Notes de Prod. : Incognito

    en DVD le 18 Novembre 2009

Entretien avec Franck Dubosc

Tous, de Bénabar, Jocelyn Quivrin à Eric Lavaine, ne jurent que par Francis, le personnage que vous interprétez dans Incognito...
C’est par Francis que la comédie arrive. L’histoire arrive via Lucas et Thomas (qu’incarnent Bénabar et Jocelyn Quivrin) et Francis, le clown, fait la jonction des deux. Mais Francis ne serait pas drôle sans ces deux autres personnages. À chaque fois, c’est le rebond sur ses interlocuteurs qui rend Francis drôle. C’est le principe même de la comédie. C’est cela qui m’a plu : ne pas avoir à faire un numéro. On peut facilement me demander de faire un numéro et d’oublier, qu’en face, j’ai des partenaires. Je pense que d’avoir beaucoup joué avec d’autres acteurs dans mes précédents films m’a aidé à, aujourd’hui, admettre qu’il est plus facile d’être drôle avec les autres que tout seul. Le cinéma n’est pas un One Man Show. Et tous ces films me le confirment. Jouer avec les autres me permet de découvrir bien d’autres facettes... En fait, on s’ouvre. Le one man show, c’est très intéressant mais tellement égoïste. Alors qu’au cinéma, on se rend compte de l’importance capitale du partenaire, quelqu’un qui renvoie la balle dans ma raquette.

Un équilibre difficile à trouver car rien ne dit qu’il y aura osmose – humainement et professionnellement – entre vos partenaires et vous...
Bénabar, Jocelyn et moi sommes un peu de la même génération; du moins, nous sommes dans la même réalité. Ce qui fait l’union, c’est le capitaine du navire : le réalisateur. S’il tient bien la barre, ses matelots s’entendent à merveille ; et Eric Lavaine est un bon navigateur. Il sait ce qu’il veut ; et pour les acteurs, c’est un poids en moins. Qui plus est dans le registre de la comédie. Quand on évolue, comme moi, dans ce registre, on peut facilement tomber dans le “Laisse-moi faire, je sais ce que je fais” ; et lorsque l’on se retrouve en face d’Eric, il se trouve qu’il sait aussi très bien faire de la comédie. Je me sentais donc plus libre. Eric était un peu comme une gomme, en fait...

A-t-il gommé plein de choses ?
Pas tellement, car nous avions bien discuté en amont. Il ne voulait pas que j’en fasse trop... et moi non plus ! Ce n’était pas un “numéro” de Dubosc, mais un film. Ça a été très clair tout de suite ; il n’a pas eu à se battre contre ça, même si parfois c’est moins évident. Il est facile, sur un plateau, de faire le petit truc qui va faire rire toute l’équipe mais qui n’est plus dans le film. C’est là qu’intervient le metteur en scène ; et Eric sait faire ça.

Qui est Francis ?
Francis Laporte est un mec sympathique. C’était la condition sine qua non : le rendre sympathique puis crédible le fait qu’un type comme Lucas l’héberge pendant plus de dix ans chez lui malgré son succès. Un parasite est indispensable à l’artiste ; et Francis est un bon parasite.

Vous en avez un, vous-même, de parasite ?

En général, quand on en a un, on ne s’en rend pas compte. Lucas ne s’en rend pas compte, car Francis lui est trop indispensable. Mais, vu de l’intérieur, un parasite est un ami. Francis est l’ami de Lucas ; et c’est pour cette raison que Lucas accepte tout de lui. Il peut avoir envie de gifler Francis, mais il ne passe jamais à l’acte. Par chance, Francis est émouvant ; et il l’est grâce aux autres, à leur regard. Francis croit à son suc- cès d’acteur de théâtre. Et voilà que Lucas demande à cet acteur au chômage de jouer une vedette ! Et au lieu d’incarner une vedette de cinéma, Francis préfère interpréter une vedette de théâtre. Je trouve que c’est une bonne idée de scénario; cela révèle une belle mentalité qui le rend sympathique aux yeux du spectateur car il ne monte pas dans les hautes sphères. On lui demanderait de camper un joueur de tennis, il ne choisirait pas un joueur international, juste un prof de tennis. Il a une simplicité qu’il exprime, comme ça, par petites touches. Lorsqu’il dit : “C’est bien d’être riche” ; c’est une réplique que j’avais proposée à Eric qu’il a tout de suite pris. On sait que l’on peut faire rire avec cette petite phrase, mais cela prouve aussi que Francis est quelqu’un qui pense. Et Francis n’est pas un personnage juste drôle.

... Pour rendre votre relation d’amitié plausible.
Exact. Mais nous nous en étions assurés en amont. Je suis arrivé le dernier sur le tournage. Le tout, c’est de ne pas prendre trop de place ; il y a une couverture pour trois, il faut prendre sa part. Et recouvrir l’autre s’il se découvre. Si Bénabar ne s’est jamais découvert, c’est parce qu’il est très travailleur.

