pour qu’il soit prêt à s’effondrer, sous la force de trombes d’eau qui pulvérisent les baies vitrées et inondent l’espace. Pour y parvenir, Corbould et son équipe ont utilisé une douzaine de jets d’eau sous pression de chaque côté du décor. «On les a déclenchés les uns après les autres pour qu’il y ait une progression de l’intrusion de l’eau, depuis le fond jusqu’à l’avant de la pièce,» indique Corbould.
Le département effets spéciaux a également mis au point une pluie diluvienne pour une course-poursuite échevelée entre plusieurs véhicules à travers les rues du centre de Los Angeles. Pour obtenir l’effet recherché, l’équipe a installé des pulvérisateurs sur le toit des immeubles environnants. «Ce n’était pas qu’une petite bruine,» se rappelle Corbould. «Sur le plateau, tout le monde était trempé toute la journée, y compris Chris, qui était au beau milieu du décor. Il nous a donné l’exemple.» «Chris a un grand principe,» renchérit
Emma Thomas. «S’il demande aux acteurs et aux techniciens de faire quelque chose, il se sent l’obligation de le faire aussi.» Seule diffi culté : comment tourner une pluie torrentielle à Los Angeles alors qu’il fait grand soleil et comment régler les problèmes d’éclairages ? «Après avoir prié pendant des semaines pour que le ciel soit couvert, j’ai fi nalement renoncé à cette méthode et je me suis mis à réfl échir sérieusement pour savoir comment contourner le problème du soleil,» note Pfi ster, en plaisantant. «Mon chef machiniste, Ray Garcia, a été formidable : il a repéré la trajectoire du soleil sur une journée et, grâce à des nacelles élévatrices qui ont acheminé ses gars sur le toit des immeubles, il a utilisé des drapeaux noirs comme des persiennes pour empêcher le soleil de fi ltrer sur le plateau. Cela a été d’une redoutable effi cacité.» Mais il n’y a pas que la pluie qui pouvait surprendre ce jour-là à Los Angeles : Nolan et son équipe ont aussi fait dérailler un train de marchandises en pleine rue !
Nolan : «C’était une séquence à ne surtout pas rater car, même s’il s’agit d’une situation surréaliste, il fallait qu’elle ait l’air vraisemblable. On devait donc montrer le chaos que peut provoquer un train qui percute des voitures et des magasins. C’est le type de scène d’action spectaculaire qui peut repousser les limites du genre et s’avérer époustoufl ant pour le spectateur. Et pourtant, aussi impressionnante soit l’action, elle doit s’appuyer sur des personnages auxquels le public peut s’identifi er.» Etant donné qu’il n’y avait pas de voie ferrée à proximité, il était impossible d’utiliser un véritable train.
Tom Struthers a alors eu l’idée d’installer un moteur de locomotive sur le châssis d’une remorque de tracteur. Malheureusement, l’écartement des essieux était encore trop petit. Le coordinateur des véhicules Tyler Gaisford explique : «On a étiré le train de transmission et le groupe propulseur et on ajouté une tablette en acier et renforcé les suspensions pour supporter le poids supplémentaire, car au fi nal, cela représentait près de 11 tonnes.»
Le train a été reproduit d’après un véritable train de marchandise. «Certaines pièces de notre train ont été fabriquées grâce à des moulages en fi bre de verre réalisés à partir de véritables pièces ferroviaires, afi n que tout ait l’air authentique,» indique Dyas.
Restait encore à piloter le train. «Quand on doit conduire un véhicule de 18 mètres de longueur, de 3 m de largeur et de 4 m de hauteur, cela devient très diffi cile de le manœuvrer et le rayon de braquage était inexistant,» affi rme Gaisford. «En outre, le conducteur avait très peu de visibilité car on a dû construire une bonne partie du dispositif autour de la cabine de la locomotive, si bien qu’on a fi ni par installer de petits écrans à l’intérieur et des caméras à l’avant, à l’arrière et sur les côtés de la cabine dont le conducteur s’est servi pour se repérer.»
