Rappelez-vous, dès que les premières images d’
Inglourious Basterds ont été disponibles sur le net, la planète cinéphile s’était furieusement agitée autour du nouveau projet de
Quentin Tarantino, les uns criant encore une fois au génie, les autres s’inquiétant – entre autres - du drôle d’accent de
Brad Pitt. A peine sorti de tournage, le long-métrage est pourtant d’ores et déjà pressenti pour le Festival de Cannes.
Fin avril dernier, ô surprise, le film est sélectionné pour la Compétition cannoise et on annonce immédiatement la plus belle montée des marches de la Quinzaine :
Quentin Tarantino,
Eli Roth,
Brad Pitt,
Diane Kruger,
Mélanie Laurent,
Daniel Bruhl, etc.
Bon, déjà à l’époque, on avait un peu eu l’impression d’être menés en bateau, mais on attendait quand même de voir ce que Tarantino allait nous servir cette fois.
Mercredi 20 Mai, c’est le D-Day pour Qwentine, certes, mais, à entendre les applaudissements et les cris d’excitation dès le générique d’ouverture, on se dit que c’est surtout un grand jour pour une majorité de journalistes déjà conquis. Là encore, on recommence à se sentir un peu coincés. On aurait peut-être dû se méfier.
Pourtant, l’ouverture augure le meilleur grâce à une première séquence («
il était une fois… ») ambiance western, toute en tension et en humour bavard avec un
Christophe Waltz excellent (il le sera de bout en bout).
Et puis… et puis Tarantino déroule sa mécanique : personnages et dialogues qui claquent, situations délicieusement improbables, culot à revendre et surtout – surtout ! – hommages,
private jokes («
En France, on aime les réalisateurs ») et clins d’œil à la pelle. On ne dénigre pas les vieilles recettes ! Le résultat fonctionne d’ailleurs plutôt bien.
Pendant les 2 heures 40 (!!!) que dure le film, on ne s’ennuie pas vraiment devant ces bâtards-mercenaires un peu loosers dans l’âme et on rigole de toutes ces blagues que Tarantino et sa clique nous font. Cependant, progressivement, on est envahis par une sorte de déception discrète et insidieuse, et plus le film avance dans le n’importe quoi, plus on se demande si Tarantino nous a pris au sérieux. L’incroyable final (entre la dernière scène d’action et la phrase gonflée de
Brad Pitt clôturant le film) finit de nous coller dans un léger malaise.
On veut bien prendre
Inglourious Basterds au deuxième, troisième ou même douzième degré s’il le faut, pas de soucis, le plaisir est là. On veut bien rentrer dans son jeu, pourquoi pas. N’empêche, au final, on a un peu l’impression que le réalisateur de
Pulp Fiction s’est – inconsciemment ? – foutu de nous. Et ça, même si on l’aime bien et que c’est pas méchant, c’est un peu vexant.
Eléonore Guerra (
Cannes, Le 21 Mai 2009)