Mais il n’y a pas que le travail ; il faut avoir la fibre de comédien en soi...
Il l’a sur scène, lorsqu’il chante, saute, s’adresse à son public, il est lui-même, mais, en même temps, il joue un rôle. Le soir, quand il rentre chez lui, c’est un homme normal. C’est ça, quelqu’un qui fait de la scène. Il est forcément un peu un autre. Même si ce n’est pas le même métier, il y a des similitudes. De la même manière, lorsque j’ai abordé la comédie au cinéma, j’avais l’avantage d’avoir déjà eu l’expérience de la scène dans ce registre. Quoi qu’on dise, dans les deux domaines, on doit faire semblant. Et Bénabar sait faire semblant.

Pour les spectateurs, Bénabar est une découverte et vous êtes une redécouverte...
C’est peut-être parce que c’est la première fois qu’on me regarde. Peut-être parce que, pour en arriver à Incognito, j’ai enchaîné quelques gros rôles juste avant. Donc, j’apprends. Je suis arrivé dans la cour sans rien savoir ; il faut laisser un peu de temps. Certains passent par beaucoup de films pour exister auprès du public, mais moi, Camping (que l’on considère comme mon premier film) m’a jeté dedans ! Quand je regarde le travail que je fournis, il est équivalent que ce soit dans Disco ou prochainement CinÉman. J’avais juste la lourde tâche qui consiste à avoir le premier rôle. Sur Incognito, je suis plus libéré car je n’ai pas cette notion à l’esprit ; c’est Bénabar qui prend tout le poids. C’est peut-être ça qui joue.

Jocelyn Quivrin loue votre professionnalisme et votre côté bon camarade...

Mais je suis comme ça depuis le début ! Et je ne sais pas pourquoi je m’en surprends encore moi-même ! Je l’explique en disant que j’apprends. Je me dis juste que je serai peut-être encore meilleur dans le prochain film. J’ai compris et appris beaucoup de choses. Je suis passé d’un spectacle sur un petit cube jaune au fond d’un bar à des Zénith de cinq mille places. Là aussi, on pourrait dire que l’on me redécouvre. Non, j’ai simplement appris à prendre confiance en moi. Au début, je me regardais beaucoup... Maintenant, je sais qu’il y a des gens qui le font pour moi.

Francis à l’air beaucoup plus nuancé que vos précédents personnages...
Non, je ne pense pas. Ils n’ont rien à voir. Francis est nourri de tous ces personnages que j’ai interprétés. Et puis, il y a eu comme un tilt qui s’est fait avec Eric. On s’est compris ; il a trouvé en moi son Francis alors qu’il ne l’avait pas écrit pour moi. J’étais très décontracté lors du tournage ; et je suis persuadé que cela joue beaucoup. Et je me suis senti aimé. En tout cas, je n’ai ressenti aucune pression.

Francis est très touchant lorsque, dans l’entrebâillement d’une porte, il observe Lucas dans son intimité ; il n’y a jamais rien de scabreux. Il est juste heureux pour son ami.
En fait, Francis est touchant souvent lorsqu’il ne parle pas. Qu’il regarde Lucas faire l’amour ou lorsqu’il est sur la scène de l’Olympia devant le public de son pote. Et là, moi, je n’ai rien à faire. Car ce sont les spectateurs qui, au bout d’une heure et demie en compagnie de Francis, font le reste. C’est le public et les partenaires qui font tout le travail. On a vu Francis qui rêve d’être acteur tout le film et le voilà, d’un coup, sur la scène de l’Olympia. Je n’ai plus rien à dire, le public est avec moi.

Et avec Bénabar, dont c’est le premier premier rôle au cinéma.
Bénabar fait de la scène. La pression, il connaît. Il sait jusqu’où il peut aller et le travail qu’il doit accomplir pour parvenir à tel résultat. Il a beaucoup travaillé sur le film. Déjà, la base : apprendre son texte. Ça paraît une évidence comme ça, mais il s’est comporté comme un sportif qui, avant de commencer, met la meilleure tenue possible pour être au top. Après, il sait qu’il va devoir s’entraîner, écouter, regarder... Et c’est ce qu’il a fait. La scène lui a appris que tout passe par le travail. Très vite, il a pris le pli. Bien sûr, il y a toujours cette phase d’observation, notamment face à Francis, qui est un clown. Il a fallu se glisser dans cet univers, car c’est son personnage qui me renvoie la balle.

