Entretien avec Yamina BenguiguiComment le cinéma est-il entré dans votre vie ?
J'allais au ciné-club de mon quartier. Le premier film que j'ai découvert là-bas, c'était America America d'Elia Kazan. Le film de Kazan m'avait touchée parce qu'il traitait de l'immigration et du sort des minorités et que cette histoire, c'était aussi mon histoire, celle de mes parents, que personne n'avait jamais racontée, l'histoire de cette frange de la population française qui était la communauté musulmane totalement invisible dans la cité. Le film de Kazan m'avait fait prendre conscience de la force de l'image comme moyen d'expression. Mon choix était fait, j'utiliserai à mon tour l'image pour m'exprimer. C'est grâce à ma rencontre avec Jean Daniel Pollet que ce rêve va devenir réalité.
Le deuxième élément déclenchant pour moi, après le film de Kazan, ce fut la Palme d'Or de Lakhdar Amina pour Chronique Des Annees De Braise en 1975. J'avais 15 ans. J'ai vu cet Algérien, monter sur scène, à Cannes. Soudain, tout était possible. Je lui ai d'ailleurs écrit une lettre qu'il n'a jamais reçue. Je ne sais pas si j'aurais osé quoi que ce soit, sans lui. Il m'a fait passer du rêve à la réalité. Comment aurais-je osé rêver de cinéma, moi qui n'ai même pas le droit de maîtriser mon destin ?
Vos parents ressemblaient au couple que forment Zouina et son mari dans le film ?
Ma mère était rebelle, mais en même temps, c'était elle la gardienne des traditions. Mon père nous donnait des cours d'Arabe. A la maison, il nous décryptait les informations à sa manière. Il a beaucoup forgé mon identité algérienne. Mon père était musicien. C'est un aspect de sa personnalité. En réalité, je crois profondément que je lui ressemble plus qu'à ma mère. Il était tellement atypique ! Cet homme qui s'évertue à jouer "Apache" sur sa guitare électrique dans le film, c'était lui. Il jouait avec sa partition. C'était assez unique pour un homme de sa génération. Il adorait les Shadows, il avait une vraie culture musicale anglo-saxonne. Il était très doué. |
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