Theo Van Gogh était un cinéaste controversé. Il a réalisé 13 films et a reçu l’équivalent hollandais de l’Oscar du meilleur réalisateur à quatre reprises. Il a été tué de sang-froid le 2 novembre 2004 par un fondamentaliste religieux, à cause du portrait qu’il avait dressé de l’Islam dans son court métrage documentaire,« Submission : Part 1 ».
Les Origines Du Projet
Faire des films à New York était le rêve de
Theo Van Gogh et de son producteur,
Gijs Van De Westelaken. C’est durant le dernier voyage de Theo au Festival international du Film de Toronto en 2003 que ce rêve a commencé à prendre forme.
Gijs Van De Westelaken et
Theo Van Gogh s’y trouvaient pour la première de
Interview. Plusieurs producteurs leur proposèrent alors d’en faire un remake en langue anglaise. Malgré de nombreuses offres de collaboration, ils choisirent de faire eux-mêmes le remake de
Interview aux Etats-Unis et commencèrent la préproduction peu après le festival.
Gijs Van De Westelaken raconte : «
Interview était un choix parfait pour faire son entrée dans le cinéma américain. Le film repose essentiellement sur les dialogues et un jeu d’acteurs particulièrement riche, il est très représentatif du style dynamique et sans concession de
Theo Van Gogh. »
Des Realisateurs New-Yorkais
Pour faire de New York un personnage à part entière dans chacun des trois films, les producteurs
Bruce Weiss et
Gijs Van De Westelaken voulaient des « réalisateurs invités » qui soient très liés à New York.
Steve Buscemi, Stanley Tucci et Bob Balaban ont rapidement rejoint le projet et la création de la Trilogie fut annoncée en 2005 au Festival international du Film de Toronto. Chacun des trois films se focalise sur deux personnages principaux, un homme et une femme, et sur la relation complexe et tumultueuse qui s’installe entre eux.
Bruce Weiss explique : « Ces trois films sont un peu des matchs de boxe psychologiques. Pour
Theo Van Gogh, rien n’était plus intéressant que d’enfermer un homme et une femme dans une pièce et de les regarder s’affronter. » Dans 06, une relation anonyme s’établit par le biais d’appels téléphoniques érotiques. Dans
Blind Date, l’expérience partagée de la perte d’un enfant rapproche deux adultes.
Pour la Trilogie, les producteurs
Gijs Van De Westelaken et
Bruce Weiss avaient pour priorité de reproduire la façon très originale de tourner de
Theo Van Gogh. L’utilisation de trois caméras numériques : une filmant le personnage masculin, une autre le personnage féminin, et la dernière filmant un plan large réunissant les deux acteurs et le décor.
Gijs Van De Westelaken explique : « Cette technique crée sur le plateau une ambiance vraiment singulière, et donne au final un style particulier au film.
Ces trois caméras numériques ont permis de tourner très rapidement et de faire une grande quantité de prises. Ce qui permettait à
Theo Van Gogh de ne pas dépasser son budget, de ne pas épuiser ses acteurs, et de disposer d’un maximum d’images exploitables pour le montage. Cette abondance de plans permet de monter avec une intensité identique à celle de la vie réelle. » Pour
Steve Buscemi et
Sienna Miller, ce système de caméras triples était une innovation par rapport aux techniques traditionnelles d’Hollywood.
Sienna Miller explique : « Nous tournions 20 pages de dialogue par jour, cela allait très vite. C’était comme une pièce de théâtre. » Cette rapidité a permis de réduire considérablement la durée du tournage et a donné au jeu des acteurs une grande fraîcheur et une spontanéité. Le tournage en numérique leur a aussi permis de visionner immédiatement chaque prise afin d’ajuster et corriger leur jeu au fur et à mesure des scènes. Comme le voulait
Theo Van Gogh,
Bruce Weiss et
Gijs Van De Westelaken ont choisi de faire venir à New York une grande partie de l’équipe du film original pour travailler sur la nouvelle version.
Grâce à la présence du directeur de la photographie, des cadreurs et de la scripte qui travaillaient avec
Theo Van Gogh en Hollande, l’équipe de tournage a su préserver l’authenticité du style du réalisateur et traduire toute sa sensibilité dans un cadre de travail américain. Tous les cadreurs hollandais du film avaient travaillé plusieurs années avec
Theo Van Gogh et avaient perfectionné cette technique de tournage à trois caméras. Ils ont créé aux côtés du réalisateur un nouveau langage visuel d’une grande fluidité, où les batailles verbales des personnages sont soutenues par une technique de caméra virtuose.