Éric Lavaine accorde une importance particulière à l’amitié et à sa représentation via “le film de potes”. En a-t-il réalisé un, selon vous ?
Oui. Il n’y a pas un projecteur sur moi. C’est un film avec trois personnages principaux, il se trouve que je suis au milieu. Et chacun est très l’aise dans le registre qui est le sien. Quand Francis évoque sa carrière d’acteur de théâtre au Mans, ce qui m’aide, c’est d’avoir Jocelyn qui m’écoute en face de moi. Sans lui, je ne peux pas jouer ça. Sans lui, je fais du One Man Show, je surjoue. Tandis que là, je suis obligé d’être honnête pour que lui y croie. Incognito est un film qui bénéficie d’un beau cocktail : il y a un acteur, un humoriste et un chanteur qui font tous les trois l’acteur. On mélange et on obtient un cocktail savoureux. Le soir de la première journée de tournage, je suis rentré dans ma chambre d’hôtel avec la sensation d’avoir été bien. Et je peux vous dire que c’est assez rare pour être souligné.

Vous avez un regard très dur sur vous-même ?
Je me déplais toujours. Sauf là : je suis rentré dans ma chambre d’hôtel satisfait. C’est effectivement l’accumulation de rôles, de jeux, de leçons tirées de collaboration avec d’autres metteurs en scène qui fait que j’arrive avec un instrument mieux accordé. Tout le monde y gagne : moi, les futurs metteurs en scène... L’expérience commence à s’installer. Je joue moins, je m’amuse plus. Et je cherche moins à être drôle à tout prix, je cherche à être le personnage. Le côté second rôle libère de la pression. J’ai joué beaucoup de personnages que l’on aurait pu retrouver dans une bande dessinée, que l’on peut décrire d’une seule couleur... Sur Incognito, c’est la première fois que je joue un personnage qui a plus besoin de l’acteur que de Franck Dubosc.

Auriez-vous regretté d’avoir loupé Francis ?
Je ne suis pas d’un naturel à regretter, mais j’avoue qu’après avoir travaillé avec cette équipe et vu le film, j’aurais certainement regretté ces deux mois de bonheur. Je suis fier d’être dans Incognito.

Irez-vous désormais plutôt vers ce genre de personnage plus nuancés ?
Je pense qu’il faut les deux. Le prochain Patrick Chirac sera forcément aidé par Francis ; comme Patrick Chirac aura aidé Francis. C’est un jeu cyclique. Même quand on écrit, on s’imprègne de ses expériences. Et puis tout va plus vite : lorsque j’arrive à l’image, les gens ont compris les codes, on a plus besoin de poser de repères ; on peut gommer beaucoup de choses. Je suis plus difficile dans le choix des films que dans le choix des rôles. Je ne veux rien m’interdire. Pour moi, ce sont désormais les histoires qui priment, qu’elles soient drôles ou pas. Et c’est à moi de m’inscrire dans ces histoires. Ce ne sont pas les personnages que je recherche, mais l’émotion.

Notes de tournage...

Le 4 Décembre 2007 - Bénabar ne passera pas 'incognito' sur grand écran

Eric Lavaine, réalisateur de Poltergay se lance dans une nouvelle comédie, Incognito, et a choisi le chanteur Bénabar pour tenir le premier rôle. Très investi, Bénabar a également participé à l’écriture du scénario, et écrira les chansons originales du film.

Entretien avec Bénabar

C’est votre première expérience d’acteur ; en aviez-vous envie depuis longtemps ?
C’était plutôt quelque chose qui m’excitait secrètement, comme plein d’autres choses dont on a envie mais que l’on ne va pas forcément réaliser : grimper l’Annapurna, conduire une Ferrari ou faire du saut à l’élastique... C’est ce genre de trucs-là pour lesquels on se dit que c’est probablement super sans que ce soit le feu sacré. Ce qui n’empêche pas une vraie attirance pour ce boulot-là.

Entretien avec le Réalisateur

Comment est né Incognito?
Je m’en souviens très précisément : je passais des vacances à Naples et un matin, en courant le long de la baie, je tombe sur un type qui joue un morceau méconnu de U2 à la guitare électrique. Je m’arrête pour l’écouter et je lis dans ses yeux : “J’ai composé ça cette nuit, qu’est-ce que tu en penses, mon pote ?”. Je suis rentré à mon hôtel et j’ai écrit le pitch d’Incognito. L’histoire simple d’un mec qui s’est approprié les chansons d’un autre. A Paris, j’ai écrit un traitement d’une vingtaine de pages qui racontent l’histoire telle qu’on la voit à l’écran. Puis avec l’aide d’Hector Cabello Reyes et de Bénabar nous avons finalisé le script.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 320 entrées
  • 1er jour IDF : 6 697 entrées
  • 1ère semaine IDF : 110 266 entrées
  • Cumul IDF : 289 680 entrées

  • 1ère semaine France : 450 026 entrées
  • Cumul France : 1 250 138 entrées