Le conducteur n’était autre que
Jim Wilkey qui a également piloté le camion qui exécute une pirouette spectaculaire dans The Dark Knight. «C’est le meilleur,» dit simplement Struthers.
Autre véhicule – plus conventionnel – utilisé dans le film : une fourgonnette blanche qui transporte les comédiens au cours de plusieurs séquences d’action éprouvantes. Gaisford : «En réalité, on a utilisé 13 fourgonnettes pour le tournage, et on a passé beaucoup de temps à les adapter à nos besoins, qu’il s’agisse de plans en intérieurs, en extérieurs, sous l’eau ou pour la scène des tonneaux.»
La fourgonnette employée pour la scène des tonneaux a été montée sur une plate-forme capable de pivoter, tandis que les comédiens étaient attachés à l’intérieur du véhicule. «Ils étaient tous munis de harnais à cinq points sous leur costume, comme un conducteur de stock-car, ce qui fait que c’était confortable et sûr,» souligne Struthers. «Ils ont tous joué le jeu : après une première tentative, ils étaient tous prêts à le refaire.»
«J’ai adoré exécuter toutes ces cascades,» s’enthousiasme
Ellen Page. «Pendant qu’on tournait, je n’arrêtais pas de me dire que je mourais d’envie de voir le résultat fi nal. Je pense que ça va être sensationnel !» Une des fourgonnettes a été équipée spécialement pour aller sous l’eau. «On lui a retiré le moteur, le groupe propulseur et les différents liquides, et puis on a nettoyé l’intérieur de l’habitacle et la carrosserie à la vapeur pour détruire tous les contaminants dans un souci de respect de l’environnement,» souligne Gaither.
A Los Angeles, la production a également tourné dans un entrepôt du centre-ville, utilisé pour incarner l’atelier parisien de Cobb et son équipe, le réservoir d’eau des Studios Universal, le port de San Pedro et un quartier de Palos Verdes où une partie du décor du château de Saito a été aménagée.
Calgary
Le tournage s’est achevé à Calgary, au Canada, où l’équipe a filmé plusieurs images de montagne près de Banff. Le régisseur général avait découvert la station de ski de Fortress Mountain, qui avait été fermée. Le fait qu’elle soit accessible, mais fermée au public, en faisait un lieu de tournage idéal.
La chaîne de montagnes offrait un cadre majestueux à l’équipe. «Au cours des repérages, on a sillonné les pistes en motoneige et l’air devenait de plus en plus rare,» se souvient Dyas. «A un moment donné, nos guides nous ont dit que pour s’aventurer vers le sommet, il fallait être un skieur chevronné ou un vrai montagnard. Ils ne s’en doutaient pas, mais ils n’avaient fait qu’attiser notre curiosité. Chris a tout de suite voulu qu’on fonce vers le sommet. On est monté aussi haut qu’on a pu, car Chris tenait à avoir un paysage majestueux.»
Plusieurs mois avant le tournage à Fortress Mountain, l’équipe a construit un bâtiment à plusieurs étages qui ressemblait à une véritable forteresse. Le froid polaire qui y régnait s’est avéré gênant pour l’équipe : «dès qu’on trempait le pinceau dans le pot de peinture, celleci gelait instantanément,» note Dyas. «Il a fallu construire une sorte d’appentis qui nous permettait de réchauffer un espace le temps de le peindre. Et puis, on le déplaçait au fur et à mesure de notre progression.» Les contraintes géographiques rendaient impossible l’utilisation d’engins de construction traditionnels. Du coup, l’équipe a dû construire le bâtiment presque entièrement à la main. En outre, malgré les apparences, le béton n’a aucunement été employé pour bâtir la forteresse : elle a été fabriquée en bois d’épicéa non traité pour éviter toute empreinte durable sur l’environnement. Mais une fois le décor construit, il manquait encore un élément : «Une semaine avant qu’on ne parte pour le Canada, où nous devions tourner une scène importante sous la neige, il n’y avait toujours pas de neige,» rapporte Thomas. «Chris avait réfl échi à un Plan B, au cas où il ne neigerait pas, mais rien ne pouvait remplacer la vraie neige. Et puis, deux jours avant notre arrivée, il s’est mis à neiger. On a eu beaucoup de chance. Mais à partir de ce jour-là, la neige ne s’est pas arrêtée !» Outre la neige, des vents violents se sont abattus sur la région. Pour autant, la production a utilisé les conditions climatiques à son avantage. «Tant qu’à affronter les éléments, autant en tirer parti,» relève Pfi ster. «On les a donc intégrés à nos images.»
