Alan Mak
Il a fallu que cette industrie touche le fond pour que nous commencions à nous poser des questions et à faire des films qui nous touchent. Avant, tout le monde était beaucoup trop occupé. Mais en 2002, la vague est retombée. La morosité ambiante nous a d'abord incités à faire une comédie, mais, après mûre réflexion, nous avons décidé de réaliser INFERNAL AFFAIRS. Bien que ce ne fût pas un film particulièrement joyeux, il nous a paru être de son temps et nous avons eu l'espoir qu'il relance la fréquentation et donne un coup de fouet à notre cinéma. Nous sommes très fiers de la réaction du public, non seulement à cause de l'accueil critique et du succès commercial, mais aussi parce que nous avons montré qu'on pouvait stopper le déclin de notre cinéma, et espérer ramener les gens dans les salles en s'appuyant sur un nouvel état d'esprit.
Les films d'action et les histoires de flics et gangsters ont contribué à la réputation du cinéma de Hong Kong, et on a tourné dans les années 80 de nombreux films sur la pègre. Mais on en voit peu aujourd'hui, car les goûts du public ont évolué et les comédies romantiques constituent maintenant le gros de la production. Il y a une certaine dose de nostalgie dans INFERNAL AFFAIRS, mais je crois que le public est surtout sensible à une nouvelle approche d'un genre familier, avec l'introduction d'une pincée de bouddhisme et de thèmes inédits comme le choix, la pitié, l'esprit chevaleresque.
Il m'a fallu trois ans pour développer l'histoire, puis écrire le scénario, sans savoir si quelqu'un prendrait en charge le projet. Ayant essuyé de nombreux refus, j'avais décidé de renoncer au cinéma si j'échouais cette fois là. Par chance, INFERNAL AFFAIRS a bien marché et j'ai pu persévérer, mais je connais beaucoup de collègues qui ont encore les mêmes soucis. Cela ne tient pas à la qualité de nos films, mais à la mauvaise situation économique de la région qui n'encourage pas les gens à se rendre au cinéma. D'autant qu'il leur suffit d'attendre un mois pour voir surgir cassettes et dvd pirates qui ont significativement aggravé la situation.
Andrew Lau
Nous avons commencé ce tournage avec un script complet, minutieusement découpé, ébut du tournage et ils ont tous été conquis par l'histoire, ainsi que nos investisseurs qui ont pu cerner la nature du projet et s'y engager en toute confiance.
Nous nous posions des questions sur notre avenir lorsque nous avons fait INFERNAL AFFAIRS, mais nous avons tenté de faire de notre mieux en surmontant les carences traditionnelles de notre cinéma en matière d'écriture, de casting et de postproduction.
Andy Lau
En vingt ans de carrière, c'est la première fois que je tourne un film où toutes mes scènes s'enchaînent de façon aussi rigoureuse. Je serais d'ailleurs incapable d'isoler la moindre scène pour juger du travail et de mes partenaires. Le film doit être vu dans sa continuité si l'on veut comprendre notre style de jeu et les relations des personnages. Car chacun ici tire sa force de celui qui se tient derrière lui et le soutient : Ming s'appuie sur le personnage de
Sammi Cheng, Yan sur celui de
Kelly Chen, mais il est également hanté par le souvenir de d'
Elva Hsiao, la femme qui lui a fait perdre foi en l'amour.
Ming est un homme terriblement complexe. Sam (Eric Tsiang) l'a formé très jeune pour infiltrer la police. Après avoir cru qu'il gravirait les échelons de la triade, il est tenté de rentrer dans le droit chemin Mais n'a-t-il pas déjà franchi le piont de non-retour ?
Il se considère comme un homme ordinaire qui a, comme vous et moi, quelques secrets. Conscient que l'honnêteté n'est pas toujours payante, que tout le monde n'a pas le même degré de tolérance, il décide de dissimuler ses secrets aussi longtemps que possible, mais ceux-ci finiront par éclater au grand jour.
Tony Leung
Yan est un gars qui connaît bien l'univers urbain, le monde de la rue. Il s'adapte très facilement et possède un naturel optimiste ainsi qu'une excellente mémoire. Au départ, il n'a aucun désir d'infiltrer les triades, mais il a été désigné pour cette mission et n'a pu s'y soustraire. Il n'a pas rejeté sa nouvelle identité, de crainte de se trahir : une bonne "taupe" doit s'imprégner totalement de son personnage, pousser si loin la transformation que même les vrais gangsters s'y laissent prendre.
J'analyse rarement mon jeu car c'est généralement sur le plateau, dans l'urgence du tournage que tout se décide pour moi. Vous ne pouvez pas anticiper l'état d'esprit des autres acteurs ni les changements de dernière minute introduits par le réalisateur. C'est pourquoi je me prépare peu, afin de pouvoir mieux m'adapter aux circonstances.
J'ai déjà incarné plusieurs "taupes", notamment dans
Hard-boiled de
John Woo. Ce sont généralement des rôles sombres, douloureux, pleins de frustrations. Cette fois, c'était différent, car
Andrew Lau m'a demandé de jouer cela de façon plus légère, d'être en somme une "taupe" heureuse.