L’histoire du film
Le réalisateur,
Gilles Bourdos, explique ce qui l’a incité à adapter au cinéma le livre " A sight for sore eyes " : "
L’idée absolument absurde de quelqu’un qui essaie d’échapper à la tyrannie d’un monomaniaque en se précipitant dans les bras d’un autre mononiaque m’a immédiatement attiré ". Il raconte également qu’il a apprécié l’histoire d’amour pervertie des deux personnages principaux : "
Ces deux amours sont tellement absolus qu’ils en sont écrasants et étouffants… ".
Un angle de vue différent…
Gilles Bourdos adopte dans ce long-métrage une position originale par rapport aux autres films du même genre. Il va jusqu’à épouser le point de vue de personnages qui,
à priori ne sont pas sympathiques. Il sort ainsi des sentiers battus des standards hollywoodiens et prend des risques par rapport au public. Il décrit ce qu’il trouve attirant dans ces rôles ambigüs : "
…ces personnages en déséquilibre, je les trouve riches et stimulants.(…). C’est passionnant de regarder comment un personnage peut basculer ". Selon
Michel Spinosa, scénariste, c’est avant tout la véracité du personnage qui compte et non pas sa sympathie : "
J’ai toujours pensé que, quand on crée un personnage, quand on l’aime, il est essentiel de ne pas lui faire de cadeau. En le prenant tel qu’il est, on approche plus facilement d’une vérité ".
Une idée visuelle originale
Michel Spinosa a choisi de travailler surtout sur la plan visuel : "
Il y a eu deux manières de s’approprier le roman de Rendell qui est quand même assez éloigné du film. Celle de Gilles a été très visuelle : il a nourri ne permanence le scénario – puis le film – par un univers très précis… ".
Le personnage mystique de Bruno
Spinosa décrit les différentes facettes de Bruno qui rendent son personnage mystique et étrange : "
Bruno est traversé par des processus assez clairs comme l’illumination, la révélation et la recherche d’un dialogue avec l’éternel, avec l’absolu, avec la beauté. C’est un cheminement très courant chez les mystiques ". Bruno entretient d’ailleurs une relation hors du commun avec Elise dans le film, il la considère comme un objet sacré : "
A ses yeux, Elise incarne la beauté pure qu'il traquait jusque-là sous des formes inertes…Il n'a ensuite de cesse que de vouloir installer cette fille au cœur de ce mausolée, de ce temple blanc épuré dont il rêve au départ".
Gilles Bourdos explique que Bruno refuse le monde dans lequel il vit, c'est pourquoi il s'imagine une autre réalité qu'il s'efforce de transformer.
Un film silencieux…
INQUIETUDES est un film qui laisse une grande place au silence et peu aux dialogues,
Michel Spinosa précise l'effet qu'il a voulu donner en procédant de cette façon : "
…les personnages se définissent plus par ce qu'ils font que par ce qu'ils disent. J'ai l'impression que moins les personnages parlent, moins ils s'expliquent sur eux-mêmes et plus ils ont de chances d'exister à l'écran à travers la moindre expression de leur corps". Le corps est donc mis en évidence dans ce film comme un langage corporel :
…Grégoire a commencé à osciller, à taper son dos contre le mur. Là, j'ai immédiatement su qu'on avait trouvé la singularité du personnage, parcequ'il y avait dans ce mouvement – là quelque chose de l'enfant autiste. Ce mouvement de balancier de Grégoire est omniprésent tout le long du film même si beaucoup de gens ne s'en rendent pas compte". Paradoxalement, si les personnages du long-métrage de
Gilles Bourdos s'expriment par le silence, ils le font également à travers des cris et des râles, qui selon le réalisateur, illustrent
une ultime forme d'expression.
Le rêve de Bruno
Le récit est d'une grande dureté et pourtant, le ton s'adoucit tout au long du film et la mise en scène permet d'apporter une note d'espoir : "L'incarnation ultime de cette sensation trouve sa matérialité dans le dernier plan du film. Il y a une possibilité d'imaginer ce plan comme l'accomplissement du rêve de Bruno(…)C'est comme une possibilité de renaissance…