«Il faisait un froid polaire, et le vent était terrible, mais je crois que cela a donné une vraisemblance inouïe au film,» ajoute Nolan.
La plupart des scènes d’action de Calgary ont été tournées à ski, ce qui a obligé les comédiens à se débrouiller sur une piste.
Tom Hardy se souvient : «Chris m’a demandé si je savais skier et, pendant un instant, j’ai été tenté de lui dire “oui bien sûr”, comme le ferait n’importe quel comédien dans une situation pareille. “Alors Tom, tu sais monter à cheval ? Absolument. Sais-tu piloter un avion ? Oui, bien sûr. Est-ce que tu sais skier ? Comme un pro ! ”Dit-il en riant. Mais je lui ai dit la vérité, d’autant que je me doutais que je serais démasqué dès qu’on se retrouverait sur les pistes.» «Tom ne m’a jamais dit qu’il savait skier» reprend le réalisateur. «Mais quand je lui ai posé la question, il est resté silencieux pendant un moment – ce qui en disait long sur son questionnement intérieur : allait-il m’annoncer qu’il ne savait pas skier ou pas ? J’ai alors compris qu’il ne savait pas skier. Ceci dit, il est arrivé au Canadaavant nous pour prendre des cours intensifs de ski. Il a fi ni par être assez bon, ce qui se voit à l’image.»
Les membres de l’équipe de
Tom Struthers devaient tous être d’excellents skieurs : il a donc sélectionné les meilleurs sportifs, dont deux skieurs de l’extrême. «L’un de mes gars, Ian McIntosh, gagne sa vie en affrontant des avalanches à ski et en sautant depuis des glaciers à 30 mètres au-dessus du sol,» déclare Struthers. «Il a été hallucinant.»
Nolan et Pfi ster ont confi é le tournage des scènes d’action, en pente ou en ski de fond, à des experts. «Environ 85% des plans qu’on a tournés à Calgary ont été réalisés caméra à l’épaule,» reprend le chef-opérateur. «J’en ai tourné quelques-uns, mais je suis skieur amateur, et je ne pouvais pas imaginer de me retrouver sur des pistes diffi ciles, et encore moins avec une caméra ! On a fait appel à Chris Patterson, qui s’est spécialisé dans le tournage sur skis pour des films et des publicités. Il a obtenu des plans sidérants.»
Certains plans spectaculaires ont aussi été tournés depuis un hélicoptère, grâce au pilote Craig Hoskins et au directeur de la photo, spécialisé dans les images aériennes,
Hans Bjerno. Ils avaient déjà collaboré à Insomnia, Batman Begins et The Dark Knight. «Entre le vent et la neige, ils ont dû affronter des conditions très dures et s’en sont remarquablement bien sortis.»
«On s’est retrouvés dans des situations extrêmes – une chaleur caniculaire, des pluies torrentielles et une tempête de neige – et c’est ce que l’on recherchait dans ce film,» reconnaît Nolan. «On a emmené les comédiens au sommet de montagnes, sous l’eau et aux quatre coins du monde, et ils ont relevé tous nos défi s. Il n’y a rien de tel que le tournage en décors naturels car il apporte une authenticité unique. Et surtout, le spectateur a l’impression qu’on l’emmène dans un endroit où il n’est jamais allé.»
«Pour les comédiens, c’était d’autant plus intriguant que c’étaient des expériences inédites pour la plupart d’entre nous – comme ça le sera pour le spectateur,» affi rme DiCaprio. «On allait de découverte en surprise, sans jamais savoir ce qui allait se passer par la suite, et je pense que le film va être un spectacle exaltant !»