Notes de Prod. : Innocents (The Dreamers)

    en DVD le 20 Octobre 2004

A propos des personnages...

Michael Pitt : «Matthew, mon personnage, vient d’arriver en France pour y suivre des études. C’est un Américain moyen qui a grandi dans la banlieue de San Diego, une enfance sans soucis, un type sympa mais naïf. Rien d’un hippy. C’est vraiment à Paris qu’il va s’éveiller, ou se libérer si vous préférez, au contact des deux adolescents qu’il rencontre et qui vont le corrompre. Ou peut-être ne font-ils que lui ouvrir les yeux…»

Louis Garrel : «Il s’agit de jumeaux qui s’ouvrent à leur sexualité et ils ont besoin que quelqu’un d’extérieur les aide. Ce sera cet américain, cet innocent dont ils pouvoir abuser. Chacun des jumeaux lui demande de le séparer de l’autre : Théo de sa sœur et Isabelle de son Frère.»
Gilbert Adair sentit qu’avec ce jeune acteur français, le film allait enfin prendre toute sa dimension : «Louis a rendu Théo plus mystérieux que le personnage de mon roman. Je pense que le public mettra longtemps à comprendre si Théo manipule Isabelle… ou vice-versa. Au début du film, il semble presque dominer sa sœur, puis les cartes se brouillent subtilement lorsque commence à apparaître les fragilités d’Isabelle. Le jeu à deux devient jeu à trois : c’est là tout le propos du film.

Bertolucci, à propos du personnage d’Isabelle : «La première fois qu’Isabelle apparaît à l’écran, elle est éclatante, assez consciente de sa beauté et de sa nature iconique car elle s’amuse à parodier les stars de cinéma qu’elle admire. Peu à peu, les fêlures apparaissent et l’on découvre sa vulnérabilité et sa profonde insécurité. Elle est drôle, intelligente, elle déborde de vie, mais elle porte un secret que le film se chargera de révéler.»
Eva Green était prête à relever le défi : «C’est un beau rôle car Isabelle est tout entière dans le mystère. On ne sait jamais si elle est vraie ou si elle joue, elle semble en représentation permanente. Très ambiguë, elle s’inspire des grandes actrices de cinéma comme Greta Garbo, Lauren Bacall, ou Bette Davis. Sous des dehors parfois brutaux, elle cache une grande sensibilité. Elle a peur de la solitude, peur d’être séparée de son frère, mais aussi peur d’en être amoureuse.»

Du Roman au Film...

Paradoxalement, pour un film traitant de l’obsession, de la passion et de l’infini des possibles, INNOCENTS semble être le fruit du hasard, d’une certaine méfiance initiale et d’une approche créatrice singulière. Bernardo Bertolucci découvrit le roman de Gilbert Adair «The Holy Innocents» alors qu’il s’interrogeait sérieusement sur son prochain film : ce récit intimiste d’un ménage à trois, situé pendant les émeutes de Mai 68 à Paris, éveilla en lui des sentiments contradictoires. Francophile de cœur, cet italien né à Parme se sentait trop proche de cette période de turbulences et craignait, en la transposant au cinéma, d’offrir une image réductrice de son propre vécu et de celui des autres.